L'usine d'extrusion Pexal Tecalum d'Alma.

Pexal-Tecalum: gênant

ÉDITORIAL / Gênant. Il n'y a pas d'autre mot pour qualifier l'arrêt de production à l'usine d'extrusion Pexal-Tecalum d'Alma.
Il y a environ un mois, un groupe d'investisseurs européens étaient au Saguenay-Lac-Saint-Jean pour faire de la prospection. La délégation est débarquée sans tambour ni trompette, comme c'est presque toujours le cas dans ce genre de mission. Or, si la discrétion est de mise lors d'une telle visite, il en est tout autrement pour l'impression que souhaitent laisser les hôtes. Dans ce cas particulier, les promoteurs considéraient la région comme pied-à-terre en Amérique du Nord en raison de la présence d'une usine d'extrusion. Aussi avait-on organisé une visite des installations de Pexal-Tecalum, qui ont été inaugurées il y a moins de deux ans. Ils ont finalement été accueillis dans une bâtisse déserte et silencieuse. Gênant, disions-nous?
L'usine est paralysée depuis des mois en raison d'un conflit entre les opérateurs, qui n'ont jamais été en mesure de régler leurs différends personnels. Surtout, ces derniers n'ont pas su profiter du cadeau de 13 millions de dollars qui leur a été offert sur un plateau d'argent, payé par des fonds publics. Malgré tous les avantages, ils ont trouvé le moyen de mener leur entreprise à la faillite! Comment expliquer que trois véhicules de promenade, d'une valeur totalisant près de 100 000$, fassent partie des biens en créance? Serait-ce que, comme dans la fable, la grenouille a voulu se faire aussi grosse que le boeuf?
Non, rien ne peut justifier cet échec: les carnets de commandes étaient bien fournis; les équipements étaient rodés; les employés étaient performants.
Au lieu d'être un argument de prospection pour les démarcheurs locaux et un incitatif pour les entrepreneurs étrangers, l'usine d'extrusion d'Alma, avec ses déboires, plombe la réputation de la région. Le danger dans tout ça, c'est qu'aux yeux du monde entier nous passions pour les Lavigueur de l'aluminium. Ceux qui militent pour que la transformation du métal gris se fasse dans les grands centres urbains n'en demandaient pas tant.
Comme le mentionne le directeur général du Centre d'essaimage et d'entrepreneuriat de l'UQAC (CEE-UQAC), Louis Dussault, il ne fait toutefois aucun doute que les activités reprendront, que ce soit par le biais d'une entente entre les opérateurs actuels et leurs créanciers, ou par la nomination d'un nouvel opérateur. Après ce faux départ, il y a lieu de souhaiter que ce soit le second scénario qui se matérialise.
Lors de l'appel de candidatures qui a permis aux entreprises IntégrAl et Isofor d'obtenir la gestion des opérations de l'usine, un autre consortium a manifesté son intérêt. Celui-ci était composé d'entreprises bien établies dans le domaine de l'aluminium, reconnues à l'échelle internationale et surtout, initiées au procédé de l'extrusion. Ce groupe serait-il toujours intéressé à prendre le relais?
Il est dommage que tout le travail réalisé par ceux qui ont élaboré le projet d'usine d'extrusion au Saguenay-Lac-Saint-Jean soit éclipsé par les événements actuels. Dommage aussi que les efforts du député fédéral Denis Lebel, alors ministre à la Chambre des communes, ne puissent être récompensés par le succès de l'entreprise.
Ces installations sont toujours aussi importantes dans la stratégie de développement de la Vallée de l'aluminium. La possibilité d'y fabriquer des pièces à haute valeur ajoutée, destinées aux entreprises spécialisées, lui confère une position enviable sur le marché de l'extrusion en Amérique du Nord. L'accessibilité au métal primaire, à des chercheurs chevronnés et à des équipements de soudure par friction-malaxage, disponibles au Centre des technologies de l'aluminium (CTA-CNRC) justifie amplement la pertinence d'une telle infrastructure au Saguenay-Lac-Saint-Jean.
Néanmoins, un ménage s'impose afin que des personnes compétentes soient aux commandes de l'usine et qu'ils mettent de l'avant un plan de relance susceptible de faire oublier les deux dernières années. Heureusement, il n'est pas trop tard pour corriger les erreurs du passé.