Ma ville

OPINIONS / Ma ville, avec tous ces gens qui l'habitent, qui circulent, certains pressés, d'autres à pas lent. Ils sont comme le sang irriguant les organes du corps.
Une circulation tantôt agitée, tantôt calme, un flot continuel, charriant le bon comme le mauvais, le sensible et l'insensé, l'idiot et le génie, l'enfant et le vieillard.
Flot de vie, coloré de toutes les teintes, basané de toutes les races. Toutes les différences se rencontrent sur ces trottoirs où l'on passe...
Mais ces allées, où nous conduisent-elles ?
Certains, dans la plus grande solitude, arpentent ces allées quêtant un regard, un sourire, une mince pitance devant prolonger leur isolement. D'autres chargés, pressés, absents, allant comme des coureurs de fond en quête d'un autre sommet. Et ceux-là qui traînent le pas, qui de leur lenteur exaspèrent les trop pressés. Ceux qui attendent. Quoi ? Comme d'éternels veilleurs qui s'assoient et se tiennent là. Habités, et habitant l'espace. Qu'ont-ils saisi que les autres n'ont pas vu ?
Enfin, il y a ceux qui rient, dont les voix retentissent, groupes de jeunes insouciants qui déambulent nerveusement sans but précis. Et ces amoureux se tenant par la main, portant en eux l'assurance d'un avenir meilleur. Rêveurs, constructeurs de demain. Et ces tout-petits, toute une légion, qui tout d'un coup me surprennent ! Excités, emmitouflés, protégés par une sentinelle d'adultes dirigeant leurs pas. Mais d'où viennent-ils ? Où vont-ils ? Je ne peux résister, je me lève et pars à leur suite, impatiente de découvrir l'objet de cet enthousiasme. À peine une centaine de mètres plus loin, au tournant de la rue, quelle ne fut pas ma surprise de voir s'ériger une grande roue, là, bien placée en bordure de la rue, collée au grand arbre de la place publique ! Cette chose surprenante et combien joyeuse pour ces petits déjà amassés en file indienne attendant leur tour d'y monter. Étonnée, je reste là, admirative.
La musique enveloppe tout. L'air qu'on respire transporte avec elle ces effluves de joie. Nul n'est défavorisé dans cette ambiance. Tous ont la possibilité de s'abreuver à cette source naïve de joie enfantine. Tous ceux qui passent ont ce privilège de respirer ce parfum d'innocence. Tous peuvent goûter ce bonheur que les petits savent apprécier. Au milieu de toutes ces différences, la vie palpite. Elle nous rappelle qui nous sommes, citoyens d'une terre de partage, bâtisseurs ingénieux, artistes étonnants.
Je félicite ceux qui ont pensé ce projet de grande roue et de ces autres jeux gonflables parsemés autour. Je remercie ceux qui font naître la beauté, qui font jaillir par de petits gestes la bonté humaine. Je vous remercie pour ce moment que j'ai partagé avec tous ces étrangers qui m'ont fait du bien par le simple échange de sourires spontanés et d'émerveillement commun.
Devenons chacun ces porteurs de lumière et de vie pour les autres !
Carole Grant
Saint-Honoré