Pourquoi ne pas augmenter le nombre de tests au Saguenay–Lac-Saint-Jean?

OPINION / Dans quelle mesure une augmentation du nombre de tests par jour dans la région nous permettrait-elle d’augmenter nos chances de succès dans notre lutte contre la COVID-19?

Faire plus de tests et le plus rapidement possible est un des facteurs de la réussite identifiés par les épidémiologistes avec les bonnes pratiques de distanciation physique et d’isolement.

La date du premier cas confirmé dans la région est le 12 mars alors que le premier cas confirmé à Montréal est le 27 février. Nous avons appliqué les mesures de distanciation physique et d’isolement à la même date et de façon plus responsable. Si nous étions capables d’augmenter de 95 le nombre de tests par jour, soit au même rythme que celui du Québec, nous serions en mesure de mieux suivre la progression de la maladie dans la région et de mettre en isolement les personnes atteintes.

En date du 2 avril, 1420 tests avaient été faits dans la région en comparaison de 79 413 tests pour le Québec. La part des tests dans la région représente 1,8 % des tests du Québec alors que nous représentons 3,3 % de la population.

Du 27 mars au 2 avril, le nombre de tests dans la région a augmenté de 396, soit une moyenne de 80 tests par jour alors qu’il a augmenté de 26 561 pour l’ensemble du Québec, soit 5312 tests par jour. L’augmentation de la région représente 1,5 % de l’augmentation du Québec. Notre part relative s’est détériorée, au cours de ces cinq jours. Il aurait fallu faire 95 tests de plus par jour pour que le nombre de cas représente notre poids démographique.

Selon les informations disponibles, nous avons trois cliniques désignées dans la région qui sont fonctionnelles, nous avons un laboratoire qui peut analyser 250 tests et nous faisons en moyenne 80 tests par jour.

Je n’ai aucun doute sur les compétences et le dévouement de la direction et du personnel de la santé publique dans la région. Je m’interroge cependant sur la marge de jeu dont ils disposent pour adapter la stratégie nationale au contexte plus spécifique de la région, de même que sur les moyens et la disponibilité du personnel dont ils disposent pour faire leur travail.

Pas de doute que les efforts prioritaires du Québec doivent être consacrés à la région de Montréal. La solidarité envers la région de Montréal ne devrait cependant pas conduire à un nombre de tests trop bas dans la région, ce qui risque de compromettre nos chances de mieux s’en sortir.

Gilles Bergeron

Économiste

Saguenay

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JETER DU LAIT AU CANDA DEVRAIT ÊTRE ILLÉGAL

Pour la première fois de son histoire, les Producteurs laitiers du Canada admettaient qu’ils ordonnaient aux producteurs de jeter plus de 12 millions de litres de lait à la ferme partout au Canada, pour la prochaine semaine. Au détail, c’est environ 25 millions de dollars de lait. En raison de la COVID-19, selon le communiqué émis par les Producteurs laitiers du Canada, la demande à la consommation a subi une redéfinition complète. La restauration devenue pratiquement inexistante provoque violemment ces ondes de choc. Contrairement aux États-Unis, par exemple, jeter du lait à la ferme au Canada est inconcevable compte tenu de notre système de gestion de l’offre.

Jeter du lait ne constitue pas une pratique nouvelle au Canada. Chaque année, il y a des surplus et certains producteurs doivent en jeter, mais la plupart d’entre nous ne s’en rendent pas compte. Toutefois, le contexte actuel de la crise de la COVID-19 fait toute la différence. Vu le niveau d’insécurité alimentaire ressenti par des millions de Canadiens en ce moment, les producteurs laitiers devaient s’expliquer auprès de la population canadienne. C’était important et nécessaire de le faire.

La gestion de l’offre nous permet de produire les quantités dont nous avons besoin. Notre système de quotas offre un privilège à environ 11 000 producteurs de nous fournir un produit de qualité et d’assurer une certaine sécurité alimentaire. Il y a aussi des tarifs exorbitants à l’importation qui protègent le marché canadien. Depuis quelques années, par le biais de nouveaux traités avec l’Asie et l’Europe, un pourcentage des produits laitiers au Canada provient d’ailleurs. En matière de compensation, chaque producteur reçoit de l’argent des contribuables, en moyenne autour de 28 000 $ par année, et ce, pour les huit prochaines années.

Il faut rappeler à ceux qui connaissent moins la gestion de l’offre que les producteurs perçoivent une compensation pour le lait produit, qu’il soit jeté ou non. Les producteurs le nieront abondamment sur les tribunes en expliquant que le nombre de quotas diminue, mais ils reçoivent tout de même une rémunération pour le lait jeté. Assurément, certaines fermes en viendront à disparaître, et l’écrémage a déjà commencé depuis des années puisqu’en 1972, le Canada comptait plus de 40 000 fermes laitières.

Tandis que plus de 2 millions de Canadiens ont perdu leur emploi récemment à cause de la COVID-19, les producteurs laitiers continuent à produire et jeter du lait afin de maintenir les prix artificiellement élevés à la ferme. Aux États-Unis et en Europe, où le lait se jette aussi, les producteurs ne profitent pas de la protection d’un système institutionnalisé comme la gestion de l’offre. Le système fonctionne ainsi, depuis des décennies.

Certains peuvent croire que ce lait jeté devrait être offert aux banques alimentaires. En effet, les producteurs laitiers comptent déjà parmi les plus généreux donateurs auprès des banques alimentaires. Chaque année, ils offrent des millions de litres de lait et des kilos de produits laitiers. Ces dons font intégralement partie du système de la gestion de l’offre. Mais encore une fois, ils sont compensés pour tout cela.

Pour régler le problème des surplus, certaines technologies existent pour permettre à la filière de conserver le lait. Des réserves stratégiques, cela existe. La Chine possède sa réserve de porc, et même le Québec maintient sa réserve de sirop d’érable. Mais puisque les producteurs de lait sont payés, peu importe si le lait est jeté ou non, ils ne sentent pas la nécessité d’investir dans des technologies d’entreposage ou de transformation à long terme.

Essentiellement, puisque la production laitière est extrêmement contingentée au Canada et que les contribuables paient pour la production laitière, le lait produit au Canada constitue pratiquement un bien public, contrairement aux États-Unis ou ailleurs dans le monde. Jeter du lait au Canada n’est tout simplement pas normal. Il devrait effectivement être illégal pour quiconque de jeter du lait à la ferme.

Si l’acte de jeter du lait devient illégal au Canada, la filière devra trouver de nouvelles solutions, plus durables, afin d’éviter une situation aussi gênante, qu’il y ait une crise comme la COVID-19 ou non. Les producteurs jettent le lait parce que c’est une solution facile. Ils ont besoin d’une mesure incitative pour agir autrement. De dire aux contribuables et aux consommateurs qui paient pour le lait jeté que les producteurs n’ont pas le choix de jeter du lait relève tout simplement de l’immoralité, surtout en temps de crise.

Compte tenu des options qui existent, normaliser cette pratique restera toujours insensé.

Dr. Sylvain Charlebois

Professeur titulaire et directeur principal du Laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire