Personne n’aime payer des taxes

OPINION / Ce n’est pas faux de l’affirmer. Mais bon, c’est le tribut pour vivre dans une société organisée, pour bénéficier de services et d’infrastructures publics – égouts, aqueducs, rues et boulevards, arénas, bibliothèques, pour n’en nommer que quelques-uns. Ces services et ces infrastructures, et leur pérennité ont un coût qu’on ne peut éviter de payer, au risque de s’endetter ou d’en transmettre, dans le cas d’une municipalité, le coût aux générations futures.

Malheureusement, il faut faire le constat que c’est ce qu’a choisi de faire l’administration municipale de Saguenay depuis 20 ans : pelleter ces coûts par en avant. D’abord en se bornant à tenir un discours populiste de taxe la plus basse – se targuant même que cela était le signe d’une saine gestion, alors que dans les faits, c’est plutôt le contraire. Ensuite en ne donnant pas l’heure juste sur l’état des services et des infrastructures de la ville à la population. En quel état est notre réseau d’égouts et d’aqueducs ? Comment sont nos rues ? Certaines constatations sont plus évidentes à faire : celles et ceux qui utilisent leur automobile sur le réseau routier de Saguenay peuvent témoigner du piteux état de nos rues et de nos boulevards. Mais pour d’autres infrastructures, bien enfouies six pieds sous terre, c’est moins évident. Mais les fuites récentes du réseau et l’apparition de panneau mentionnant d’autres fuites un peu partout sur le territoire de la ville nous laissent présager que la maison n’est pas bien tenue. Rappelons que c’est pour l’entretien de cette « maison collective » — notre ville — que nous élisons ces élus municipaux.

Ceci est le constat qu’il faut tirer pour le passé. Parce que dans le cadre de l’élection municipale du 5 novembre prochain, nous allons avoir le pouvoir de nommer les élus qui prendront soin de notre maison pour les 4 prochaines années, et que nous souhaitons que leurs choix soient justes et équitables. Or, je m’inquiète de voir que les quatre candidates et candidats à la mairie ne proposent pas vraiment de changement dans la façon de voir à l’entretien de nos infrastructures, et surtout de percevoir la part de chacun pour ce faire. Certains proposent le gel de taxe qui a fait le succès électoral de Jean Tremblay, d’autres proposent de majorer ces taxes en fonction de l’IPC. Mais l’un comme l’autre, les propositions ressemblent plus à des slogans électoraux qu’à des propositions visant une saine gestion et une équité entre les générations et entre les secteurs de notre grande ville.

Le risque de pelletage par en avant est encore bien présent.

Pour exercer une gouvernance responsable, je crois qu’il faudrait plutôt sortir de l’électoralisme, qui ne profite qu’à ceux qui font et défont les promesses d’élection, pour emprunter une voie plus en lien avec la réalité et avec la transparence dans la gestion de notre grande maison municipale. Cela devrait commencer par faire l’état des lieux : évaluer l’état de nos infrastructures et des coûts nécessaires à leur rénovation et leur maintien dans le temps. Ensuite, on devrait évaluer sur combien d’années – et de générations de citoyens et citoyennes doivent être amortis ces coûts. Le tout dans une démarche transparente et en donnant l’heure juste à la population. Il est normal de faire sa juste part pour l’entretien de notre maison collective, et il est sain d’assurer que nous léguions cette maison en ordre aux générations futures.  

Éric Dubois, La Baie

Laïcité, neutralité

Le projet de loi 62 propose la neutralité. Je voudrais bien qu’on dise clairement ce qu’on entend par « neutralité » et comment cela s’appliquera dans la vie quotidienne.
La laïcité répond au désir de bien des Québécois et en offusque d’autres, on le comprend. Il s’agit de la séparation de l’Église et de l’État. Aucune Église, aucun groupement religieux n’intervenant dans les affaires de l’État.

La neutralité, à mon avis, est plus complexe, d’où les ambiguïtés créées par le projet de loi 62. Comme plusieurs organismes, je pense qu’on devrait opter pour la laïcité. Je comprends la prudence du gouvernement, car il y aura des objections des droits de la personne si on bouleverse trop le modèle actuel.

Ce qui me questionne dans ce projet, c’est l’ouverture aux accommodements raisonnables. On ne s’en sort pas. La France en décrétant la séparation de l’Église et de l’État a inscrit le principe de la laïcité dans sa constitution en distinguant le spirituel du temporel, la religion appartenant « désormais à la sphère privée ». Qu’en est-il de leurs accommodements précédents ?

Maintenant, on préconise que les services soient donnés et reçus le visage découvert. Oups ! Voilà venir la demande d’accommodements raisonnables. Pour une question de sécurité, il est essentiel de circuler à visage découvert ; à mon avis, cela ne concerne pas le port du voile qui ne cache que les cheveux. On m’objectera que c’est l’un ou l’autre ; ou on enlève tout, ou on tolère certains vêtements.

Ce n’est pas si simple ; depuis des années, j’ai défendu les droits des femmes. Ça me chavire d’intervenir dans le choix de leurs vêtements. Et finalement, si on devait interdire le port de signes religieux, qu’on cesse de cibler les femmes musulmanes. On voit encore des religieuses portant le costume traditionnel et des hommes portant le col romain et ça ne dérange personne.

Suis-je en faveur de la laïcité ? Bien sûr ! En espérant que la Commission parlementaire en cours va favoriser la compréhension de ce projet de loi qui a certes besoin d’un bon coup de balai.

Marthe Asselin Vaillancourt, Jonquière