Quatre jours pour les médecins

OPINION / J’aimerais apporter des précisions au propos du ministre de la Santé concernant le nombre de jours travaillés par les médecins de famille.

D’entrée de jeu, je n’ai rien contre un ministre quel qu’il soit, ou quel que soit le parti politique auquel il adhère. Je pense et j’espère qu’il s’investit en politique pour ses convictions et dans l’intérêt de notre système québécois. 

Par contre, lorsque le discours prend une tournure politique, partisane et mensongère en tapant sur le dos des omnipraticiens pour faire valoir ses décisions politiques en période électorale, je pense qu’il erre.

On peut faire dire ce que l’on veut aux statistiques en fournissant les paramètres choisis pour démontrer que c’est la faute de l’autre.

J’aimerais rappeler à Monsieur le ministre que dans la majorité des cas, les omnipraticiens sont investis de charges lourdes qui dépassent largement les huit heures par jour.

Avez-vous oublié, Monsieur le ministre, que les heures se poursuivent en dehors de la chaîne de montage que vous exigez ? 

Notre ministre voudrait qu’on fonctionne comme une chaîne de montage : on voit un patient, on passe à l’autre et ainsi de suite… 

Avec cette façon de faire, il est bien évident qu’il n’y aurait plus personne sur la liste d’attente. Ce qui répondrait à sa promesse électorale.

Monsieur le ministre, avez-vous oublié que nous traitons des humains ?

Après la clinique, l’hospitalisation, les gardes ou, même pendant, les médecins omnipraticiens ou spécialistes doivent se soumettre à des tâches cléricales pour satisfaire aux exigences médico-administratives ; les rapports à remplir pour leurs patients afin qu’ils touchent leurs assurances salaires, vérifier les résultats de laboratoire et y donner suite, faire les communications nécessaires avec des confrères spécialistes afin d’être guidé pour le meilleur traitement de leur patient. Il ne faudrait pas oublier toutes les sollicitations sociales auxquelles nous sommes confrontés. 

Le bénévolat des médecins, duquel il est parfois difficile de se soustraire, par l’implication sociale dans notre milieu, est souvent oublié et non comptabilisé dans vos statistiques. Mais (ce bénévolat) ne fournit-il pas une aide sans précédent à notre gouvernement, qui en a bien besoin pour atteindre ses objectifs?

Bien entendu,  j’englobe tous les bénévoles de notre société sans qui le gouvernement serait souvent bien démuni.

Vous pensez qu’un médecin peut faire tout ça en 4 jours?

Pour y arriver, il faut s’investir en dehors des heures de travail au détriment de la qualité de vie familiale. 

Monsieur le ministre, je vous demande d’y réfléchir avant de discréditer, aux yeux de la population, la profession médicale qui est avant tout humaine et emphatique aux souffrances des gens. 

Jean-Jacques Dallaire, omnipraticien

Saguenay