Ne jetons pas l’école avec l’eau du bain

Ce texte de Stéphane Allaire, professeur du département des sciences de l'éducation de l'UQAC, est une réponse à la chronique de Sébastien Lévesque, Le problème avec l'école, publiée mercredi.

OPINION / L’école est imparfaite, mais elle n’a pas besoin d’être dynamitée. Surtout si c’est pour la reconstruire naïvement selon Alice au pays des merveilles. Soyons raisonnables : ça n’arrivera pas.

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Je respecte les parents qui font l’éducation à domicile. Il s’agit d’un projet familial noble. En tant que chercheur qui a étudié ce contexte, je peux aussi témoigner des retombées positives. Cela dit, faire l’école à la maison n’est pas accessible à tous. Du temps, des ressources financières et des aptitudes spécifiques sont requises. Par ailleurs, toute comparaison avec l’école formelle est injustifiée.

Le système d’éducation est un des plus beaux joyaux dont le Québec s’est doté. Il s’agit d’une initiative de démocratisation ambitieuse qui a permis à notre société de faire des avancées tout aussi majeures que diversifiées, notamment dans la lutte aux inégalités sociales. Rappelons seulement qu’à une certaine époque, tous n’avaient pas accès à une scolarisation de base.

Une approche ciblant l’amélioration des imperfections est plus réaliste et respectueuse des intervenants qui se dévouent quotidiennement à nos enfants. Tout en ayant l’avantage de construire à partir d’acquis indéniables.

Développer le plein potentiel de chaque élève en considérant ses particularités. Favoriser le développement d’un esprit libre. Considérer la curiosité et les besoins fondamentaux dans le processus d’apprentissage. Transmettre une culture générale pour dépasser la seule préparation au marché du travail.

Il ne s’agit pas que de beaux mots tablettés. Ni l’apanage de l’éducation à domicile. Des enseignants les mettent en oeuvre concrètement chaque jour. D’autres y peinent davantage, mais ce n’est pas faute d’y adhérer.

De telles orientations posent des défis d’opérationnalisation majeurs. Il faut reconnaître que leur mise en oeuvre auprès d’une trentaine d’élèves (et plusieurs groupes au secondaire) revêt une complexité qui ne se compare pas à une actualisation auprès de ses deux enfants.

Plutôt que de mettre le feu à la maison, je propose d’agir sur quelques éléments qui pourraient faire une différence.

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• Revenir au mode d’évaluation prévu au début des années 2000

Il devait valoriser la progression de chaque élève par rapport à lui-même, afin de diminuer la compétition. On pourrait aussi s’inspirer de la Finlande et éliminer, au primaire, les évaluations qui visent la sanction. Cela favoriserait l’apprentissage à partir de la curiosité des élèves, tout en enlevant le fardeau des tests standardisés aux enseignants. Ce carcan les contraint à enseigner qu’en prévision des examens.

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• Offrir un accès suffisant et juste à temps aux ressources et au personnel spécialisés

Imaginez une fracture à une jambe qui doive attendre un mois avant d’être traitée. Des élèves rencontrent des difficultés qui dépassent le travail quotidien des enseignants. Ils ont besoin de soutien particulier. Or, ce dernier demeure insuffisant et son accès est différé.

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• Démocratiser l’accès aux programmes particuliers

Les programmes tels arts-sports-études sont actuellement réservés à une minorité d’élèves. En les rendant accessibles à tous, ils deviendraient un levier pour la persévérance.

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• Accroître la formation continue à partir des besoins manifestés par les enseignants

Les exigences du milieu scolaire évoluent et nécessitent périodiquement un temps de réflexion et de concertation de qualité.

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• Valoriser le jugement professionnel

Les exigences croissantes de la gestion axée sur les résultats en matière de réussite ont tendance à réduire la complexité de l’apprentissage à des chiffres, ce qui peut induire des effets pervers dans les pratiques d’enseignement.

En conclusion, il est tout à fait regrettable qu’on tombe à bras raccourcis sur une innovation sociale léguée par un des plus grands visionnaires que le Québec ait connu, plutôt que chercher à la bonifier en préservant ses qualités.