Archives Le Quotidien, Mariane L. St-Gelais
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Quel développement pour le Saguenay-Lac-Saint-Jean ?

OPINION / Dans Le Quotidien du 29 septembre, le chroniqueur Claude Villeneuve de l’UQAC nous rappelle ce que les scientifiques crient dans le désert depuis longtemps : le climat se réchauffe bien plus vite que ce qu’on appréhendait. Ce qui rend encore plus caducs les insuffisants accords de Paris, que par ailleurs bien peu de gouvernements sur la terre peuvent se vanter d’honorer. Un urgent et radical coup de barre est nécessaire dans les 10 prochaines années.

Le même jour, Sandra Rossignol, de la Chambre de commerce et d’industrie Saguenay-Le Fjord, veut nous rassurer en affirmant que le développement économique et l’environnement sont compatibles. Comme l’avaient dit avant elle certains élus locaux, répétant le message des promoteurs du méthane.

Je veux bien, mais expliquez-moi comment c’est conciliable. Les scientifiques – encore ceux qu’on n’écoute pas – recommandent pourtant à tout le moins un moratoire afin de documenter ces efforts de conciliation pendant qu’il existe encore un peu de biodiversité dans le fjord. Ils implorent de ne plus ouvrir de nouveaux sites d’exploitation des hydrocarbures, responsables de la plus grande partie des GES qui causent le réchauffement climatique. À première vue, les humains sont plus importants que les bélugas, comme le disent certains. Un peu comme notre ancien PM Couillard l’a dit des caribous forestiers, qui ne devraient pas passer avant les emplois dans ce secteur. Pourtant, la disparition des bélugas et des caribous forestiers est le signe de la perte de la biodiversité (plus de 60 % depuis 50 ans), l’humanité étant directement menacée par la perte de la biodiversité. Mais, me dira-t-on, ce n’est pas à notre région de faire les frais de ce problème. Et puis, me dira-t-on encore, le GNL, si on ne l’exploite pas, d’autres le feront. Les autres aussi, il faudra les convaincre, car ils partagent la même planète que nous. Pelleter le problème chez le voisin n’est plus possible dans le village global. Nous ne luttons pas seulement contre le réchauffement climatique et pour la nécessaire transition écologique qui veut que l’on se tourne radicalement désormais vers les énergies propres à cause du retard accumulé.

Nous luttons surtout contre le déni. Le déni de celui qui ne veut pas voir. Parce que la réalité ferait trop mal. Habitués que nous sommes à la croissance soutenue et dépendants que nous sommes de la surconsommation, empêtrés que nous sommes dans un processus d’autodestruction accéléré de l’humanité. Le déni a une fonction utile dans le processus d’acceptation. Il retarde le choc de la réalité, un peu pour nous protéger d’une trop grande brutalité. Mais il arrive un moment où si l’on s’entête à refuser de voir la réalité en face, il se prépare alors un choc encore plus grand, lorsque les «seuils irréversibles», comme le dit Claude Villeneuve, seront atteints et que nous serons en état de mesures d’urgence permanentes à cause des conséquences du réchauffement. Conséquences que nous commençons déjà à observer d’ailleurs (inondations, feux de forêt, écarts de température, etc.). Les perturbations causées par la COVID ne sont rien à côté de ce qui nous attend. Alors il vient un temps où il faut reconnaître les faits. Ne répétons pas l’erreur d’ignorer les alertes données depuis 10 ans par la Santé publique, avec le résultat que l’on connaît dans la gestion de la pandémie.

Le Nouveau Monde est déjà en marche. Diversifié, avec une tout autre mentalité, avec d’autres priorités, à échelle humaine. On ne peut plus construire et développer la région comme avant. Il faut aller vers d’autres stratégies. Tout comme pour les hydrocarbures dont nous avons encore besoin, mais dont les réserves sont plus que suffisantes, tournons-nous vers les solutions de rechange disponibles pour l’avenir. Ces temps-ci, nombreuses sont les contributions qui proposent des solutions pour une transition juste et équitable : Le Pacte pour la transition, Le Plan de traitement pour une relance en santé, un champ de recherche s’ouvre à l’IRIS sur le sujet d’une transition écologique juste, l’IREC contribue à la réflexion au niveau des régions. Plus près de nous, un Grand dialogue pour la transition socioécologique est sur le point de faire son lancement au Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Ce n’est pas vrai que notre seul choix est de rester dépendants des investisseurs étrangers qui n’ont aucun intérêt à développer notre région, qui sont d’une économie du siècle passé. Ce n’est pas vrai que nous ne sommes que des porteurs d’eau, des scieurs de bois, et peut-être bientôt des passeurs de GES.

Pierre Dostie

Chicoutimi