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Carrefour des lecteurs
Le Quotidien
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Monsieur Legault, un plan Alunord, rien de moins!

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OPINION / La région du Saguenay-Lac-Saint-Jean a besoin d’un électrochoc. Avant que le gouvernement du Québec n’investisse des milliards de dollars dans un Plan Nord pour développer de nouvelles mines, il aurait dû commencer par au moins stabiliser l’économie des anciennes régions, dont la nôtre. Dépendante de l’industrie forestière/papier depuis près de 200 ans et de celle de l’aluminium depuis près de cent ans, notre région régresse depuis 30 ans : rationalisation des opérations, stagnation des capacités de production ou carrément fermeture d’usines. Malgré toute l’expérience et le savoir-faire acquis dans ces deux secteurs économiques, elle n’a pas su franchir, ou si peu, l’étape de la transformation primaire. Oui, on peut, dans une certaine mesure, reprocher aux deux compagnies qui contrôlent ces deux secteurs de ne pas collaborer, ici, au développement d’une meilleure création de richesses par l’implantation d’usines de transformation secondaire ou tertiaire. Mais est-ce dans leur mission?

Par Jacques Pelletier, Chicoutimi

Parlons de l’aluminium. Dans les années 70, Alcan s’était engagée dans la transformation secondaire de tiges ou fil d’aluminium à l’Usine Lapointe (70 000 tonnes/an), dont elle (Rio Tinto) s’est départie en 2012. Elle appartient maintenant à General Cable et est encore en opération. Par contre, l’usine de laminage (Usine Saguenay) a été vendue à Novelis en 2005, qui l’a fermée définitivement en 2012, au lendemain de l’annonce de la construction d’une nouvelle usine de 100 millions $ en Chine et des 200 millions $ investis dans l’État de New York aux États-Unis. En 2021, une seule usine d’importance en transformation secondaire est donc opérationnelle dans le Haut-Saguenay, à laquelle on peut toutefois ajouter l’usine d’extrusion d’Alma.

Comment se fait-il qu’avec quatre usines (sans compter AP-60) qui produisent annuellement 1,2 MT d’aluminium, on ne parvienne pas à attirer des investisseurs, ou si peu, pour la deuxième ou troisième transformation? Comment se fait-il que le gouvernement du Québec qui, année après année, affirme «que le Québec soit reconnu mondialement pour l’expertise et le caractère innovateur de l’ensemble de sa chaîne de valeur… et pour son rôle de chef de file en production d’aluminium primaire à faible empreinte carbone», ne conçoive pas que le sacrifice d’utiliser notre énergie hydroélectrique pour la transformation énergivore de l’alumine en aluminium ne sert pas de tremplin pour créer un vrai complexe industriel intégré vertical comprenant, entre autres, le laminage et l’extrusion de l’aluminium primaire. Des milliards ont été dépensés dans des projets beaucoup moins structurants (pensons à la cimenterie McInnis à Port Daniel).

J’interpelle notre gouvernement actuel et tous ses ministres : vous considérez que le secteur de l’aluminium est stratégique pour le Québec, alors que voulez-vous faire pour le développer? Nous sommes en compétition mondiale et les principaux acteurs dans ce champ d’activités sont les gouvernements de la Chine, ceux du Moyen-Orient et, en Europe, la compagnie Norsk Hydro, propriété à 33 % du gouvernement norvégien.

Donc, nous ne sommes pas les seuls à considérer que l’aluminium est stratégiquement important pour le développement d’un pays et qui ne semblent pas s’en plaindre. Nous ne pourrons jamais prendre la place qui nous revient sans un apport financier important de notre gouvernement. Arrêtons les tergiversations et unissons-nous pour exiger du gouvernement Legault des actions immédiates pour concrétiser un vrai plan réaliste de la filière «aluminium» dans notre région.

L’expérience et l’expertise industrielles et universitaires sont présentes. Il ne faudrait que quelques mois pour concrétiser un plan de développement du créneau aluminium si tout le monde se mettait à la tâche. Ne soyons pas obnubilés par les obstacles de toutes sortes (cartels, lois étatsuniennes, conditions actuelles des marchés, technologies en émergence, etc.). Il ne peut y avoir de demi-mesures dans ce secteur réservé à la grosse industrie. Soyons les maîtres de notre plan, identifions les intervenants qui connaissent vraiment les processus de fabrication et concevons un projet réaliste pour nous guider dans nos actions futures. Le gouvernement du Québec demande aux municipalités de participer à leur développement économique, mais dans un cas aussi lourd que celui-ci, une municipalité ou une région est trop démunie pour arriver à ses fins.