Opéra, art lyrique et Traviata

OPINION / Cette cité où nous vivons, la connaissons-nous bien ?

— Elle n’a pas vécu une inondation, mais un déluge ;

— dans ses vallées, il neige des fantômes et l’aluminium y coule en fusion ;

— sa rivière emprunte une vallée glaciaire qui est le seul fjord en Amérique du Nord, et c’est en quoi l’eau y est profonde ;

— ses petits fruits ne sont pas des myrtilles et ils sont plus que des bleuets puisque dans les mathématiques régionales, un bleuet fait une tarte ;

— enfin, cette cité n’est pas une région, non plus qu’un pays et pas même l’hiver, elle est un Royaume ! La fabuleuse histoire d’un Royaume.

L’avez-vous reconnue ? Non ? Pas pantoute ?

Chicoutimi !

Gérard Bouchard, dans son roman Mistouk, nous rapporte qu’à la fin du 19e siècle, celle-ci se voyait devenir la Chicago du Nord et atteindre un million d’habitants au XXe siècle.

Aussi est-ce dans la droite ligne de cette fabuleuse histoire que s’inscrit la Société d’art lyrique de ce Royaume.

Son ancêtre, le Carnaval souvenir, nous ramenait cent ans en arrière ; la SALR, depuis maintenant un peu plus de 30 ans, égrène opérettes et opéras qui sont autant de perles à nos oreilles.

En dehors de Québec et Montréal, Chicoutimi est la seule à oser la scène lyrique. Comme le Québec, elle se souvient, mais a presque oublié son nom montagnais ; elle a presque oublié aussi que Maria Callas y a chanté, qu’Arthur Rubinstein y a joué.

Cette cité, qui a du front tout autour de la tête, sait, par sa Société d’art lyrique, avoir l’audace d’être un Royaume de l’opéra, et, à chaque représentation, le navire La Traviata quittait sa cale sèche pour être lancé sur la scène du fjord.

À son bord, une frêle créature, Violetta — la dévoyée : c’est la traduction du mot Traviata — fille maudite, représentante très ancienne de l’asservissement des humains par d’autres humains, et emblème toujours actuel de l’intimidation, celle des femmes.

Sur le pont, l’indicible musique, les chants joyeux et tragiques nous prendront à témoin de l’humanité cruelle des humains, de leurs actes impitoyables comme de leurs inutiles regrets. Là où la Marie-Madeleine biblique quitte le dévoiement pour le dévouement, Violetta en est vite empêchée par la mort, mais par la grâce de Verdi, non sans avoir sculpté notre âme. Il nous rappelle, depuis 1853, date de la première de la Traviata à la Fenice de Venise, que nous en avons une. Il la sculpte, cette âme, car il enlève, soustrait, allège, le temps de cette représentation, nos embonpoints modernes. Ceux que la société de consommation nous propose par l’euphorie ou les objets matériels dont elle nous alourdit.

Violetta se consume, et nous aussi. Elle s’élance vers les cieux et retombe puis rebondit jusqu’à sa fin terrestre. Et cela nous terrorise. Le tragique de l’opéra nous redit que nous sommes fragiles et mortels. Ne sommes-nous pas des Traviata, des enfants de la vie dévoyés par celle-ci ? Les opéras sont là pour nous en souvenir. C’est en quoi ils sont essentiels.

Merci à la Société d’art lyrique du Royaume !

Marc-Yves Leclerc

Chicoutimi

+

RÉALISER L'IMPOSSIBLE

La 5e campagne de don pour aider la naissance de la coopérative d’habitation La Solidarité se termine bientôt. Bon nombre de personnes, entreprises, instances, religieux, ont reçu une invitation personnelle à y contribuer. Dix pour cent (10 %) ont répondu positivement.

Pour les 90 % restants, les raisons sont multiples : on donne déjà à une autre cause, le logement social n’entre pas dans les critères d’attribution de dons de l’entreprise, préjugés défavorables envers la pauvreté/les mal-logés, l’absence d’intérêt, la date limite de demande de don est dépassée, le fonds d’aide est déjà épuisé, le doute à voir se réaliser le projet, etc.

Sans juger les raisons qui motivent un refus, nous voulons simplement démontrer que ce combat mené au nom du droit au logement et la lutte à la pauvreté n’est ni une cause facile ni une cause « glamour ». Nous devons lutter sans cesse, sans moyen, sans ressource, sans pouvoir, sans réseau.

Malgré tout, nous restons debout et continuons de tendre la main. Chaque jour, nous gardons confiance d’augmenter les 135 000 $ déjà récoltés auprès de 165 donateurs sur les 940 000 $ requis parce que nous avons à cœur de loger dignement au sein de cette future coopérative.

Aujourd’hui, à vous qui lisez ce texte, nous vous tendons aussi la main ! Que ce soit 1 $ ou 940 000 $ ou quelque part entre les deux, peu importe le montant ! Nous avons besoin de votre « Solidarité » pour fonder ce projet tenu à bout de bras et de cœur depuis le 1er octobre 2015. Votre don posté à Loge m’entraide (30 Racine Est, # 230, Chicoutimi, G7H 1P5) sera déposé en fiducie et utilisé spécifiquement pour fonder cette coop. Et si le projet ne devait pas se réaliser, il vous sera retourné en totalité (d’où l’importance d’inclure vos coordonnées).

Votre nom sera inscrit à vie sur une plaque à l’entrée de la future coop, à la suite de tous les donateurs et militants. Lorsque les locataires, les visiteurs et les générations à venir liront chaque nom ayant aidé cette naissance pendant que se déroulait ce dur combat, ce sera un témoignage vivant que « La Solidarité » de chacun aura véritablement rendu possible ce qui paraissait impossible.

Par notre « Persévérance, Espérance et Solidarité », moteurs de tous nos combats et sources de toutes nos victoires, Loge m’entraide vous remercie d’avance de votre « Solidarité ».

Sonia Côté, coordonnatrice

Loge m’entraide