Quand Promotion Saguenay fait de la politique

OPINION / La semaine dernière naissait le nouveau mouvement Je crois en ma région qui, d’un premier abord, s’est présenté comme étant un rassemblement de gens d’affaires et d’organisations voulant s’offrir une tribune pour faire contrepoids aux contestataires des grands projets industriels régionaux.

Avec le recul, il m’apparaît plutôt comme un mouvement de panique envers le débat nécessaire auquel participent par ailleurs de plus en plus de scientifiques patentés et d’intervenants économiques reconnus. L’information fuse de toutes parts, sous forme de mises en garde, de chiffres contradictoires sur les répercussions environnementales et économiques.

Les médias tentent de relayer l’ensemble des hypothèses sérieuses et, en particulier, celles qui concernent le projet GNL, ces derniers temps.

Faut-il aussi souligner les efforts d’information qui semblent très honnêtes de la part de GNL, via leurs représentants régionaux, qui exposent de façon claire la vision de leur entreprise ? Ce que GNL fournit comme données et scénarios vaut la peine d’être entendu.

Les détracteurs purs et durs ne prendront jamais la mesure de leurs propositions, mais la population en général, je crois, est plutôt réceptive.

À un stade du projet qui est en latence, tributaire de l’acceptabilité sociale qui passera surtout par les évaluations environnementales des instances gouvernementales, voilà que Promotion Saguenay croit bon d’arriver dans le portrait, d’une façon qui en choque plus d’un.

En effet, Promotion Saguenay, dont le budget se nourrit à 75 % de deniers publics de la Ville de Saguenay, a cru bon dégainer le faramineux montant de 33 000 $ pour quatre mois afin de pourvoir au salaire de Karine Trudel comme porte-parole de ce mouvement. Spécifions que Mme Trudel est l’ex-députée du Nouveau Parti démocratique (NPD) fraîchement défaite dans Jonquière.

Pour peu qu’on suive la vie politique, on connaît les positions radicales du NPD en défaveur de la filière gazeuse de l’Alberta. Pour la cohérence, on repassera !

Karine Trudel bénéficiait jusqu’ici d’une réputation sans tache. D’aucuns, incluant moi-même, lui auraient pardonné de décrocher un emploi de faire-valoir à la hauteur de sa grande prestance auprès d’une corporation quelconque ou encore d’un groupe organisé de gens d’affaires, tel que la présentation première nous l’a fait croire. Il en est tout autrement, puisque Mme Trudel est actuellement rétribuée à hauteur de 8250 $ par mois par Promotion Saguenay, via les contribuables de Saguenay.

Une telle décision de la part du directeur général de Promotion Saguenay, Patrick Bérubé, situe son organisme dangereusement dans la zone politique puisque cette dépense concerne directement les payeurs de taxes de Saguenay. Au surplus, ce mouvement vise manifestement à orienter l’opinion publique pour obtenir l’acceptabilité sociale des grands projets.

M. Bérubé ne semble pas faire la différence entre la mission de promouvoir le développement économique qui appartient à Promotion Saguenay et la représentativité citoyenne qui appartient aux élus et à leurs commettants. La ligne est mince entre ce que nous pourrions qualifier de lobbying en amont et en aval, ou de la promotion de la croissance économique sur laquelle M. Bérubé croit miser actuellement.

Cette démarche est très sensible à l’effet que le contribuable, quoi qu’il pense des grands projets, n’a pas à payer le gros prix à même son compte de taxes pour s’en faire convaincre par Mme Trudel.

Ce rôle d’influence appartient aux promoteurs et aux scientifiques, qui ont des informations pertinentes.

C’est ensuite aux élus de prendre en considération les intérêts des citoyens, et non pas à Promotion Saguenay de s’ingérer dans le débat via une ex-députée du NPD qui veut « continuer de représenter sa région », comme elle le proclame sur toutes les tribunes.

Que Promotion Saguenay s’en tienne à ses missions. Celle de faire de la politique de façon aussi décomplexée aux frais des contribuables est tout à fait inappropriée et même nuisible au climat municipal déjà assez lourd de ce Royaume, ainsi que pour les promoteurs des projets qui sont en mesure, je l’espère, d’embaucher les communicateurs publics par eux-mêmes.

Mélanie Boucher

Saguenay