Cette structure illuminée a été érigée à l’entrée du zoo du Jardin des Plantes, à Paris, où se déroule le festival « Espèces en voie d’illumination ». Plusieurs espèces d’animaux ont été recréées et illuminées sur le site pour cet événement, qui prendra fin le 15 janvier.

Petit conte apocalyptique sur l’environnement

Tout a commencé lorsqu’on s’est mis à manipuler quelques pierres, des os ou de longs morceaux de bois.

Au début, c’était pour casser des noix ou ouvrir certains crustacés. Toutefois, on a vite appris à se servir de ces objets pour attaquer un prédateur qui, rapidement, a fini par prendre un visage humain semblable à celui du voisin. L’outil qui nous avait permis de survivre s’est ainsi métamorphosé en une arme meurtrière.

La suite était écrite dans le ciel et surtout dans nos gènes d’homo faber.

Après avoir maîtrisé le feu, nous avons réussi à extraire le métal de la terre pour lui donner la forme d’une faucille, d’une épée, d’une hache ou d’un couteau bien tranchant. Certains de ces outils nous ont servi à faucher le blé, à couper des arbres, mais aussi à embrocher son ennemi ou à le poignarder dans le dos.

Ces exploits techniques ont fini par éveiller chez nous un sentiment d’orgueil irrépressible. Pour nous conforter dans cette hubris, nous n’avons pas hésité à faire parler les textes « sacrés » en notre faveur : « Faisons l’homme à notre image et à notre ressemblance », avons-nous eu l’audace de faire dire au Dieu de la Genèse afin de se donner le sentiment d’occuper une place toute particulière dans l’univers.

Cette nature, nous en étions convaincus, avait été créée pour nous : « Soyez féconds et prolifiques, remplissez la terre et dominez-la. Soumettez les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et toute bête qui remue sur terre ! », était-il écrit en lettres de feu.

Alors, obéissant à l’ordre divin, nous n’avons pas hésité à dominer toutes formes de vie sur terre et à exploiter sans aucune espèce de retenue l’ensemble des richesses naturelles, quitte à les extirper des entrailles de la Terre.

Feignant d’oublier que nous vivions dans un monde fini aux ressources limitées, nous avons voulu croire que la nature était un bassin infini d’énergie et de matières premières, une sorte de buffet chinois dans lequel nous pouvions piger à volonté. « All you can eat » était notre mot d’ordre.

Inspiré par Descartes, le rêve qui nous habitait à cette époque était de « devenir comme maître et possesseur de la nature ». Cette quête inextinguible de puissance s’est ainsi poursuivie pendant des siècles. Insouciants, tout ce qui nous importait était d’être heureux ici et maintenant.

Au début des années 70, un discours écologique a commencé à se faire entendre. Et si notre comportement débridé avait pour effet de saccager irrémédiablement la planète, tout en mettant en péril la survie de l’humanité ? Ces sonneurs d’alerte ont toutefois rapidement été étiquetés de pelleteux de nuages ou d’idéalistes.

Pour nous donner bonne conscience, nous avons tout de même accepté de poser quelques gestes symboliques. Plusieurs ont ainsi commencé à faire de la récupération ou à composter. Les sacs et les pailles de plastique furent bannis dans certains commerces…

Toutefois, pendant que certains d’entre nous faisaient de pareils « sacrifices », de nouveaux pipelines étaient construits et même achetés par certains gouvernements à coup de milliards ! Malgré les avertissements et les signes avant-coureurs, nous avons ainsi continué à consommer d’une manière effrénée et à nous prosterner devant nos nouveaux dieux pour que la grande bacchanale ne s’arrête jamais : PNB, Dow Jones, S & P, TSX, Dividendes et Taux de croissance…

Lorsque le réchauffement de la planète s’est accéléré, que la calotte glaciaire s’est liquéfiée, que les eaux des océans se sont mises à monter et qu’une multitude d’espèces se sont éteintes sous nos yeux, nous avons finalement pris conscience qu’il était trop tard.

Dans ce climat des plus pessimistes, toute forme de solidarité entre individus ou entre peuples devint alors impossible. « Chacun pour soi », hurlaient certains ; « après nous le déluge », proclamaient d’autres. Conséquence de cet individualisme exacerbé, notre civilisation sombra dans le chaos, la violence, la haine et le nihilisme le plus total.

Habités par un instinct de survie déclinant, les êtres humains cessèrent graduellement de vouloir des enfants, préférant le néant au risque de mettre au monde une lignée de nouveau-nés mort-nés.

Réjean Bergeron

Professeur de philosophie

Montréal