Mode de scrutin et démocratie

OPINION / L’un des fondements de la démocratie représentative réside dans le choix des dirigeants par la majorité. Or, au Québec, c’est avec les élections de 1986 qu’un gouvernement a, pour la dernière fois, reçu au moins 50 % des voix exprimées. Cela signifie que, la plupart du temps, la minorité décide pour la majorité. L’époque où la scène politique était monopolisée par deux grands partis se trouvant loin derrière nous, il est assuré que le scénario où des partis politiques formeront des gouvernements majoritaires avec moins de 50 % — et même moins de 40 % — se reproduira presque toujours. Il est devenu théoriquement possible pour un parti politique d’obtenir une majorité de députés (plus de 63) avec seulement 36 ou 37 % des suffrages. En termes clairs, aucun gouvernement de l’avenir ne pourra se targuer de représenter la volonté populaire, ce qui pose un sérieux problème de légitimité.

Ce n’est pas pour rien que notre système uninominal à un tour fait l’objet de vives critiques depuis des décennies. En dépit de promesses maintes fois réitérées, aucun projet de réforme n’a abouti. En mai dernier, les trois partis d’opposition à l’Assemblée nationale (et le Parti vert) se sont entendus sur des principes de base pour nous doter d’un système mixte, comportant à la fois des éléments du système actuel (uninominal à un tour) et un aspect proportionnel pour en corriger les distorsions. Seul le Parti libéral s’oppose à une telle réforme. Pourquoi ?

Le premier ministre Couillard et son député Serge Simard affirment qu’une telle réforme affaiblirait les régions. Il serait tentant de répliquer que les régions ont déjà été affaiblies au cours des dernières années sans passer par une telle réforme, mais là n’est pas mon propos. Le projet proposé ne réduit aucunement la représentation régionale à l’Assemblée nationale. En supposant que trois députés seraient élus de la manière habituelle pour représenter le Saguenay-Lac-Saint-Jean divisé en trois circonscriptions au lieu de cinq, les deux autres seraient des députés dits « de compensation ». Rappelons-nous l’époque où notre région faisait élire cinq péquistes avec 60 % des votes, en moyenne. Les 40 % restant était privé de représentation. C’est tout aussi vrai pour l’Ouest-de-l’Île de Montréal, où tout ce qui est considéré comme « château fort » libéral, caquiste ou solidaire. Désormais, avec une telle réforme, l’Assemblée nationale refléterait la diversité des opinions politiques, sans toucher au nombre d’élus dans les régions. Les députés de compensation seraient naturellement choisis parmi les listes régionales des partis politiques. Un député de compensation du Saguenay-Lac-Saint-Jean proviendrait donc de notre région et non pas de l’extérieur.

Un système mixte aurait également pour conséquence de renforcer le poids des citoyens. Actuellement, seuls comptent les votes du gagnant, même s’il n’obtient que 31 % des appuis, comme ce fut le cas du libéral Denis Lemieux aux élections fédérales de 2015. Les 69 % qui restent ne jouissent d’aucune représentation politique. Avec un système mixte, tous les votes influencent le résultat final, y compris dans les châteaux forts, ce qui serait susceptible d’accroître la participation électorale.

La question de la réforme du mode de scrutin ne constitue donc en aucun cas un point de détail. Nous figurons parmi les seules sociétés du monde industrialisé à avoir encore recours au système uninominal à un tour. Voulons-nous réellement continuer de permettre à une minorité de compter sur la division des partis d’opposition pour exercer tout le pouvoir ?

Michel Roche

Professeur de science politique

Université du Québec à Chicoutimi

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Faut que je vous parle

Chers représentants des quatre principaux partis politiques du Québec, faut que je vous parle !

Pour la première fois depuis 1978, à dix jours de l’élection, mon vote n’est encore acquis pour aucun de vos partis. Personne ne m’a convaincu hors de tout doute que je dois voter pour lui et son parti. Vous vous targuez tout un chacun d’incarner le renouveau alors qu’aucun de vous n’avez en bas de 55 ans ; avouons que vous êtes tous dans ma génération, alors pour le rafraîchissement on repassera ! Vous me direz que vous avez des tas de candidats jeunes et pleins d’idées, que vous avez l’équité femmes/hommes, et vous avez raison. Là où vous vous taisez, c’est que ces jeunes et ces femmes seront sacrifiés sur l’autel de vos lignes de parti et des décisions que vous leur imposerez en tant que vieux routiers. Depuis le début de cette trop longue campagne de dénigrement collectif, de petite politicaillerie, de campagne de peur et autres vilenies, vous me décevez… vraiment !

Et si pendant ces dix dernières journées, plutôt que de vous asséner des coups bas, de vous complaire dans la démagogie et de vous lancer des injures, vous vous présentiez comme étant la personne capable de diriger le Québec intelligemment pour tous les Québécois et non comme vous le faites maintenant, en nous démontrant que la seule chose qui compte vraiment, c’est d’être au pouvoir !

Ah, et en terminant, tout un chacun d’entre vous devrait se regarder dans un miroir et se poser la question : « Mais pourquoi donc, les Québécois sont-ils si désabusés de la politique et aussi sarcastiques ? »

Dany Gauthier

Saint-Félicien