Non à la coupe à blanc

OPINION / Le 10 février dernier, le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs annonçait son intention de raser une importante portion de la forêt située au sud du lac Kénogami, sous prétexte de lutter contre l’épidémie de la tordeuse des bourgeons de l’épinette (TBE) qui sévit dans la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean.

Depuis, plusieurs voix se sont élevées pour dénoncer les détails de ce plan spécial TBE, qui va à l’encontre du consensus régional existant en faveur de la création d’une aire protégée dans ce secteur, reconnu pour la qualité de son paysage et son important potentiel récréotouristique. Aujourd’hui, nous interpellons la ministre responsable du Saguenay–Lac-Saint-Jean, Madame Andrée Laforest, afin qu’elle intervienne dans ce dossier et invite le MFFP à réviser ses plans.

La zone visée par le plan spécial fait l’objet d’un large consensus régional en faveur de la création d’une aire protégée, et ce, depuis 2014, à la suite de consultations menées par la défunte Conférence régionale des élus (CRÉ). Au moment d’écrire ces lignes, le projet d’aire protégée est toujours bien vivant et de surcroît à l’étude par le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques.

Permettre l’abattage de plus de 500 000 mètres cubes de bois dans cette aire protégée en devenir, c’est donc aller à l’encontre de la volonté des décideurs régionaux, de même que des engagements du gouvernement du Québec en matière de protection de l’environnement. Seulement 6 % du territoire du Saguenay–Lac-Saint-Jean est présentement constitué en aire protégée, ce qui place la région en retard important par rapport à la cible québécoise de 2020, qui est de 17 %. En acceptant le plan spécial TBE dans sa forme actuelle, notre région peut faire une croix sur l’atteinte de cet objectif.

En plus, le territoire visé est au cœur du bassin versant du lac Kénogami qui, rappelons-le, est la source d’approvisionnement en eau potable de plus de 80 % de la population de la Ville de Saguenay. Or, la forêt en place autour du lac agit comme un filtre naturel qui aide à maintenir la qualité de l’eau de ruissellement. Par simple principe de précaution et pour éviter tout risque, même le plus infime, de compromettre la qualité de l’eau des citoyens de Saguenay, il nous semble du devoir de notre gouvernement de revoir les paramètres de la coupe envisagée.

Soyons clairs : nous ne sommes certainement pas opposés à l’exploitation responsable de nos forêts. Nous savons qu’il s’agit d’une industrie de première importance pour l’économie du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Nous sommes également en accord avec l’idée de récupérer les arbres détruits par la TBE qui, autrement, seraient perdus sans être valorisés.

Malheureusement, c’est là que le bât blesse. Le territoire visé par le plan spécial TBE est couvert d’une forêt mixte, que nous savons composée à près de 60 % de feuillus qui ne sont pas vulnérables à la TBE. De plus, nos observations sur le terrain nous indiquent que seuls les sapins sont affectés par la TBE. Ces sapins ne représentent qu’une fraction de l’ensemble des résineux qui, eux, ne comptent déjà que pour 40 % de cette forêt.

Bref, tout indique que le pourcentage d’arbres affectés par l’épidémie de TBE sur le territoire visé est très faible. Malgré tout, au lieu de prôner une coupe sélective visant à récupérer seulement les arbres affectés, le MFFP prévoit l’abattage de près de 99 % des arbres présents dans les secteurs identifiés, ce qui inclut, évidemment, l’abattage de centaines de milliers de mètres cubes de feuillus. Cela nous apparaît injustifiable.

Notre demande à la ministre Andrée Laforest et au MFFP est donc simple : revoir les paramètres du plan spécial afin de récolter seulement les arbres réellement affectés par l’épidémie de TBE, au lieu de raser cette forêt mixte de haute valeur. C’est une simple question de gros bons sens.

André Douillard, porte-parole

Groupe de villégiateurs

Sylvie Brassard, présidente

Réseau des organismes de Lac-Kénogami (ROLK)

Claude Collard, président

Association pour la protection du lac Kénogami (APLK)

Roger Villeneuve, vice-président

ROLK

Richard Rioux, secrétaire

ROLK

Réjean Villeneuve, administrateur

ROLK

89 citoyens de Lac-Kénogami et de Saguenay