Mercredi midi, le conseil a rejeté le budget 2020 de l'administration de Josée Néron.

Pour sortir de l’impasse

L'auteur de cette lettre d'opinion est l'économiste Gilles Bergeron, de Saguenay.

OPINION / Les conseillers indépendants de Saguenay ont infligé un camouflet public à la mairesse Josée Néron et au responsable des finances Michel Potvin en refusant leur appui au budget et au plan triennal présentés en assemblée publique.

S’il faut en croire Michel Potvin, la préparation du budget a donné lieu à de nombreuses discussions et le budget présenté était le résultat d’un large consensus de la part des conseillers.

C’est l’augmentation de la dette qui a été invoquée par les conseillers en assemblée publique, comme si cela était un problème nouveau.

Un retour sur la situation financière de Saguenay et sur les principales décisions prises au cours des dernières années est nécessaire pour nous aider à mieux comprendre les problèmes que nous vivons et les voies de solution à explorer.

Le conseil municipal élu en 2017 faisait face à une situation financière difficile. Saguenay empruntait depuis plusieurs années pour payer ses dépenses de fonctionnement. Malgré une valeur surévaluée des maisons, ses revenus augmentaient très lentement à la suite d’une conjoncture économique difficile. Ses dépenses d’immobilisation ne permettaient pas de répondre aux besoins d’entretien et de renouvellement de ses infrastructures. Sa dette était une des plus élevées des grandes villes du Québec et le coût de la dette prenait une place grandissante dans le budget de fonctionnement.

Pour répondre à ces nombreux défis, Josée Néron a choisi de naviguer à vue sans établir un plan d’action structuré et cohérent. Sa démarche est devenue rapidement illisible pour les conseillers municipaux et les citoyens. De plus, la présentation des budgets de Saguenay sur le site Internet est difficilement compréhensible pour les citoyens.

Le premier budget s’est soldé par une augmentation du compte de taxes plus élevée que ses promesses électorales et une diminution partielle des dépenses de fonctionnement payées à même les emprunts. Différents autres changements ont été faits dans le budget pour limiter l’augmentation des dépenses, mais la présentation qui a été faite dans le budget les rendait difficilement compréhensibles.

Le deuxième budget a donné lieu à une forte contestation de la population. Même si la loi lui permettait d’imposer son veto, Josée Néron a autorisé une augmentation inacceptable et rétroactive du salaire des conseillers municipaux. Plus que le montant, c’est le message qui a été envoyé : l’augmentation des dépenses n’est pas une préoccupation du conseil municipal.

L’augmentation du compte de taxes s’est faite dans le cadre de la baisse de valeur des maisons à la suite du dépôt du nouveau rôle d’évaluation. La charge fiscale a augmenté de 3,9 %, mais le compte de taxes a augmenté de 6 % pour la maison moyenne ayant conservé sa valeur. Ce contexte particulier n’a pas été expliqué et Michel Potvin a été incapable de comprendre la situation.

La Ville a poursuivi ses emprunts pour payer ses dépenses courantes et les dépenses pour le service de la dette ont poursuivi leur augmentation. De plus, la Ville a voté le plan triennal d’immobilisation le plus coûteux de son histoire sans aucune information, explication ou discussion sur l’impact de l’augmentation de la dette et du coût de la dette dans le budget de fonctionnement. Pourquoi cette question financière pourtant fondamentale est-elle restée dans l’ombre ?

Il était et il est encore nécessaire que cette question soit clarifiée avec une expertise indépendante.

Pourquoi les 14 conseillers se réveillent-ils aujourd’hui lors de la présentation publique du budget pour un problème qui se posait l’an dernier ? Faut-il croire que leur augmentation de salaire était leur préoccupation principale dans le budget de l’an dernier ?

Pour sortir de l’impasse, et envoyer un message clair à la population, les conseillers de Saguenay doivent d’abord se voter une baisse rétroactive de salaire dans le budget 2020, qui est en cours de discussion. En plus de convenir d’un budget pour la prochaine année, Saguenay doit se donner un plan cohérent pour mieux maîtriser ses dépenses et contrôler l’augmentation de sa dette au cours des trois prochaines années.