Montréal la souriante

OPINION / Avec son sourire de prestidigitatrice, la mairesse de Montréal, Valérie Plante, a sorti les sophismes de circonstance pour donner du poids à la déclaration du conseil municipal qui s’oppose au projet de loi 21 et propose plutôt une « laïcité ouverte ».

Encore une fois, un personnage public ou un porte-parole reconnu de la « région montréalaise » déforme grossièrement la réalité sociodémographique et urbaine de Montréal. La déclaration prêche pour un traitement particulier du gouvernement au nom du caractère de la société montréalaise « qui est riche et unique en termes de culture et de diversité ».

Valérie Plante « a fait valoir que la région métropolitaine représentait quelque 4 millions de personnes ». Presque la moitié de la population du Québec, a-t-elle ajouté dans une passe arithmétique. Ce faisant, la mairesse s’impose comme la porte-parole des 82 municipalités de la Communauté métropolitaine de Montréal (4200 km2). La ville de Montréal, elle, compte 1,7 million d’habitants, 1,9 million avec les anciennes villes reconstituées qui, avec 12 % de la population de l’île, en occupent 27 % de la superficie. Faudrait-il rappeler à Mme Plante les résultats incontestables de la dernière élection québécoise, qui ont porté au pouvoir de nombreux caquistes en dehors de l’île de Montréal ? Comment la mairesse peut-elle prétendre parler au nom de 2 millions de personnes en dehors de l’île, et surtout nier leur choix démocratique ?

En fait, l’appel du conseil municipal au nom du caractère unique de la société montréalaise est en porte-à-faux avec les tensions et les blocages qui minent la métropole. Depuis les fusions-défusions du début du siècle, la gouvernance municipale est paralysée dans des structures irrationnelles et enchevêtrées dans un indigeste partage de l’autorité et des champs de compétences. La métropole est en déficit d’efficience. La faiblesse de la cohésion et l’absence de cohérence dans les interventions des corporations publiques et privées locales et québécoises créent un vacuum qu’occupent sans contrainte et sans imputabilité des intérêts financiers canadiens et internationaux. À cela s’ajoutent, avec insistance, les enjeux collectifs de l’intégration culturelle des immigrants, le recul inquiétant de la langue française, l’étalement urbain et les importants investissements dans les infrastructures de mobilité de la région métropolitaine.

En fait, trop souvent malheureusement, les leaders politiques de la région métropolitaine revendiquent un statut particulier « au nom des valeurs d’inclusion, de solidarité et d’ouverture qui caractérisent la métropole », le propos laissant entendre que la menace qui les mettrait en péril proviendrait de l’extérieur de Montréal.

Je crois le contraire.

Au terme d’une tournée du Québec, Boucar Diouf insistait récemment sur l’accueil, l’ouverture et les qualités de cœur qui, partout dans les régions, particularisent le peuple québécois. Des Québécois et des Québécoises qui voyagent, qui viennent souvent à Montréal pour visiter leur parenté, des amis, par affaires, pour se divertir, pour participer à des événements ou profiter de la métropole. Des Québécois et des Québécoises qui ressentent aussi un Montréal sous pression, en proie à une mobilité congestionnée. Un Montréal pacifique et multiculturel certes, mais clivé, segmenté, et à ce point fébrile dans sa fragilité qu’il s’impose un (sou) rire forcé en quête de reconnaissance, dans la crainte d’être rejeté dans ses prétentions internationales.

Laval Gagnon

Chicoutimi

+

LES ENFANTS DES CATHÉDRALES

Au lendemain de ce drame surréaliste, la France est déjà à pied d’œuvre. Remercions le Ciel de l’avoir faite ainsi. Si brillante, si travaillante, si courageuse, si sensible à la beauté, si résiliente, si riche d’humanité. La France a élevé l’art et la beauté du génie humain à des sommets. Victor Hugo a de quoi être fier, lui qui a écrit l’une des plus belles odes à sa magnificence. Plus d’un milliard de dollars canadiens déjà ramassés en 24 heures pour s’attaquer à l’énorme défi qui se présente. C’est bien parti ! Un tel élan de générosité réconforte ! Notre premier ministre, M. Legault, a offert l’aide du Québec. Je n’en attendais pas moins. J’aime la France, car la France coule dans mes veines et vit en moi.

Oui, nous avons nos propres soucis de conservation et, à cet égard, nos ressources financières sont catastrophiquement endémiques. Mais l’argent n’est pas la seule option. L’important, c’est d’être là, tout de suite, pour serrer les coudes avec notre ancienne mère patrie, avec nos amis, nos frères, nos sœurs. Nous pouvons le faire de différentes façons. Le Québec dispose de ressources naturelles qui seront nécessaires à sa restauration. Je pense au bois, à l’or, à l’acier, aux spécialistes en différentes disciplines, etc. Et vu que nous y sommes, profitons-en pour nous rappeler que la très grande majorité des Québécois de souche, dont je suis, sont nés de la France du Moyen-Âge. De Saint-Louis à Louis XV en passant par François Premier et Louis XIV. Ces rois sont aussi les nôtres. C’est quand même formidable de savoir cela ! Au fil des siècles, nous avons participé aux mêmes processions et défilés, contribué à la même histoire, combattu dans les mêmes régiments, et même donné le sang de nos enfants par milliers dans les conflits du XXe siècle. Par nos ancêtres partis de Saint-Malo, Honfleur, La Rochelle et Dieppe pour fonder un monde nouveau en Amérique, nous avons été baptisés, mariés et inhumés aux sons des mêmes cloches. Dans cette Notre-Dame brisée, meurtrie, brûlée, chauffée à blanc, il y a des pierres qui nous appartiennent. Remettons-les en place à côté des autres. Soyons fiers et solidaires de nos origines...

Russel-Aurore Bouchard

Saguenay