Ma petite histoire d'optométriste

OPINION / J’ai gradué à l’École d’optométrie de l’Université de Montréal en 2004. Je me suis installée dans la région de l’Outaouais pour travailler avec un petit regroupement d’optométristes indépendants. Le scénario parfait. Je me suis bâtie une clientèle familiale et fidèle. Après un an de pratique, j’ai réalisé que je voulais être encore plus impliquée dans cette belle histoire je suis donc devenue propriétaire associée de quatre cliniques. Un peu stressant du haut de mes 25 ans, je l’avoue, mais j’étais optimiste.

Graduellement, le marché a commencé à changer, un peu, beaucoup. Les frais d’exploitation augmentaient en flèche, les revenus de plus en plus divisés entre les différents joueurs du marché, et mes associés préparaient leur retraite. Ainsi, au lieu de retirer les profits, je réinvestissais, je multipliais les heures. À ce moment, c’était encore très acceptable à mes yeux. 

Toujours en 2015, je procède au rachat des parts de trois associés qui quittent pour leur retraite bien méritée, selon un contrat établi 10 ans auparavant alors que la situation dans les cliniques d’optique était bien différente. Ces départs laissent un poids financier énorme sur l’entreprise. Je redouble les efforts. Je me bats pour mes patients. Je me bats pour mon personnel qui est devenu ma deuxième famille. J’analyse où ça accroche. Le plus évident ? En tant que propriétaire de cliniques, je dois payer chaque fois qu’un patient couvert par la RAMQ s’assoit dans ma chaise d’examen.

J’accueille tous les patients avec le même professionnalisme, avec la même ardeur, car ce sont nos patients. Je ne refuse jamais de voir un patient même s’il achète ses lunettes d’une entreprise volante qui ne paye pas de loyer, de taxes foncières ou de personnel comme nous le faisons. Je débourse pour les voir, car c’est non seulement par éthique professionnelle, mais bien mon éthique intégrale et personnelle qui prédomine. Les patients privés, ceux qui payent de leur poche, que ce soit par leurs examens ou leurs achats de lunettes, ne suffisent plus à compenser ces pertes. Parmi les patients privés, il y a aussi des patients vulnérables. Je me vois difficilement imposer à la mère monoparentale qui travaille à petit salaire des frais supplémentaires pour combler ce que notre province ne couvre pas. C’est devenu insoutenable ! 

J’ai 37 ans et je suis désillusionnée, épuisée. J’ai perdu mon optimisme et j’ai perdu foi en ma profession. Alors, en 2016, je fusionne avec un plus gros groupe, je joins la convergence. Je suis fière du groupe choisi. Je suis fière de leur vision. J’ai espoir qu’ensemble, nous serons plus forts pour protéger notre profession et nos patients. Ceci étant dit, je vis un deuil. J’ai abandonné un rêve qui m’était cher.

C’est la réalité des petites cliniques au quotidien. C’est ce qui se passe avec le manque de relève d’optométristes propriétaires, car la relève sait compter et voit que ça ne fonctionne plus. La situation doit changer et elle doit changer rapidement. 

Ça fait 15 ans que le gouvernement refuse d’ajuster les honoraires des optométristes. Devant une telle attitude, j’ai décidé de quitter le régime public comme l’a fait la vaste majorité des optométristes. Je suis consciente de l’impact de ma décision et ce n’est pas de gaité de cœur que je l’ai prise.

Dre Sheila Laplante, optométriste

Équité ou démagogie?

OPINION / Il est reconnu, même par Philippe Couillard, que la différence de rémunération entre médecins québécois et notamment les médecins ontariens, a pris racine dans la volonté du ministre de la Santé de 2003, Francois Legault, de combler, au nom de l’équité, un prétendu injuste écart.

C’est faire un usage étroit et démagogique de ce grand principe qu’est l’équité pour justifier la rémunération scandaleuse des médecins. L’équité vise à assurer la justice en allant à l’encontre d’une injuste égalité ou uniformité. Il serait injuste par exemple que des parents donnent à leur adolescent le même argent de poche qu’à leur enfant de 5 ans, leur situation de vie et leurs besoins n’étant pas les mêmes. Le coût de la vie au Québec est moins élevé qu’en Ontario (coût des demeures hautement luxueuses achetées par les riches médecins, etc.). À services égaux, il est donc équitable que la rémunération des médecins québécois soient moindres que celle des Ontariens.

Cet écart de la rémunération n’est pas plus injuste que l’est l’écart d’argent de poche entre l’enfant et l’adolescent. Il serait insensé et injuste que l’enfant réclame le rattrapage d’argent de poche puisqu’il n’avait pas le droit au même argent de poche que son frère. Le rattrapage des médecins québécois est aussi insensé et injuste. Elle est en plus, au-delà des sondages, la preuve de l’incertitude du jugement de François Legault, même en matière économique et surtout éthique.

Gérard Lévesque, Lévis

PRÉCISION

Dans le Carrefour des lecteurs de mercredi, nous avons omis d’identifier le signataire de la lettre intitulée Trois petits singes et un ministre. Celle-ci a été rédigée par François Lauzière, président de l’Association des écoles de conduite du Québec. Nous sommes désolés pour cette erreur. La rédaction