Ne pas banaliser

Le vendredi 17 mai, plus de 60 pays dans le monde célébraient la Journée internationale contre l’homophobie et la transphobie.

Pour l’occasion, les municipalités de la région ont accepté de souligner cette journée en hissant le drapeau LGBTQ+ devant leur hôtel de ville. Je tiens à remercier la population pour avoir réagi très favorablement à cette initiative et avoir su répondre, en personne ou à travers les médias sociaux, aux quelques cas isolés de commentaires, gestes et réactions homophobes et transphobes, qui, malheureusement, surgissent encore quand une personne se sent menacée par des changements qui bousculent ses certitudes et lui font perdre ses repères.

Malgré cela, il ne faut pas baisser les bras et croire que les luttes sont derrière nous. C’est pour cette raison que j’aimerais revenir sur le vol, au début de la soirée du 17 mai, du drapeau qui avait été hissé devant l’hôtel de ville de Dolbeau-Mistassini. J’ai eu le plaisir de m’entretenir longuement avec le maire, Pascal Cloutier, ainsi qu’avec le responsable des communications de l’AGL-LGBT, Daniel Gosselin, afin de comprendre comment on avait agi et réagi devant cet événement déplorable.

Car, il faut mettre en perspective plusieurs éléments pour bien comprendre pourquoi, par communiqué, la Ville de Dolbeau-Mistassini a décidé de qualifier cet acte comme une mauvaise blague, alors que M. Gosselin l’a clairement identifié, lui, comme étant un geste homophobe, point de vue que je partage entièrement. J’ose espérer que mon analyse permettra à l’AGL de bonifier ses actions à venir et aux municipalités et aux médias de la percevoir comme premier interlocuteur en région lorsqu’il est question de réalités touchant la communauté LGBTQ+.

Premier constat : suivant le vol du drapeau, il s’est écoulé quatre jours avant que les deux organismes se parlent. Unanimement, les représentants de la ville ont été estomaqués qu’un geste pareil ait été posé. La résolution avait été chaleureusement accueillie, et personne n’avait imaginé ce genre de scénario. Le maire de Dolbeau-Mistassini a réagi promptement, le soir même, et a porté plainte à la Sûreté du Québec (SQ). À la rédaction du communiqué de presse, l’intention était de ne pas accorder d’importance à l’auteur du méfait et de laisser l’enquête suivre son cours. C’est pour cette raison, je crois, qu’on a décidé de banaliser le geste en le ramenant à une mauvaise blague. L’intention était bonne, mais son exécution maladroite. Mais, peut-on vraiment blâmer l’administration municipale ? Les réalités LGBTQ+ sont encore très mal connues, et les organisations, laissées à elles-mêmes, continueront à agir avec maladresse si l’AGL ne joue pas pleinement son rôle.

Ce qui m’amène à mon second constat : comment se fait-il qu’après 20 ans d’existence, le rôle de l’AGL soit si peu connu en région ? Comment se fait-il que le premier réflexe du maire de Dolbeau-Mistassini n’ait pas été de communiquer avec un officiel de l’AGL afin d’obtenir du support dans cette gestion de crise ? Si cela avait eu lieu, il y a fort à parier, il me semble, que l’histoire n’aurait pas fait le tour du Québec, avec les répercussions négatives que personne ne souhaitait. L’AGL non plus n’a pas cherché à joindre le maire, alors que les réseaux sociaux s’enflammaient, ce qui démontre qu’elle non plus n’avait pas prévu ce genre de comportement. Or, il me semble que, dans l’élaboration de son plan d’action pour commémorer cette journée, l’AGL avait la responsabilité de prévoir du soutien aux municipalités en cas de dérapage. Au lieu de ça, elle a été en réaction, comme l’administration dolmissoise, et son président a agi avec opportunisme en récupérant par surprise le geste brillant du jeune Gabriel Genest, qui a offert à la ville son propre drapeau LGBTQ+ pour qu’il flotte à nouveau au mât de la ville.

Notre association a un énorme mandat à réaliser depuis qu’elle est reconnue par le Centre intégré universitaire de santé et services sociaux (CIUSSS), et nous devons nous assurer, membres de la communauté, que les bonnes personnes occupent les bons postes pour bien nous défendre, mais aussi pour aider toute la population à mieux connaître nos réalités.

On peut se demander, enfin, avec quel regard la SQ analysera les éléments recueillis durant l’enquête. Car, si celle-ci est réalisée de bout en bout sans s’adjoindre une personne de la communauté LGBTQ+, apte à les habiliter à mieux comprendre le contexte dans lequel ce geste s’inscrit, il y a malheureusement fort à parier que, sans mauvaise intention de la part des enquêteurs, les atteintes faites aux réalités de ma communauté seront évacuées de leurs conclusions.

Michel Lemelin

Membre de l’AGL-LGBT

Chicoutimi