Trois personnes ont été tuées lors de manifestations postélectorales, mercredi, à Harare, a annoncé la police du Zimbabwe, après l’intervention de l’armée contre des partisans de l’opposition qui dénonçaient des fraudes aux scrutins de lundi. Cette élection fait suite à la chute de l’ancien président Robert Mugabe, qui était en poste depuis trois décennies.

L’indépendance au temps des fake news

OPINION / «Think hard», c’est par cette expression, semblant tout droit sortie d’un des films d’Elvis Gratton, que l’auteur d’une lettre d’opinion, parue le 19 juillet et intitulée Le Québec, future république ? nous enjoignait à réfléchir. Or, dans un texte où se côtoyaient désinformation et mauvaise foi, l’auteur nous a servi un ragoût tiède des plus vieux clichés du camp fédéraliste. Bien que les fake news (fausses nouvelles) incarnent désormais la nouvelle tendance chez nos voisins du sud, il faut rappeler que certains fédéralistes en sont des précieux artisans depuis des temps immémoriaux.

Dans un premier temps, l’auteur soutient que le Québec croulerait sous la mirobolante dette de 400 G$, en plus de son éventuelle part de la dette fédérale. Or, les faits demeurent têtus, une simple visite sur le site du ministère des Finances du Québec saura réconforter l’auteur, alors qu’il a tout bonnement surévalué la dette du Québec du double, un exploit en soi. Par ailleurs, les économistes sérieux s’entendent pour dire que même en imputant une hypothétique part de la dette fédérale au Québec, cette dette demeurerait moins élevée que la moyenne des pays du G7 et de l’OCDE, sans compter qu’un tel transfert de dette emporterait un transfert d’actifs fédéraux équivalents dans le patrimoine québécois.

Dans un deuxième temps, l’auteur souligne que le Québec serait trop pauvre pour devenir indépendant. Périodiquement, l’Institut de la statistique du Québec compare la richesse du Québec avec les autres États du monde. Quoi qu’on en dise, le Québec se classe constamment parmi les pays les plus riches du monde, notamment au 32e rang mondial en termes de PIB par habitant en 2016, devant des pays comme Israël, l’Espagne et la République de Corée, et tout juste derrière l’Italie, par exemple. Sur 193 États membres de l’ONU, ce n’est pas mal du tout ! Quant à la péréquation, l’auteur sait probablement que le Québec se classe avant-dernier après l’Ontario parmi les provinces bénéficiaires, en matière de péréquation par habitant.

Dans un troisième temps, l’auteur claironne que de toute façon, le Québec serait déjà indépendant, car il contrôle son économie et sa langue. Comme il le sait bien, c’est le Canada qui négocie, par exemple, les accords de libre-échange auxquels le Québec est assujetti. Bien souvent au détriment des intérêts de ce dernier, comme dans le cadre de l’Accord économique et commercial global (AECG) avec l’Union européenne, où l’industrie des fromages fins du Québec a été sacrifiée pour notamment favoriser le boeuf de l’Ouest canadien. Pour le reste, le partage constitutionnel des compétences au Canada impute aux provinces le fardeau des missions coûteuses, alors que le fédéral peut s’adonner à une gouvernance plutôt mondaine. À cet égard, en 2016, la santé, l’éducation et les services sociaux constituaient près de 80 % des dépenses en programmes du gouvernement du Québec. La marge de manoeuvre en matière de développement économique est dramatiquement limitée. Bien souvent, l’aide du fédéral ne vient que difficilement. Le cas récent de la CSeries de Bombardier est particulièrement édifiant à cet égard. En effet, la frugale réaction du gouvernement fédéral a favorisé la liquidation aux Européens du plus important projet industriel au Canada en termes de recherche, de développement et de valeur ajoutée, un véritable scandale. Pourtant, l’avare fédéral n’a pas hésité à faire pleuvoir, en Ontario, les milliards pour voler au secours de GM, dans la foulée de la crise financière de 2008, de même pour financer le projet hydroélectrique de Muskrat Falls, afin de permettre à Terre-Neuve de concurrencer Hydro-Québec sur les marchés d’exportation d’électricité. Finalement, que dire de l’acquisition récente de l’oléoduc Trans Mountain par le fédéral, au coût de 4,5 G$ ? Il ne faut pas oublier que ce sont les taxes et impôts des Québécois qui financent en partie ces initiatives. Il est utile de rappeler que le fédéral prélève chaque année 50 milliards de dollars au Québec en taxes et impôts. D’ailleurs, rappelons-nous qu’en 2005, un certain François Legault avait estimé qu’en prélevant nous-mêmes ces taxes et impôts, tout en assumant les dépenses découlant des compétences fédérales, le Québec dégagerait une marge annuelle récurrente de 4,5 milliards à terme.

Pour ma part, je remarque plutôt que les citoyens alternent mécaniquement entre les partis fédéraux, dans un arc-en-ciel de déception. Au Québec, les citoyens désirent du changement, nous le concevons. Ça tombe bien, car nous, le Parti québécois, proposons le changement le plus porteur d’espoir pour notre peuple, car l’indépendance donnera aux Québécois le pouvoir de prendre eux-mêmes toutes les décisions qui les concernent, selon leurs propres intérêts. Loin d’être dépassé, ce projet libérateur demeure le meilleur remède au cynisme ambiant, et nos candidats sont déjà sur le terrain pour en parler aux citoyens. N’ayez aucun doute, nous sommes fin prêts à livrer bataille pour l’élection de cet automne.

Mathieu St-Pierre Castonguay

Président, du Parti québécois, Saguenay-Lac-Saint-Jean-Nord-du-Québec