Publisac: à Montréal, on joue avec notre avenir

OPINION / Le dossier du Publisac met en opposition les intérêts de la grande ville ainsi que ceux des régions et nous constatons que l’absence d’écoute portant sur les réalités régionales est frappante et désolante.

Nous ne sommes pas moins environnementalistes en région qu’à Montréal. Nous vivons sur la même planète et les enjeux environnementaux nous touchent tout autant, sinon plus puisque notre activité économique est davantage dépendante du climat et de la bonne santé des ressources naturelles, telle la forêt, cette ressource renouvelable. L’aménagement forestier durable et la transformation des produits du bois, y compris le papier, qui en résultent peuvent contribuer à atténuer les effets des changements climatiques. En effet, à mesure que les arbres poussent, ils absorbent et stockent le dioxyde de carbone. Ils représentent des processus efficaces et mondialement reconnus pour lutter contre les changements climatiques. Mais quand les arbres parviennent à maturité, leur croissance ralentit, la matière combustible s’accumule dans les forêts et au sol, ils deviennent vulnérables aux incendies de forêt ou aux infestations d’insectes.

Lors des consultations publiques sur l’avenir du Publisac qui se sont déroulées jusqu’au 12 novembre, à Montréal, la Commission a eu peu d’écoute concernant les répercussions de leur décision sur l’économie des régions, de même que celle du Québec dans son ensemble. Rappelons que la notion de développement durable englobe les enjeux environnementaux, bien sûrs, mais aussi économiques et sociaux. On a plutôt entendu à cette commission le procès du Publisac par Projet Montréal, et peu, sinon aucune préoccupation pour l’écosystème du Publisac, sauf quelques présentations, dont celles de Produits forestiers Résolu et de la Fédération de l’industrie manufacturière (CSN) concernant les impacts économiques potentiels sur nos régions. L’entreprise Transcontinental, qui est propriétaire du Publisac, a clairement démontré que si Montréal changeait le système de livraison actuel du Publisac, ceci marquerait la fin de Publisac. Son contenu est pourtant essentiel pour la bonne gestion des budgets des ménages, et par conséquent des commerçants, des hebdos régionaux. Il est aussi générateur d’emplois partout au Québec. On s’est plutôt scandalisé des « tonnes de papier » qui servent à imprimer les circulaires.

Rappelez-vous que le papier utilisé pour l’impression des circulaires et des hebdos régionaux est fabriqué à partir d’une ressource renouvelable, recyclable et écologique, soit le bois. De nos jours, sauf exception, aucun arbre n’est récolté pour la stricte fabrication du papier au Québec. La fibre utilisée pour fabriquer le papier provient essentiellement de résidus issus du processus de transformation du bois de construction, un sous-produit communément appelé « copeaux de bois ». Dans le passé, ces résidus devaient être enfouis ou brûlés. Aujourd’hui, ils sont tous valorisés et permettent aux scieries de fonctionner. La fabrication du papier est donc une composante essentielle de la filière de la transformation du bois au Québec. Cette filière soutient d’ailleurs l’économie de plus de 225 collectivités dépendantes de l’industrie forestière au Québec.

Entre autres, le papier utilisé pour les circulaires, les dépliants et autres matériels de promotion et d’information au Québec, provient des usines de papier de Gatineau en Outaouais, Amos en Abitibi, Baie-Comeau sur la Côte-Nord, Clermont dans Charlevoix et de celles de Dolbeau, de Kénogami et d’Alma, dans la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Les copeaux, quant à eux, proviennent en majorité des usines de sciage de plusieurs entreprises, situées à Maniwaki, Senneterre, Lebel-sur-Quévillon, Val-d’Or, Saint-Hilarion, Girardville, La Doré, Mistassini, Saint-Félicien, La Tuque et Sacré-Coeur. Une trentaine d’autres scieries du Québec écoulent également une partie de leurs copeaux vers les usines à papier.

L’économie circulaire relative au papier a pris des années à se constituer au Québec. Dans un tel système économique, il n’y a pas de déchets. Chaque élément est un intrant, transformé et valorisé pour un autre usage. Si on retire un élément de cette chaîne, comme il est question ici, le cercle serait rompu. C’est l’économie des régions comme la nôtre qui serait affectée : l’industrie des produits forestiers s’en ressentirait, les scieries, qui dépendent de la transformation des copeaux pour assurer leur rentabilité, les 225 collectivités qui en dépendent, y compris de nombreuses communautés des Premières Nations, les centaines de bons emplois en région seraient tous mis en jeu, pour ne rien dire sur les revenus des centres de tri qui chuteraient. Nous estimons à 480 les emplois directs et à 1560 les emplois indirects reliés à l’industrie forestière, qui seraient touchés dans nos régions par la disparition du Publisac.

Nous rappelons que l’industrie forestière génère plus de 5000 emplois à Montréal et près de 60 000 emplois au Québec et nous invitons les élus montréalais à venir nous rencontrer pour discuter avec les ingénieurs forestiers, les experts environnementaux, les travailleurs en forêt et dans les scieries. Nous les invitons à venir rencontrer les familles dont les produits de la forêt sont le gagne-pain, souvent depuis des générations. Nous vous invitons à prendre en considération la réalité de nos régions avant de prendre des décisions basées sur de mauvaises prémisses.

Gérald Savard, président (MRC du Fjord-du-Saguenay), Marc Asselin (Alma), Lucien Boivin, (MRC du Domaine-du-Roy), Pascal Cloutier (Dolbeau-Mistassini), Sabin Côté (Roberval), Luc Gibbons (Saint-Félicien), Josée Néron (Saguenay), André Paradis (MRC de Lac-Saint-Jean-Est), Michel Potvin (Saguenay), Luc Simard (MRC de Maria-Chapdelaine), Bruno Tremblay (Saint-Honoré)