Pour un vrai projet

Même si j'ai vu le jour et passé la moitié de ma vie à Port-Cartier sur la Côte-Nord, le Nord s'est révélé à moi il n'y a pas si longtemps. Ce Nord qui, au-delà d'une jeunesse heureuse à cueillir les bleuets, ne représentait jusqu'alors qu'une grande mine à ciel ouvert, une cours à bois offerte au plus offrant ou un grand panache qui ornait les garages des chasseurs. S'est révélé à moi un Nord que j'ignorais, celui des autochtones, des Inuits qui occupent près du tiers de notre province. Celui des Cris dont le territoire, qui couvre 25% du Québec, est spolié par les «sudistes» qui y cultivent en turbines une majorité de leur énergie. J'ai aussi traversé une frontière invisible avec les Innus que j'avais côtoyés quotidiennement dans ma jeunesse sans jamais même avoir un échange avec eux. Pas un mot!
Décontenancée par tant d'ignorance, je me suis lancée dans une quête du Nord qui s'avéra être une quête identitaire. Sur le chemin, j'ai croisé des guides généreux, et surtout un mentor, Louis-Edmond Hamelin dont j'ignorais aussi jusqu'alors l'existence. Bien que le père de la nordicité ait mis au monde le «Centre d'Études Nordiques» en 1961, la Toile, il n'y a pas si longtemps, ne fournissait que très peu d'information sur le Nord. Découvrir Louis-Edmond Hamelin, c'était trouver réponse à presque toutes les questions qui m'animaient alors dans ma quête de la nordicité, de ma nordicité. S'imposait alors une idée: Louis-Edmond Hamelin et sa réflexion devaient être accessibles au plus grand nombre. Par la voie d'un film!
«Avec le Plan Nord, et sa réorientation sous le gouvernement de Mme Marois, ce film arrive à point nommé. «Le Nord au Coeur», que l'illustre réalisateur-portraitiste Serge Giguère a accepté de réaliser, sera présenté à Télé-Québec, le 11 février prochain. »
Subissant les multiples pressions du développement sans cesse plus pressantes et une dépréciation de l'environnement qui nous supporte, tous ensemble, autochtones et non autochtones, particulièrement de la Côte-Nord, du Saguenay-Lac-Saint-Jean, de l'Abitibi et de la Baie-James, nous devons aujourd'hui prendre des décisions déterminantes pour l'avenir du Québec et des générations qui vont nous survivre. Des décisions sur une façon novatrice de développer le Nord, d'une façon qu'il réponde d'abord aux besoins de ceux qui l'habitent, afin de ne pas répéter les erreurs du passé, sur l'importance de planifier en amont du développement la protection de nos territoires, et sur l'importance d'établir une relation respectueuse avec les nations autochtones... «Le Nord au Coeur» dresse un portrait signifiant du développement nordique québécois depuis Duplessis et, livre des réflexions et des pistes de solutions pour réévaluer notre façon de prendre nos décisions sur notre façon de développer le Nord pour en faire un réel projet de société.
Suzann Méthot
Directrice régionale Québec
Initiative boréale canadienne