Prendre de meilleures résolutions

OPINION / Le 1er janvier 2019 entraient en vigueur deux mesures importantes introduites à la Loi sur les normes du travail en juin dernier : le droit de refuser de travailler si l’horaire de travail n’est pas connu au moins cinq jours à l’avance et le droit à deux jours de congé payé pour des absences dues à la maladie ou à des responsabilités familiales. Depuis octobre 2016, la campagne 5-10-15 porte deux revendications importantes auxquelles ces mesures répondent partiellement : le « 5 » et le « 10 ». Les membres de 5-10-15 sont donc satisfaits de constater que leur travail a contribué à tracer le chemin pour que la Loi commence à s’adapter et à répondre aux besoins et aux préoccupations des travailleuses et travailleurs.

Toutefois, bien que ces modifications représentent des pas importants dans la bonne direction, il reste du chemin à parcourir pour que de telles mesures permettent réellement aux travailleuses et aux travailleurs de mieux concilier leur vie et le travail, notamment sans être pénalisés financièrement.

D’abord, deux jours d’absence rémunérés nous paraissent nettement insuffisants pour répondre aux besoins des personnes en emploi. C’est pourquoi la campagne 5-10-15 en revendique dix. Pouvoir s’absenter du travail sans pénalité financière, quand la santé ou les besoins de la famille sont en cause, devrait aller de soi dans une société où, le plus souvent, les deux parents travaillent et qu’ils doivent parfois prendre soin de leurs propres parents vieillissants.

Ensuite, le droit de refus accordé aux travailleuses et travailleurs si leur horaire de travail n’est pas connu au moins cinq jours à l’avance leur impose le fardeau de refuser de travailler et de s’exposer à des représailles de l’employeur. Cette nouvelle mesure devrait être complétée par une obligation de la part de l’employeur de remettre un horaire de travail cinq jours à l’avance, ce qui lui imposerait une responsabilité.

Certains états et certaines villes aux États-Unis vont d’ailleurs nettement plus loin dans leurs mesures de protection des personnes salariées. Des affiches sur le droit à un horaire prévisible doivent être bien visibles dans tous les milieux de travail. À certains endroits, la loi impose aussi le versement de compensations financières très dissuasives aux employeurs qui modifient l’horaire de travail à la dernière minute. Le gouvernement du Québec devrait s’inspirer de telles mesures si l’enjeu de la conciliation famille-travail lui tient réellement à cœur.

Enfin, la campagne 5-10-15 aimerait rappeler au ministre du Travail, monsieur Jean Boulet, que les dispositions annoncées sur l’encadrement des agences de placement de personnel et des agences de recrutement des travailleuses et travailleurs étrangers temporaires ne pourront pas entrer en vigueur tant qu’un premier règlement ne sera pas adopté à cette fin. Nous pressons donc le gouvernement d’agir rapidement et de déposer un règlement musclé qui conférera un meilleur encadrement des agences de placement et une égalité de traitement salarial entre les travailleuses et les travailleurs d’agences et les personnes qu’elles remplacent dans les entreprises clientes.

Virginie Larivière, porte-parole du Collectif pour un Québec sans pauvreté

Mélanie Gauvin, porte-parole du Front de défense des non-syndiqué-e-s

Luc Vachon, président de la Centrale des syndicats démocratiques

Sonia Ethier, présidente de la Centrale des syndicats du Québec

Jacques Létourneau, président de la Confédération des syndicats nationaux

Christian Daigle, président général du Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec

Richard Perron, président du Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec