Ouverture des écoles primaires, une décision à revoir

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Le Quotidien
OPINION / M. Éric Girard, député de Lac-Saint-Jean,

Jusqu’ici, le gouvernement Legault a fort bien agi, avec vigilance, prudence, écoute et leadership, en consultant le monde de la santé, n’hésitant pas à ajuster ou corriger une décision si nécessaire. Dans le cas de l’ouverture des écoles cependant, on n’a sans doute pas assez consulté le milieu de l’enseignement. Si l’avis des pédiatres est important, celui des enseignantes du primaire l’est tout autant, puisque ce sont elles qui sont sur le terrain et sont les spécialistes de l’éducation. Ce sont elles qui chaque jour côtoient les enfants, savent organiser les classes, répondre aux problèmes des enfants, user de psychologie en plus d’enseigner. Sauf que cette fois, on leur demande de tout faire sans qu’il y ait les ressources ou les conditions nécessaires. Je vous en souligne quelques-unes :

Manque flagrant de personnel du côté des enseignantes et du personnel de soutien en raison des problèmes de remplacement ; absence de plusieurs élèves, parmi lesquels on retrouve bien souvent les plus fragiles ou démunis ; confinement des petits, particulièrement de maternelle 5 ans, y compris ceux souffrant de TDAH, à l’intérieur d’un espace réduit et délimité ; limitation des activités pédagogiques, faute de matériel ; complexité des déplacements, pour les toilettes, le lavage de mains, le lunch ou la récréation ; obligation pour les profs de tout nettoyer ou désinfecter après le passage des enfants.

« Ce n’est pas de l’éducation qu’on nous demande de faire, c’est du gardiennage », m’a dit une enseignante. De quoi faire angoisser n’importe quel prof, perturber bien des enfants, sans compter les directions d’école, tellement c’est d’une complexité inouïe sur le plan organisationnel. Tout cela pour une période d’au plus un mois à laquelle ne pourra participer qu’une certaine proportion des enfants, bien souvent les moins démunis, ce qui risque de créer davantage de disparités. On ferait mieux de reporter, il me semble, comme on fait pour le secondaire, ainsi que dans la plupart des pays, y compris au Canada. Ce qui n’empêche pas de préparer la rentrée, de garder contact avec les parents et les enfants, comme plusieurs ont fait depuis le début de la pandémie.

Lors des derniers points de presse, on a senti qu’il y avait de l’ouverture de la part du gouvernement. La preuve : celui de la possibilité pour les profs de disposer de masques de protection comme dans les CPE. Jamais trop tard pour agir ou réagir. Bien sûr, je souhaiterais que vous transmettiez ces recommandations à votre collègue ministre de l’Éducation. C’est en écoutant que l’on apprend. Chose certaine, il faut pouvoir s’adapter. N’oublions pas, nos enfants font partie de nos premières ressources naturelles. Ce que sans aucun doute vous savez déjà, en tant que parent et député.

Bien à vous,

Danielle Dubé

Saint-Henri-de-Taillon

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ATTENTION AUX JEUNES LES PLUS VULNÉRABLES

La récente décision du gouvernement de rouvrir les écoles semble en grande partie motivée par le souci de protéger les enfants et les jeunes les plus vulnérables. Au lieu d’agir comme facteur de protection, nous redoutons plutôt qu’elle exacerbe leurs difficultés.

Si le retour à l’école se veut une mesure de soutien destinée principalement aux jeunes en difficulté, encore faut-il que ces mesures n’aient pas l’effet contraire de générer de l’anxiété quant à la capacité de ces jeunes de récupérer certaines notions académiques pour, peut-être, réussir leur année scolaire. On individualise ici le problème des difficultés scolaires et on fait reposer sur le jeune et sa famille l’entière responsabilité de sa réussite, sans égard au contexte dans lequel ils vivent. Ces jeunes risquent de se retrouver seuls face à leurs difficultés avec des moyens largement insuffisants pour les surmonter.

Les conditions d’apprentissage ne sont pas favorables, que ce soit au primaire ou au secondaire, à l’école ou dans les milieux familiaux. Pensons aux jeunes qui n’ont pas ou peu de soutien de leurs parents à la maison, qui ne maîtrisent pas la langue française, dont les parents doivent travailler ou ces jeunes qui doivent aider leurs parents, s’occuper de leurs frères et sœurs ou encore travailler pour soutenir financièrement leur famille.

Bien que le contexte actuel pose un lot de défis inédits, les mesures mises en place ne doivent pas être un amplificateur des inégalités sur le terrain de l’éducation.

L’éducation à distance, accessible pour tous ?

Force est de constater que les initiatives instaurées jusqu’à aujourd’hui pour assurer une éducation à distance ont délaissé les élèves vivant des difficultés scolaires. Bien que nous saluons le prêt de plus 15 000 tablettes avec un accès Internet ainsi que le prêt d’appareils électroniques du réseau scolaire, il est nécessaire de rappeler que tous les jeunes ne sont pas égaux devant les technologies numériques. L’éducation à distance et la supposée opportunité de rattrapage scolaire demandent une importante autonomie de travail dont tous les jeunes ne disposent pas.

C’est pour ces raisons que l’on demande au ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, Jean-François Roberge, de reculer sur la tenue d’évaluations d’ici la fin de l’année scolaire.

Pas si volontaire ce retour à l’école…

Enfin, on nous laisse penser que les parents pourront volontairement envoyer leurs enfants à l’école. Cette affirmation fait abstraction de la réalité du milieu du travail. On peut facilement imaginer que tous les employeurs n’auront pas la même souplesse devant des parents souhaitant garder leurs enfants à la maison et que certains exigeront le retour au travail. Encore une fois, la décision du ministre n’offre pas une solution collective, mais se pose en termes de défis individuels dont les parents dans des situations d’emplois précaires seront les premières victimes.

La reprise du système de l’éducation doit être accompagnée d’un réel plan d’action qui offre de vraies solutions en réponse aux besoins de tous les jeunes sans laisser de côté ceux qui éprouvent des difficultés, et tenant compte des conséquences générées par la crise actuelle.

Véronique Thibault et Mélanie Marsolais

Présidente et directrice générale du Regroupement des organismes communautaires de lutte au décrochage