Quel avenir pour notre fruit régional ?

OPINION / Alors que nous vivons des temps très difficiles et qu’il est facile de blâmer tout le monde sauf de se regarder en face et d’essayer de trouver des solutions, quelle est notre responsabilité comme producteurs dans cet éternel débat ? Qu’avons-nous réalisé au cours de ces dix dernières années ? Nous sommes de plus en plus éloignés de nos partenaires d’affaires et l’avenir s’annonce sombre.

Alors que toute l’industrie dans tous les domaines doit se positionner pour faire face à la concurrence et aux marchés mondiaux, notre fruit régional n’y fait pas exception. D’un marché presque captif il y a encore quelques années, nous nous trouvons maintenant dans la cour des grands où malheureusement les mythes et les différends (producteurs-acheteurs) n’éblouissent personne.

Aujourd’hui, seuls quelques éléments dominent :

— Qualité

— Disponibilité

— Prix

Il faut réaliser que l’avenir qui nous est réservé passe par ces éléments. Nous ne sommes plus une culture artisanale et le fait de s’identifier « Bleuet du Lac-Saint-Jean » n’ouvre pas les portes du monde. Il y a probablement place sur certains marchés de niches, tant mieux, mais il faut réaliser que vendre des millions de livres ne peut se réaliser dans notre seul environnement immédiat (Canada).

Malheureusement, certains d’entre nous entretiennent un discours dépassé qui n’a pas sa place dans un marché international et qui manipulent ou contrôlent l’information tendant à faire croire que le marché est contrôlé localement.

Certains faits parlent d’eux-mêmes : la production de bleuets sauvages en Amérique du Nord est passée de 296 millions de livres en 2013 à 411 millions de livres en 2016. La part du Québec dans la même période est passée de 75 à 126 millions de livres.

Le produit concurrent, le bleuet en corymbe, est passé de 1,3 à 2,6 milliards de livres en 2016. De plus, la Chine fait son entrée graduellement et vise à doubler la production de bleuets en corymbe — plus ou moins 4,5 milliards de livres — dans les prochaines années. L’effet de la notoriété de ce fruit a pour conséquence une augmentation des volumes, mais aussi une influence sur les prix qui sont conditionnés par les aléas du marché : les marchés émergents, les inventaires, les fruits concurrents, le climat, etc.

Beaucoup de choses se sont passées et encore beaucoup sont à venir. Le temps presse. Quand allons-nous cesser les chicanes ? Allons-nous décider de travailler ensemble et proposer des solutions et arrêter d’écouter les vieilles rengaines qui ne mènent à rien et de penser que tout va se régler avec le temps et à coups d’avocats ? Qui sont ou seront les gagnants dans toute cette dépense de centaines de milliers de dollars ? Qui sont ceux qui en paient et en paieront les frais, si ce ne sont les producteurs ? N’y aurait-il pas lieu de dépenser cet argent au maintien de notre position sur les marchés et à la recherche de nouveaux débouchés ?

Nous nous devons de demander à nos administrateurs du Syndicat des producteurs de bleuets du Québec (SPBQ) de rendre des comptes sur l’utilisation et la gestion de ces sommes qui sont la propriété des producteurs et réfléchir à une meilleure utilisation dans l’intérêt des membres.

N’y a-t-il pas suffisamment de sujets intéressants qui devraient nous préoccuper à court et moyen terme ? Que l’on pense seulement à la concurrence du bleuet en corymbe, la salubrité, la protection phytosanitaire, la mouche du bleuet, la drosophile, la production biologique, les marchés émergents, les deuxième et troisième transformations, la recherche, etc.

Présentement, nous écoulons notre production et nous avons une influence par l’intermédiaire de marchands locaux ; en sera-t-il toujours de même ? La question se pose. La dernière transaction l’été dernier devrait nous ouvrir les yeux ! Serions-nous mieux représentés si on faisait affaires avec des entreprises extérieures ? On peut le deviner. On n’a qu’à regarder ce qui s’est passé dans plusieurs domaines très près de nous : forêt, papier, disparition des abattoirs, contrôle des céréales, concentration de la production, œufs, lait, poulet, intrants, etc.

Nous avons suffisamment d’exemples et de sujets préoccupants pour les années à venir. Mais va-t-on se décider à voir la réalité en face, à travailler ensemble et à promouvoir notre fruit régional, développer sa demande, sa spécificité ?

Nous devons demander à nos représentants de favoriser la coopération au lieu de chicanes personnelles, passées et improductives. Nous ne développerons pas sur les erreurs du passé, mais sur les faits à venir. Notre industrie sera le reflet de nos efforts, de notre travail de concertation et de notre participation.

Personne ne fera ce travail à notre place et le succès que nous y obtiendrons sera le fruit de notre vigilance et de notre capacité à cerner l’avenir.

Ne nous faisons pas de peurs, le temps n’arrête pas, il avance rapidement. Le temps passé est perdu et sans appel. Que voulons-nous laisser à nos enfants, à notre région ? Un groupe de producteurs désabusés sans orientations ou une équipe dynamique, fière de ses réalisations, qui sait travailler en partenariat et faire preuve de leadership ? Où est notre fierté ? Quelles que soient nos opinions de part et d’autre, la région a-t-elle le bon discours présentement ?

Paul-Eugène Grenon

Gérard Baril

Clément Tremblay

Ex-administrateurs du SPBQ