Quelle valeur?

OPINION / Dernièrement, j’ai entretenu un dialogue dans ces pages avec le chroniqueur du journal Le Quotidien, Claude Villeneuve, relativement au projet Vaudreuil au-delà de 2022, ce dont je le remercie. J’en conviens, ma question était mal formulée, mais permettez-moi d’aborder le sujet autrement, à la lumière de vos précisions.

Selon la base de données d’Environnement Canada, les émissions de gaz à effet de serre (GES) de l’Usine Vaudreuil, en tonnes d’équivalent CO2, pour l’année 2017, sont de 521 498, et pour l’Usine Arvida, de 665 785, pour un grand total de 1 187 282. Rio Tinto participe au programme SPED du gouvernement du Québec, soit le Système de plafonnement et d’échange de droits d’émission de gaz à effet de serre.

Selon le calculateur GES de Carbone boréal, de l’UQAC, le nombre d’arbres nécessaires pour compenser ces émissions de GES est de 3 724 986 pour l’Usine Vaudreuil et de 4 755 600 pour l’Usine Arvida, ce qui totalise 8 480 586 arbres.

Rio Tinto devrait donc planter et protéger des dizaines de millions d’arbres chaque année pour l’ensemble de ses usines au Québec.

Au lieu de cela, la multinationale, avec son projet Vaudreuil au-delà de 2022, s’apprête à couper 50 000 arbres à même la ceinture verte entourant ses installations du Complexe Jonquière, le tout à l’encontre d’un avis gouvernemental qui lui a été formulé (audiences publiques sur l’environnement concernant le projet de construction de l’Usine AP50 du Complexe Jonquière, tenues en 2011). Voici comment s’articule ledit avis : « La commission d’enquête encourage fortement Rio Tinto Alcan à mettre en place les mesures nécessaires afin de protéger à perpétuité la ceinture verte autour du Complexe Jonquière afin d’assurer le bien-être des populations présentes et futures. »

Selon le bassiste des Cowboys Fringants et professeur à l’institut des sciences de la forêt tempérée de l’Université du Québec en Outaouais, Jérôme Dupras, la valeur monétaire des services rendus par les espaces verts est chiffrable. À titre d’exemple, la ceinture verte de Montréal équivaut à 2,2 milliards de dollars ; la ceinture verte Ottawa et de Gatineau à 0,5 milliard de dollars. À combien est estimée celle du Boisé Panoramique ?

Dans une entrevue éditoriale de Louis Tremblay, dans Le Quotidien du 15 juin, la rectrice de l’UQAC, Nicole Bouchard, aborde les grands projets industriels en évoquant le devoir des chercheurs de mettre en place un processus de conversation citoyenne. Non de prendre position, mais plutôt d’alimenter ce processus par des données probantes et une réflexion critique.

M. Villeneuve, au lieu de suggérer comme solution que Rio Tinto crée ou protège une forêt équivalente ailleurs, ce qui n’aiderait en rien le bien-être des citoyens habitant les secteurs résidentiels environnants, pourriez-vous participer aux travaux afin de trouver une alternative à l’emplacement du crassier où toutes les parties impliquées seraient gagnantes ?

Veuillez recevoir, M. Villeneuve, l’expression de mes meilleures salutations.

Hélène Savard, présidente

Comité de citoyens pour un Vaudreuil durable

Chicoutimi