Progression du coronavirus et système d’information

OPINION / L’information de qualité est un enjeu majeur dans toute crise. Le gouvernement du Québec l’a très bien compris. La qualité de l’information et la cohérence des messages sont au rendez-vous. Nous comprenons mieux les messages et la pertinence des mesures qui sont prises. Nous acceptons plus facilement de modifier nos comportements pour des intérêts plus grands que les nôtres. Le leadership de notre premier ministre, de la ministre de la Santé et des Services sociaux et du directeur national de la santé publique et la cohésion et la compétence de notre communauté scientifique et médicale font honneur à notre société et ferment la porte aux fausses nouvelles que favorise la gestion par le vide.

Les mesures urgentes pour diminuer la progression de la maladie, pour mettre en place un système d’évaluation et pour adapter les services de santé ont été prises. D’autres viendront sans doute dans les prochains jours et les prochaines semaines. Les efforts pour s’assurer de leur mise en place et de leur maintien sont gigantesques et demeurent une priorité du gouvernement et de toute notre société.

Il faudra cependant rapidement mettre en place un système d’information et un tableau de bord permettant à la population, aux médias et au système de santé de suivre en même temps et avec les mêmes informations l’évolution de la maladie et l’évolution des performances du système d’évaluation.

Ces informations nous seront nécessaires pour maintenir notre solidarité tout au long d’une crise qui sera longue, pour éviter la panique, pour mieux comprendre les nouvelles décisions de nos gouvernements et pour nous assurer de la performance de notre système d’évaluation et de notre système de santé.

Certains résultats du système d’évaluation sont disponibles. Dans les médias, c’est le nombre de cas de personnes atteintes et la progression journalière qui retient actuellement l’attention. À mesure que le système d’évaluation deviendra plus performant et que la maladie progressera, le nombre de cas subira une progression très rapide, ce qui risque d’augmenter la peur et l’angoisse. La comparaison de l’augmentation du nombre de cas avec l’augmentation du nombre de personnes testées demeure essentielle pour une information de qualité. Pour mieux connaître la gravité de la maladie et son impact sur la population et le système de santé, des informations sur le nombre de cas d’hospitalisation, de mortalité et de guérison seront nécessaires.

Des informations sur les principales étapes du processus d’évaluation devraient également être rendues disponibles pour mesurer la fluidité du processus et la progression de la maladie. Par exemple, avec le nombre d’appels reçus, le nombre de personnes à tester, le nombre de personnes testées et le nombre d’analyses produites, nous pourrions anticiper la progression de la maladie, mesurer les efforts pour répondre aux besoins de la population et certains goulots d’étranglement du processus.

À mesure que la maladie progressera, des questions de plus en plus nombreuses se poseront sur l’efficacité du système d’évaluation et sur sa capacité de rendre compte des progressions de la maladie. Des questions se posent déjà sur les attentes au téléphone, les difficultés de joindre le système, les délais pour pouvoir passer les tests et les délais pour obtenir des résultats. Il ne sera possible d’apporter des réponses crédibles à ces questions que si des indicateurs précis de performance sont établis et que la cueillette d’informations sur une base continue permet de mesurer et de rendre compte de l’écart avec ces critères.

L’efficacité du système d’évaluation joue un rôle essentiel pour le contrôle de la transmission de la maladie et pour mesurer l’évolution de la maladie en temps réel sur une base quotidienne

Pour une région comme la nôtre, des questions de plus en plus nombreuses se poseront rapidement sur la capacité des informations au niveau québécois de rendre compte de la situation dans la région. La mise en place d’un système régional d’information s’impose et devient une priorité à la fois pour mesurer la performance de notre système d’évaluation régional et la progression de la maladie dans la région. Une attention particulière pourrait être donnée à la transmission communautaire interrégionale de la maladie.

Gilles Bergeron, économiste

Saguenay