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Non à l’économie verte de façade

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OPINION / Alors que dans notre propre région, la compagnie forestière Produits forestiers Résolu poursuit son valable objectif de réduction de ses gaz à effet de serre (30% d’ici 2025) par une conversion aux énergies durables, renouvelables et vertes (le biogaz), les chambres de commerce du Saguenay et du Lac-Saint-Jean, de leur côté, appuient sans réserve un projet de gaz naturel de fracturation (GNL) à quelques encablures. On n’en est pas à une contradiction près dans un système économique tourmenté par les antinomies discursives hypocrites de ses agents de promotion.

Par Marcel Lapointe, Jonquière

Ce n’est ni plus ni moins qu’une tour de Babel dans laquelle ses protagonistes, visiblement privés de vision périphérique à long terme, se déplacent à l’aveugle en prônant des thèses farfelues et sans fondements solides.

Vous voulez un autre exemple? Récemment, la ministre caquiste Andrée Laforest s’est bien défendue de vouloir s’immiscer dans une prise de bec entre la mairesse de Saguenay, Josée Néron, et le député de Jonquière, Sylvain Gaudreault. Une controverse sur la pertinence de protéger les bélugas séjournant dans le parc marin du Saguenay. N’empêche. La ministre a quand même pris position en faveur de la mairesse et son éculée profession de foi envers l’économie «hydrocarburienne» amalgamée avec le développement durable. Comme si j’allais me laisser berner par cette rhétorique contradictoire.

Et puis, Mme Rossignol, directrice générale de la chambre de commerce du Saguenay qui, dans son emballement, semble avoir découvert un filon fiable du développement économique régional. Soit l’appel à la solidarité des industriels de la région, armés de leurs chéquiers, qui pousseraient tous dans la même direction pour sauver le projet GNL Québec, dont le plomb ne cesse de s’accumuler dans l’aile. Au bénéfice de la région, la mobilisation des entrepreneurs pourrait propulser des projets économiques d’ici et d’ailleurs, aux dires de Mme Rossignol. Mais les choses étant ce qu’elles sont, rien n’est moins sûr.

La directrice de la chambre de commerce clame que quelques riches régionaux ont démontré un signal puissant et fort positif envers le projet d’une usine de gaz naturel liquéfié sur les bords du fjord du Saguenay. À cet égard, elle a parlé d’un investissement total de 2 M$ en réponse à une supplication pour supporter le projet du président intérimaire de GNL Québec, Tony Le Verger.

Cet appui financier au projet évalué à 14 G$ représente moins de 0,15% du total. Depuis, où est rendu le niveau de mercure sur le thermomètre? Poser la question, c’est un peu y répondre. Même le premier ministre Legault a déclaré dans un échange à l’Assemblée nationale avec la députée solidaire Manon Massé, qui a pourfendu un projet qu’elle a qualifié d’insensé, qu’elle défonçait une porte ouverte... Les promoteurs n’ont pas trouvé du financement; ils en cherchent depuis des années. Cela laisse sous-entendre quoi au juste?

Ce n’est pas par hasard si l’appel ultime de Mme Rossignol s’est fait juste à la veille du dépôt du rapport du BAPE sur le projet. Je subodore que d’autres potentiels bailleurs de fonds régionaux, même s’ils croient en ce projet, pour le moment, se tiennent pénards, refusant de jeter leurs billes dans l’aventure aux contours flous.

Je comprends très bien leur frilosité à investir des millions de leurs goussets dans une telle aventure, quand le principal bailleur de fonds, le Fonds Berkshire Hathaway du milliardaire Warren Buffett avec plus de 4 G$, s’est retiré du projet. Raison: il a préféré placer ces milliards dans des projets environnementaux qui ont de l’avenir (pour ses intérêts). Des projets verts comme le solaire, l’éolien et, tiens tiens, du gaz naturel, mais provenant de la biomasse. Une biomasse de qualité et en quantité incommensurable dans notre région.

Je serais même surpris que les 2 M$ théoriques soient déjà dans les coffres de GNL. Les gens d’affaires vont vouloir connaître la décision du gouvernement Legault face au projet GNL Québec avant d’y mettre de l’argent. Se mouiller en paroles est une chose, mais le geste de passer chez le notaire pour signer en est une autre.

Non, l’exercice médiatique des chambres de commerce m’apparaît cousu de fil blanc; c’est de la poudre aux yeux; le chant de la sirène désillusionnée.

Pour ce qui est de l’acceptabilité sociale, il ne suffit pas de s’en gargariser sur la base d’un sondage. Il faut également la démontrer par des faits probants: 1250 mémoires sur 1500 déposés au BAPE furent en défaveur du projet.