Non à GNL

OPINION / Nous sommes les enfants du Saguenay-Lac-Saint-Jean et nous disons « non » au projet de GNL Québec.

Nous sommes de ceux et celles qui ont quitté la région. Depuis longtemps, le solde migratoire du Saguenay-Lac-Saint-Jean est négatif, ce qui veut dire que chaque année notre région perd de ses forces vives. Nous avons fait le choix de partir, soit pour étudier ou encore pour nous ouvrir à de nouveaux horizons. Pour plusieurs, les années passent et l’idée de revenir au bercail se complique : carrière stimulante en ville, incertitudes personnelles, manque d’opportunités dans la région, etc. Ce que nous disons aujourd’hui, c’est que ce n’est pas un projet comme celui de GNL Québec qui va nous aider à revenir dans la région. Nous ne le disons pas comme une menace ; il s’agit d’un constat. Dans le contexte actuel, où le Saguenay-Lac-Saint-Jean fait face à une profonde pénurie de main-d’œuvre, nous sommes plus que jamais en mesure de décider quels emplois nous voulons créer et quels projets nous voulons porter en tant que collectivité. Nous ne sommes plus au temps où les frères Price et autres industriels américains faisaient la pluie et le beau temps sur la région. Le projet de gazoduc et d’usine de liquéfaction de GNL Québec est un projet d’une autre époque qui reproduit les dynamiques de dépendances auxquelles le Saguenay-Lac-Saint-Jean a déjà trop goûté par le passé. Or, il s’avère que les pouvoirs publics veulent encore une fois financer à gros frais un projet dont les profits se dirigeront vers des intérêts américains protégés par des paradis fiscaux.

Le 31 octobre dernier, le ministre de l’Environnement, Benoît Charette, annonçait qu’il voulait appuyer financièrement GNL Québec à partir du Fonds Vert du gouvernement du Québec, un fonds financé à partir des revenus de la Bourse du carbone du Québec. Le gaz naturel serait selon lui une « énergie de transition ». Il s’agit là d’une des plus grandes hypocrisies de notre époque : un peu plus d’un mois après une mobilisation historique pour le climat, il y a des gens dans tous les paliers du gouvernement pour nous dire que les pipelines vont sauver la planète. Pour ces personnes au pouvoir, l’avenir c’est le passé, et le mensonge, la vérité.

Le Saguenay-Lac-Saint-Jean a été et est toujours capable de se doter d’institutions locales pour s’organiser et développer son autonomie. Ce que nous affirmons, c’est que l’avenir de la région devra passer par de véritables projets de transition écologique. Nous avons un vaste territoire, partagé avec les Premières Nations, qui nous offre des possibilités tangibles pour assurer un avenir durable. Déjà, plusieurs initiatives voient le jour en agriculture biologique, en développement des produits forestiers non ligneux, en biomasse forestière, etc. Si l’argent du Fonds Vert servait réellement les intérêts de la population et était employé pour développer des projets porteurs locaux, il y a beaucoup à parier que, d’ici quelques années, on ne parlerait plus de déficit migratoire au Saguenay-Lac-Saint-Jean. (...)

Malgré notre exil, il y a bien une chose que personne ne peut nous enlever : le Saguenay-Lac-Saint-Jean, c’est chez nous. L’avenir de notre région nous préoccupe et nous souhaitons le mieux pour les gens qui y habitent.

Nous sommes capables de faire mieux.

Émile Duchesne

Étudiant au doctorat en anthropologie

Université de Montréal

(Cette lettre est également cosignée par 260 jeunes de 18 à 30 ans qui ont quitté la région pour les études ou autres.)