Québec a tout à gagner

OPINION / Difficile de trouver un grand projet urbain, structurant ou immobilier au Québec qui n’a pas tout d’abord soulevé les critiques les plus vives et qui n’a pas fait l’objet d’indignation d’une partie de la population. Celle de Québec n’échappe pas à cette règle, force est de constater, et peut-être plus que dans n’importe quelle autre ville du Québec.

Mais à Québec la différence réside peut-être dans la fibre réfractaire d’un bon nombre de ses citoyens qui, dès qu’ils apprennent qu’un nouveau projet d’envergure est mis sur la table, soulèvent ardemment le bouclier de leurs appréhensions.

Mais s’il fallait s’en tenir à ces élans rébarbatifs face à tous les nouveaux projets qui sont mis de l’avant à Québec, rien ne se ferait et la ville vivrait en mode statu quo et n’aurait pas le rayonnement mondial qu’elle a su acquérir ces dernières décennies et même ces dernières années.

Pensons entre autres au 400e de Québec, à la promenade Samuel-de Champlain et au rayonnement de l’Université Laval. Pensons au Centre Vidéotron ou encore aux sommes investies pour la promotion de la ville à l’international. Pourquoi Québec a-t-elle été désignée joyau du patrimoine mondial par l’UNESCO ? Ce n’est certainement pas juste à cause de ses remparts, de ses vieux canons, ou encore du Château Frontenac. Et si Québec jouit en 2018 d’un rayonnement mondial et est reconnue par les plus grands magazines touristiques de la planète comme étant l’une des destinations privilégiées par les touristes du monde entier, c’est que des efforts ont été déployés pour aller en ce sens. C’est que des sommes ont été placées à la bonne place. C’est que des gens de Québec ont rêvé leur ville et lui ont donné les moyens de grandir et de s’inscrire en lettres majuscules dans le 20e siècle et le début du 21e. C’est ce qui s’appelle avoir de la vision.

Sans vision et sans grandes idées d’urbanisme ou d’architecture, les administrateurs d’une ville ne font que s’occuper des taxes de leurs citoyens, du déneigement des rues, de la collecte des matières résiduelles et de la bonne tenue de leurs séances publiques. Ils ne font que gérer une ville en s’assurant que leur budget ne dépasse pas les prévisions, quitte à maintenir en place des infrastructures qui sont parfois obsolètes.

Le tollé soulevé présentement par une partie de la population de Québec envers le projet Le Phare est un bon exemple d’une certaine mentalité de méfiance que cultivent certains habitants de la ville. Les critiques soulevées en ce qui a trait l’ampleur de ce complexe urbain, avec sa tour projetée de 65 étages, ont bien sûr leur place et sont tout à fait légitimes. Les assemblées publiques tenues dernièrement se sont déroulées de façon démocratique et des dizaines de citoyens ont pris la parole en émettant parfois les critiques les plus folles, allant même jusqu’à comparer la grande tour du Phare à un doigt d’honneur adressé à la population de Québec. Mais le maire Régis Labeaume est resté de marbre en indiquant aux médias que malgré les critiques de quelques citoyens, la grande majorité de la population était en faveur du Phare. Il ne pouvait mieux dire, il me semble, et il a réaffirmé que l’administration de la ville donnait son aval pour la mise en chantier dudit projet dont la construction débutera en 2019 et qui s’étalera sur dix ans. Et 6124 emplois seront créés durant sa construction. Le coût estimé présentement pour sa réalisation est fixé à 755 millions $. Au départ, il était projeté à 600 millions avec sa tour principale qui était alors prévue à 45 étages.

Et plus on retarde la mise en forme d’un projet immobilier de l’ampleur du Phare, plus on perd du temps. Et le temps c’est de l’argent. Les remises en question incessantes formulées depuis l’annonce du projet en 2015 n’ont fait que ralentir sa mise en forme. Elles n’ont fait que porter ombrage à un autre projet d’envergure qui viendra à son tour donner du prestige à Québec tout en dynamisant son économie et en lui offrant une autre porte ouverte sur le monde.

J’ai habité quelques années à Québec et je ressentais une grande fierté de vivre dans une ville où le passé se mariait au présent, où l’histoire m’interpellait dès que je foulais les rues du Vieux-Québec. Dans une ville où la culture et le patrimoine étaient mis à l’honneur avec, entre autres, son Festival d’été et son Carnaval d’hiver. Dans une ville où la modernité était également inscrite dans son architecture avec ses quelques grands édifices comme le complexe G. Une modernité qui était aussi dignement représentée par le talent des hommes d’affaires, des sportifs et des artistes qui contribuaient à définir le visage de Québec.

Aujourd’hui quand je vais à Québec, je ressens toujours cette modernité malgré les 410 ans de la cité. J’ai une impression de grandeur dans laquelle je reconnais le peuple québécois.

Alors, quand Québec propose des projets d’envergure à sa population, je me dis que cela risquera assurément de porter encore plus loin sa renommée internationale. Cela contribuera indéniablement aussi à nommer et à inscrire les gens de Québec comme des citoyens du monde, dans cette ville ancestrale qui se renouvelle et qui s’inscrit fièrement dans la modernité, en ligne droite vers les plus beaux et les plus grands horizons.

Yvan Giguère

Saguenay