Catherine Fournier

Quel avenir pour le PQ?

OPINION / La performance électorale catastrophique et le saut dans le vide politique de Catherine Fournier accentuent la très forte pression qui s’exerce désormais sur le Parti québécois, questionne son avenir, voire remet en question son existence.

Depuis la défaite référendaire de 1995, le parti a été dérouté fréquemment par des louvoiements sur ses orientations, secoué par des crises internes et éprouvé par de déchirantes courses au leadership. On sentait de plus en plus venir la crise après la malhabile perte du pouvoir en 2014 du gouvernement Marois, le délit de fuite politique de PKP, et la stratégie électorale alambiquée du chef Lisée qui, en évacuant le référendum, a étouffé la ferveur de sa clientèle souverainiste.

René Lévesque a toujours vu la souveraineté comme un moyen, celui pour un peuple de s’accomplir dans l’autonomie et assumer ses responsabilités. Après l’échec référendaire de 80, il a pris le « beau risque » d’un fédéralisme asymétrique. La défaite référendaire de 95 et le vide politique qui a suivi ont transformé l’idéal souverainiste en dogme de plus en plus fantasmé, en marge d’une réalité politique de plus en plus contraignante et mouvante.

Cette fois, la situation est alarmante. Retourner toutes les pierres autour du dolmen indépendantiste ne suffira pas. Le Parti québécois ne pourra pas faire l’économie d’une large et profonde réévaluation de son credo existentiel, la souveraineté, et de l’outil pour y parvenir, le référendum.

D’abord le référendum. L’idée d’un référendum déclenché et mené par un gouvernement péquiste, portant sur la souveraineté ou toute question nationale, doit être revue sinon abandonnée. Ce boulet référendaire mine l’action politique, empoisonne le discours électoral et donne d’efficaces munitions aux opposants qui avivent le traumatisme bien réel des défaites référendaires. Qu’on se penche plutôt sur un mécanisme légal et un mandataire étatique donnant au peuple le droit d’initiative et le pouvoir d’enclencher des consultations populaires.

L’idée n’est pas nouvelle. En 1984, le gouvernement Lévesque avait présenté un projet de loi (qui l’est demeuré) qui conférait à la population un droit d’initiative de consultation populaire. Le candidat à la chefferie Alexandre Cloutier avait fait un pas dans cette direction en 2014 en conditionnant la tenue d’un référendum à un registre officiel signé par un minimum d’un million de citoyens. D’autres formules bien documentées ont été suggérées par diverses sources non partisanes.

Ensuite la souveraineté. Quoiqu’on puisse en penser, le peuple saisit bien l’essentiel du projet souverainiste – depuis plus de 50 ans au centre de nos débats politiques. Par contre, c’est le vide absolu quant à la forme constitutionnelle que prendrait ce nouvel état indépendant.

Jusqu’ici, le PQ s’est retranché derrière une position lénifiante : faisons d’abord l’indépendance, on se donnera ensuite une belle constitution conforme à nos valeurs et nos idéaux. Autant dire, achetons le véhicule, on verra plus tard à quoi il nous servira et où il nous mènera.

Entre-temps, de nombreux groupes, mouvements et réseaux s’activent diversement dans la société civile, qui pour élaborer une constitution, qui pour une décentralisation et une régionalisation de la gouvernance, qui pour la pénurie de main-d’œuvre, qui pour un pacte sur l’urgence climatique, qui pour consolider le français comme langue nationale, qui pour réformer le mode de scrutin, qui pour mieux intégrer les immigrants, qui pour contrer les effets pervers de la mondialisation. Comment harnacher cette impressionnante vitalité ?

Le PQ n’a désormais d’autres choix que de proposer une feuille de route et un canevas constitutionnel s’il veut crédibiliser son projet de gouvernement. Une feuille de route mobilisatrice de la créativité et de la diversité québécoises et un canevas constitutionnel qui définirait le système de gouvernance, les institutions de l’État et une charte de la citoyenneté.

Pour le peuple québécois, il y aurait là une opportunité historique de mobilisation nationale pour compléter l’édification de cette société particulière déjà parmi les plus talentueuses et performantes au monde. Avec la sage idée que même s’il n’accède pas à la souveraineté politique, le Québec continuera de progresser comme société distincte libre d’assumer son destin. Un beau risque !

Laval Gagnon

Chicoutimi