Raynald Harvey, président de Segma Recherche

L’influence des sondages

ANALYSE / « Oh non !, les sondages n’influencent pas les résultats d’une élection ! »

Plus personne ne va pouvoir prononcer cette phrase à Saguenay sans provoquer un fou rire généralisé ! Je ne me suis jamais gêné pour dire que les sondages influencent clairement le cours des élections, en affectant à la fois l’humeur des électeurs, la couverture des médias, mais surtout les partis et les candidats qui vont parfois modifier leurs stratégies en fonction de l’information qu’ils reçoivent du terrain.

En général, l’impact est assez limité. Mais en 2017, notre dernier sondage a été le premier acte d’un invraisemblable scénario hollywoodien. À trois jours du vote, tirant de l’arrière par une bonne marge, mais avec encore 44 % d’électeurs volatils, Jean-Pierre Blackburn a joué « all in » en proposant une alliance contre nature à Arthur Gobeil. Une stratégie plus que risquée qui tenait du quasi-suicide politique ! Vendredi, des chambardements majeurs à Promotion Saguenay suivis le lendemain par le retrait de Luc Boivin sont venus confirmer la débâcle du PCS.

Ces coups de théâtre de dernière minute ont permis à Josée Néron de remporter une victoire plus éclatante que prévu initialement. Il sera possible de mesurer précisément comment cette dernière semaine complètement folle a affecté l’issue de l’élection en comparant les votes exprimés par anticipation avec ceux du jour J.

À mon avis, il faut cependant remonter jusqu’à un certain après-midi de septembre 2015 pour mettre le doigt sur ce qui a peut-être été le plus grand impact des sondages sur la campagne qui vient tout juste de se terminer… En effet, cette journée-là, Jean Tremblay a lancé une véritable bombe nucléaire en annonçant qu’il ne solliciterait pas d’autre mandat à la mairie de Saguenay, au moment où un nouveau sondage Segma laissait entrevoir qu’il pourrait perdre dans un face-à-face avec Stéphane Bédard.

En raison de cette annonce, je pense que la véritable élection 2017 n’aura jamais réellement eu lieu. Cette « vraie » élection aurait dû opposer deux visions diamétralement opposées de l’administration d’une ville : d’un côté, une approche plus à droite et davantage populiste incarnée par Jean Tremblay qui dirigeait Saguenay comme on gère une entreprise privée, en prenant des décisions parfois un peu « cowboy » et en utilisant tous les moyens, parfois un peu tordus, pour obtenir les résultats voulus ; de l’autre, une vision plus à gauche et davantage « by the book » tel que véhiculée par l’ERD et Josée Néron qui prônent la participation citoyenne, la transparence et l’« économie circulaire », qui veulent réaliser des diagnostics organisationnels et mettre sur pied des tables de concertation...

En claquant la porte du Parti des citoyens au début de la campagne, Jean-Pierre Blackburn a renoncé à incarner cette vision clairement différenciée de l’ERD, et l’héritage de Jean Tremblay s’est ensuite dispersé à travers trois candidatures dont le positionnement paraissait un peu flou par comparaison.

Même si Jean Tremblay jouissait encore d’une très grande popularité, il aurait été impossible de prédire le résultat d’un combat ultime entre lui et la chef de l’ERD. La seule chose dont je suis sûr, c’est qu’un tel affrontement aurait forcé Josée Néron à adopter un plan de match très différent de celui qu’elle a pu suivre bien sagement jusqu’à la victoire finale durant la présente élection.

Raynald Harvey

Président de Segma Recherche