Propagande gazière

Énergie Saguenay a fait une tentative de séduction dans une lettre d’opinion du Quotidien du 24 novembre dernier, qui s’avère un petit bijou d’opération de relation publique : mielleux et néanmoins rempli de demi-vérités et de poudre aux yeux, qui tente de nous faire croire que tout compte fait, leur projet n’est rien d’autre qu’une contribution à la lutte au réchauffement climatique.

Stéphanie Fortin, directrice des communications, affirme vouloir « profiter des surplus hydroélectriques propres et renouvelables disponibles au Québec afin de liquéfier le gaz naturel (…) générant le moins de gaz à effet de serre (GES) au monde ». D’abord, la meilleure façon de profiter de nos surplus hydroélectriques serait de développer les transports en commun électriques afin de réduire nos GES, et par le fait même notre déficit commercial, dû en grande partie à l’achat de pétrole à l’étranger, premier responsable des GES. Ensuite, on peut bien se vanter de construire une usine de liquéfaction qui produit « le moins de gaz à effet de serre au monde », cela reste du gaz naturel, reconnu pour ne pas être une énergie de transition, si l’on tient compte des GES produits dans tout son cycle de vie, sans compter les inévitables fuites.

Nous n’avons donc pas besoin d’une usine de liquéfaction « la plus verte et la plus respectueuse qui soit ». Contribuer proprement au réchauffement climatique n’est pas une avancée !

Ensuite, bien que le gaz génère moins de GES lors de sa combustion, il n’est déjà plus dans la course pour remplacer les centrales électriques au charbon. Les énergies vertes croissent très rapidement et déjà, aux É-U et en Australie, l’on remplace des centrales électriques au charbon par des centrales vertes, fonctionnant à l’éolienne et au solaire, avec des super-piles pour 3c à 4 c du kWh.

Madame Fortin affirme ensuite que son entreprise « ne vise pas à remplacer l’énergie renouvelable ». Ce serait ben le boutte ! Mais rappelons-nous qu’on a voulu le faire au Québec avec la centrale au gaz du Suroît au début des années 2000, qui a été annulée en 2004 suite à une lutte citoyenne épique et dont nous payons encore aujourd’hui pour l’annulation des contrats (plus de 2 G $, soit 150 M $/an jusqu’en 2026, versés à la pétrolière albertaine TransCanada).

Dans les faits, Énergie Saguenay ne vise qu’à écouler un gaz, majoritairement de fracturation, dont on cherche à écouler les surplus, au bénéfice des actionnaires et au mépris de l’urgence climatique, au moment où nous devrions plutôt laisser 85 % des réserves d’hydrocarbures dans le sous-sol, si on veut éviter le pire avant la fin du présent siècle, selon les experts du GIEC.

Pierre Dostie

Marie-Francine Bienvenue

Québec solidaire Saguenay–Lac-Saint-Jean

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L'AUTISME : PAS ÉVIDENT

En réponse à la lettre de Karine Blackburn intitulée « Un fils différent » et parue le 27 novembre 2018.

Madame,

Votre lettre m’a interpellé, vivant nous-mêmes ma conjointe et moi l’autisme au quotidien avec notre adorable fils de 11 ans. La différence, c’est aussi d’apprendre à vivre avec cette différence à tous les jours. Mais permettez-moi de clarifier et de corriger amicalement et tout doucement le fait suivant que vous avez soulevé : l’autisme n’est surtout pas une « étrange maladie », ce n’est pas une maladie non plus au sens propre du terme. L’autisme est un état. Donc je reprendrai aussi le début de votre superbe lettre en indiquant « qu’avoir un fils différent, c’est avoir une famille, un arbre avec une branche différente » (et non malade). Je me devais de le préciser, car pour beaucoup de monde, l’autisme est effectivement considéré à tort comme une maladie, ce qui n’est nullement le cas.

Hormis ce détail, tout ce que vous décrivez est tellement vrai : les deuils à faire, le stress de savoir ce qu’il adviendra de lui quand nous ne serons plus là, les réunions de famille au rez-de-chaussée alors qu’il préfère le calme de « son » sous-sol ou préfère être dans sa chambre (je me suis révolté face à la Vie pour cela un moment donné, comme je continue de me révolter des fois contre d’autres contraintes que cette différence apporte).

Nous adorons notre fils, tellement chaleureux et sensible, doué de cette prodigieuse mémoire photographique. Tout comme vous, nous apprenons à vivre avec cette différence, ce qui fait aussi que nous nous sommes retrouvés ma conjointe et moi, du jour au lendemain, dans des rôles d’éducateurs auprès des gens qui nous entourent face à l’autisme de notre fils. Avons-nous été « choisis » par la Vie pour démystifier le tout ? On dit qu’un enfant choisit ses parents... Je ne saurais vous dire. Le trouble du spectre de l’autisme (TSA) est donc un perpétuel apprentissage pour nous les parents, aussi pour les proches qui nous secondent et nous offrent du répit. Une chance qu’on les a ! Et toutes ces ressources que mettent à notre disposition la Fondation Jean-Allard pour l’autisme, le CRDI... Vous savez, on a tous notre façon unique de voir une situation. On se dit souvent en s’encourageant « y en a des mieux, y en a des pires ». Dans notre cas, nous sommes en tout cas soulagés de savoir à quelle différence on a affaire, parce que pour plusieurs actuellement, y a encore des diagnostics qui ne peuvent pas être apposés sur d’autres différences. Paix et sérénité à vous madame Blackburn. Merci de nous avoir fait sentir moins « seuls au monde » avec votre touchante lettre.

Amicalement,

André Deschênes

Josée Perron

Saguenay

Parents de François-Xavier