Ne cédons pas à la précipitation

OPINION / Ma principale objection au projet de terminal maritime en rive nord du Saguenay réside dans la perte irrémédiable du caractère naturel du fjord du Saguenay.

Les territoires ayant gardé leur aspect sauvage et naturel se font de plus en plus rares sur la planète. Le Québec en possède encore et leur rareté rend le fjord encore plus précieux à sauvegarder.

Les mesures d’atténuation, aussi importantes soient-elles, ne pourront rien contre le fait que l’intégrité naturelle du fjord sera fondamentalement entamée. Toute installation industrielle — artificielle — déparera le paysage et ruinera son caractère naturel.

Les conséquences ne se mesureront pas uniquement par la perte de beauté du paysage que constateront les riverains, les croisiéristes ou les adeptes de la navigation et d’activités comme la pêche blanche, par exemple. Les conséquences affecteront l’image de marque de la région qui se signale pour ses espaces de nature sauvage. Et les dommages à une image de marque sont incalculables.

Chaque nuisance visuelle est une écorchure, une mutilation — celle du terminal sera majeure — qui compromet l’unicité de ce joyau naturel au cœur de notre région qu’est le fjord. La présence du port de Grande-Anse est déjà un accroc qu’il importe de ne pas multiplier. Cette particularité est d’ailleurs la raison pour laquelle le fjord est en voie de devenir un site du patrimoine mondial.

Tous les citoyens du Saguenay-Lac-Saint-Jean sont ainsi concernés, pas seulement les riverains et les plaisanciers.

À ces impacts au plan visuel s’ajoutent ceux reliés au bruit pendant la construction (dynamitage de parois rocheuses, pose de palplanches), ainsi que pendant les opérations courantes (grondement et va-et-vient incessant de centaines de camions hors norme, vacarme des convoyeurs).

Il semble être admis que les alternatives à la création d’un terminal sur la rive nord sont plus coûteuses pour l’entreprise. C’est pourquoi l’option d’utiliser les infrastructures existantes (quai, desserte et prolongation d’un lien ferroviaire jusqu’à Dolbeau) ainsi que le site industrialo-portuaire existant (Grande-Anse) est écartée, même si ces infrastructures avaient intérêt, pour l’économie régionale, à être unifiées et optimisées : il est reconnu que le site industrialo-portuaire de Grande-Anse opère « à environ 20 % de sa capacité ».

Mais ce n’est pas à la société à pallier à la rentabilité insuffisante de ce projet. Si la rareté des espaces naturels sur la planète joue en faveur de notre communauté régionale qui en est bien pourvue, la rareté joue aussi en faveur d’Arianne Phosphate, mais sur le plan des ressources, cette fois-ci. Les phosphates commerciaux, dont on tire le phosphore, engrais essentiel pour l’agriculture, sont en voie d’épuisement. Si ce projet est techniquement réalisable et bien ficelé, il se réalisera tôt ou tard, même si les contraintes en augmentent les coûts. Et nous profiterons des retombées régionales de cette industrie.

Mais si notre appréciation de l’avenir de cette production s’avère erronée et que la hausse de la demande mondiale ne se réalise pas, nous aurons évité la présence d’un éléphant blanc sur le fjord et d’avoir sacrifié à jamais son intégrité naturelle.

Il nous faut faire comme les investisseurs privés et calculer, pour la région, les coûts et les bénéfices de ce projet. Le seul scénario gagnant-gagnant à la fois pour la région et l’entreprise est :

— une rentabilité accrue au fil des ans pour les investisseurs grâce à un marché en croissance pour le phosphore ;

— les infrastructures portuaires et de transport existantes optimisées ;

— le caractère naturel du joyau qu’est le fjord au cœur du Saguenay, préservé.

Ne cédons pas à la précipitation, évitons d’être perdants dans ce projet. 

Pierre Gilbert

La Baie

+

Ô CANADA, TERRE DE NOS «POTEUX»

OPINION / Au départ, l’idée de rendre légale la consommation du cannabis au Canada a semblé séduisante quoique dérangeante. Le premier ministre Justin Trudeau n’a cessé depuis de faire les frais de quolibets et le bonheur des caricaturistes. Comme la légalisation sera en vigueur le 17 octobre prochain, je me demande si lors de cette journée historique, Justin en profitera pour fumer un gros pétard devant les médias de la planète, question de marquer le début d’une ère nouvelle en terre canadienne. 

Mais trêve de plaisanterie, il apparaît évident que c’est encore au Québec que l’idée du pot légal passe le moins bien. Pourtant, on pourrait penser le contraire parce qu’on a tendance à dire que les anglophones des autres provinces sont plus puritains que les Québécois. Mais comme ils sont plus prêts que nous de l’idéologie américaine, et que le cannabis est maintenant légal dans huit États dont celui de la Californie, ces derniers semblent plus ouverts à sa légalisation au Canada.

Malgré mes grandes réserves, j’avoue tout de même que l’idée de rendre légal l’usage du cannabis récréatif à grande échelle aura quelque chose de « cool » et de libérateur. Avec le monde dans lequel on vit, il pourra être de bon ton de relaxer ses méninges en fumant son petit pétard sans faire de mal à personne. Pas pire que de boire un bon verre de vin après une bonne journée de labeur. OK. Mais on parle ici d’une drogue dont les effets varient considérablement d’un fumeur à l’autre.

Je me demande à quel point l’idée de légaliser le cannabis au Canada sera révolutionnaire et si cela offrira une meilleure image du pays au reste du monde. Un pays qui se veut déjà pacifique en plus de devenir un pays de gentils « poteux ».

Yvan Giguère

Saguenay