Merci pour votre temps

OPINION / En fin de semaine, 5 300 élèves provenant de 140 établissements d'enseignement secondaire, collégial et universitaire vont relever le défi de leur vie : courir la distance entre Québec et Montréal à relais, sans arrêt, jour et nuit. Après des mois de préparation, l'épreuve est enfin arrivée. Place à La Course!
Je veux prendre le temps de dire merci à tous les acteurs qui ont rendu cet événement possible et à quel point je suis fier de cet engagement collectif.
Merci d'abord aux élèves d'avoir consacré du temps à vous entrainer malgré une météo souvent capricieuse et d'avoir persévéré malgré les embuches.
Merci aux enseignants et au personnel de soutien d'avoir trouvé le temps de bien préparer les jeunes et de les accompagner jusqu'au fil d'arrivée.
Merci aux parents du temps que vous avez mis à encourager vos adolescents tout au long de ces mois - en plus du temps consacré à faire des Cubes énergie avec vos plus petits.
Merci à tous nos partenaires, avec qui nous partageons une même passion de l'éducation, de prendre le temps de nous écouter et d'appuyer nos projets.
Merci aux milliers de bénévoles qui donnent de leur temps pour faire de La Course, et de tous nos autres événements, un succès.  
Merci au public qui passera du temps en fin de semaine le long des routes et dans les municipalités pour féliciter les jeunes lors de leur passage et applaudir leur détermination.
Merci aux automobilistes qui perdront peut-être du temps, mais qui salueront néanmoins l'importance de cette initiative.
Merci aux villes et aux villages pour le temps investi à accueillir les jeunes en grand.
À force de bouger et de faire bouger les choses, le Québec sera sans doute beaucoup plus actif dans quelques années, et nous réaliserons tous ensemble qu'il suffisait d'y mettre un peu de temps!
Pierre Lavoie, Saguenay
Caribous disparus
OPINION / Je me souviens encore de ma seule observation de caribous des bois, trois spécimens, gris-brun avec leurs bois, en lent et élégant mouvement à travers une coupe à blanc récente, près du Parc des Grands Jardins. Ils ne tournent pas leurs têtes vers nous, même si notre camion ralentit pour les regarder: nous n'étions pas une menace, nous sommes de simples observateurs. Malgré cette courte séquence d'observation pendant plus de 30 ans dans la forêt boréale comme chercheure en écologie, leur image a laissé une empreinte forte et indélébile dans mon cerveau, jamais effacée.
Mais je n'ai pas besoin de les voir pour savoir qu'il y en a encore des milliers, presque fantômes maintenant, dans les troupeaux dispersés à travers la limite sud de la zone de récolte industrielle de la forêt boréale, les ombres d'une présence autrefois importante dans tous les massifs de la pessière noire. Peut-on les sauver comme espèce? Nous lisons des mots des chercheurs en Gaspésie (Martin-Hugues St Laurent) et le cri d'alerte de l'ancien Forestier en chef, Gérard Szaraz, qui nous avertissent des pertes imminentes sans des mesures draconiennes. Nous lisons que les derniers 20 caribous du troupeau de Val d'Or s'en vont en zoo.  
Si on continue, la présence sera réduite aux vrais fantômes. Ma question: est-ce que leur disparition va nous hanter? C'est la question qu'on doit tous se poser, des chasseurs plus âgés jusqu'aux enfants autour du feu pour une histoire du nord. On doit tous réfléchir à cette question sérieusement, et maintenant. Sans plus de données. Nous devons essentiellement chercher dans nos coeurs, chercher une émotion pour une espèce en voie de disparition directement à cause de nos activités forestières industrielles. C'est notre emblème du nord, ou ce ne l'est pas. Nous devons décider.
J'ai travaillé plus de 30 ans dans la forêt boréale, pour y étudier l'épinette noire, le pin gris, les mousses, les plantes de sous-bois, et comment tous sont connectés par les cycles de carbone et d'autres nutriments. Une de mes activités préférées est de me promener dans une forêt d'épinette récemment brûlée, fascinée par les formes, les couleurs, les débris brûlés et les plantes courageuses qui se pointent déjà dans la mousse. Comme chercheur, on devient attaché, et même profondément, aux objets et au contexte de notre recherche et de nos hypothèses. Dans ma maison boréale, il y a une espèce qui me hante terriblement, parce que je sens qu'elle s'en va bientôt et que, nous regardons ça tranquillement, on lit les journaux, sans trop commenter. Pourquoi? Parce qu'on a besoin de les voir devant nous pour que ça nous touche? Parce que c'est loin - en km et dans notre esprit? Le caribou est une espèce parapluie, et sa santé et sa présence nous indiquent le pouls de la forêt boréale; disons une petite faiblesse ces temps-ci.
Moi, je la sens, cette perte, à l'intérieur de mon corps, une peur qui vient, un vide qui prend la place juste en dessous de mon coeur. Ma maison de recherche recule un peu plus vers le nord chaque année avec une nouvelle ligne de coupe de bois, et ça, dans les massifs qui restent, les derniers massifs sauvages. Chaque année, les caribous doivent eux essayer de suivre et de survivre dans ce nouveau paysage fragmenté et sillonné par des routes de récolte de bois, routes utilisées agressivement par la suite par le loup, le prédateur le plus important du caribou. Je pourrais faire des cauchemars; je fais des cauchemars.
Je vous invite, maintenant, très bientôt, hier - à chercher et à trouver le sens, l'importance, du caribou dans votre forêt boréale, dans votre imaginaire de la forêt boréale. Ça vous dérange, le vide, ou non? Si oui, dites quelque chose, levez-vous, avant que les fantômes se multiplient, se jetant devant nous à chaque visite future. «Nous étions là, dans ce vide devant vous; nous ne sommes plus».
Alison Munson, professeure, Université Laval