Prendre le temps de bien faire les choses

OPINION / Le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur a lancé le 9 janvier dernier une consultation au sujet du programme d’Éthique et culture religieuse, un programme qu’il souhaite réviser « en profondeur ». Cette annonce ne doit pas nous surprendre, puisque la révision, voire la suppression de ce programme – qui fait l’objet de controverse depuis son implantation en 2008 – est depuis plusieurs années revendiquée par la Coalition avenir Québec. Elle semble également s’inscrire en continuité avec l’adoption du projet de loi n° 21 sur la laïcité de l’État en évacuant du curriculum toutes formes de manifestations religieuses. Sachant que le gouvernement réalisera très probablement cet engagement, l’enjeu n’est pas tant de savoir s’il est pertinent ou non de réviser ce programme, mais plutôt de réfléchir à ce qui peut le remplacer et, surtout, à la manière de s’y prendre pour le déterminer.

D’emblée, il est appréciable que le gouvernement ne précipite pas les travaux et qu’il prenne le temps de consulter la population et les parties prenantes. Il aurait toutefois été préférable qu’il mène cette réflexion sur l’ensemble du curriculum, ce qui aurait éloigné le danger d’en faire un programme fourre-tout. Quoi qu’il en soit, il importe que le gouvernement s’inspire des meilleures pratiques en matière de consultation et d’élaboration de programme afin d’assurer que la prise de décision finale s’appuie sur la recherche scientifique, sur l’adhésion de la population et sur une vision de la société à construire. Pour y arriver, il est essentiel de prendre le temps de bien faire les choses.

Sur la consultation

Les recherches portant sur les bonnes pratiques en matière de consultation publique signalent l’importance que cet acte hautement démocratique ne vise pas seulement à légitimer la prise de décision, mais bien à l’orienter et à l’alimenter. Une consultation donnant l’impression de n’avoir servi qu’à légitimer la prise de décision encourage non seulement le cynisme, mais entraîne également des complications en matière de gestion des attentes et porte flanc aux critiques en matière de saine gestion des fonds publics.

L’idée d’offrir l’occasion à la population de s’exprimer à travers un questionnaire quantitatif offrant l’espace pour des compléments qualitatifs est excellente. Il est également très bien que le gouvernement offre la possibilité de déposer un mémoire et qu’il n’oriente pas son contenu en imposant un document de consultation susceptible de freiner l’émergence d’idées novatrices.

Quelques questions essentielles demeurent néanmoins en suspens. Par exemple, qui analysera les résultats de la consultation, particulièrement ceux des mémoires, et avec quelle grille d’analyse le fera-t-il ? Le gouvernement fera-t-il preuve de transparence et donnera-t-il accès à la population et aux chercheurs à ces mémoires et aux résultats de l’enquête ?

Sur l’élaboration et la mise en œuvre

Les recherches sur les bonnes pratiques en matière d’élaboration de programme permettent aussi de saisir l’importance de compléter le cycle politique d’un programme scolaire avant d’en initier un nouveau. Sachant que la mise en œuvre du programme d’Éthique et culture religieuse a débuté en 2008, nous avons accès pour la première fois à une cohorte y ayant été formée de la première année du primaire jusqu’à la cinquième du secondaire. Ainsi, une évaluation de ce programme a-t-elle été effectuée avant de lancer la présente consultation ? Si oui, le gouvernement peut-il, en toute transparence, donner accès à la population et aux chercheurs à cette évaluation ? Sinon, comment justifie-t-il l’absence de cette étape cruciale qui permet de saisir l’atteinte ou non des compétences et des objectifs ciblés ?

Surtout, comment le gouvernement prévoit-il soutenir les acteurs scolaires dans la mise en œuvre de ce nouveau programme, et ce, dans un contexte où de nombreuses modifications réglementaires et législatives (loi sur la maternelle 4 ans, loi sur la laïcité de l’État, modifications au Règlement sur les autorisations d’enseigner et projet de loi 40) solliciteront également une importante appropriation et adhésion de la part du personnel scolaire, à commencer par les administrateurs et les enseignants ?

Bref, pour mener ce vaste et important projet à bon port, le gouvernement a intérêt à s’inspirer des meilleures pratiques en matière de consultation et d’élaboration de programme. Il gagnerait également à faire preuve d’une complète transparence au cours des étapes menant à la prise de décision, puisqu’il est crucial, dans une société démocratique, de permettre aux citoyens de comprendre les choix des décideurs publics, particulièrement pour ce type d’objet qui interpelle aux premières loges l’identité culturelle et citoyenne, à la fois individuelle et collective.

Olivier Lemieux,

professeur substitut en administration scolaire,

Université du Québec à Rimouski