Liberté pour tous, vraiment?

OPINION / Une obscure « Coalition canadienne de citoyens préoccupés » a tenu dans plusieurs villes du Canada, dont Saguenay et Alma, une « Marche pour la liberté, la paix et la justice » le 4 mars 2017. Sous couvert de vouloir « protéger notre démocratie et notre liberté d'expression », cette organisation voudrait priver certains citoyens de droits fondamentaux.
Les personnes qui ont participé à cette manifestation du 4 mars pourraient ne pas s'être rendu compte que celle-ci implique des fondements philosophiques et politiques qui visent l'exclusion plutôt que l'intégration, une liberté partiale plutôt que réellement pour tous et toutes.
En effet, il est désormais connu que des groupes extrémistes, comme La Meute, encouragent la participation de leurs membres à cette marche. Ces promoteurs n'ont pas caché leur intention de profiter de cette marche pour mettre de l'avant leur agenda. Qu'ils le veuillent ou non, il leur est difficile de cacher le caractère xénophobe et la confrontation identitaire qui sont au coeur de leur action qui se drape de pacifisme et de bonne moralité.
Nous comprenons que des gens de la région puissent se sentir « préoccupés » par ce qui se passe actuellement dans le monde. Les nombreux attentats qui sont survenus dans plusieurs pays et chez nous ne peuvent qu'entretenir la crainte que la violence se perpétue. Mais par-delà la légitimité de réfléchir à des solutions et d'agir, à tous les niveaux, il importe avant tout de ne pas chercher à envenimer les choses par des gestes et des attitudes qui peuvent finir par cibler une communauté en particulier, notamment les musulmans.
Le traitement qui est fait de cette polémique par certains médias et sa récupération politique risquent d'engendrer une spirale d'intolérance. L'islam, à l'instar de toutes les religions, n'est que ce que les hommes en font ; nos concitoyens musulmans ne constituent pas plus une mine de terroristes que les prêtres catholiques ne forment un club de pédophiles...
Comme des milliers d'entre nous avons pu le constater lors des cérémonies qui ont suivi l'attentat de Québec, nos compatriotes musulmans sont attachés au Canada et au Québec. Il s'agit de leurs lieux d'appartenance et de vie où ils se comportent convenablement, respectant les lois et contribuant positivement au progrès social et économique, tout comme la majorité des autres citoyens.
En tant que Canadiens et Québécois, ceux-ci ont les mêmes droits fondamentaux enchâssés dans nos chartes : la liberté de pensée, de conscience et de religion ainsi que la liberté de manifester leur religion tant en public qu'en privé (cf. Déclaration universelle des Droits de l'Homme).
En ce qui nous concerne, notre conviction repose sur une autre approche qui vise le rapprochement et la compréhension mutuelle, car l'unique voie d'avenir pacifique réside dans la recherche d'un vivre-ensemble respectueux et fraternel que seul le véritable désir de rencontres interculturelles et interreligieuses peut apporter.
Marie Fall, Lise Garon, Jocelyn Girard, Jayanta Guha, Luc Lévesque, Douglas Schroeder-Tabah, Jocelyne Simard, Souad Taha
Membres du Collectif Coexister au Saguenay-Lac-Saint-Jean 
Sabrina Adam, Christian Bélanger, Éric Dubois, Pierre Cardinal, Anne-Marie Chapleau, France Fortin, Lise Gagné, Louise Grand'Maison, Andrée Larouche, Fatou Marone Diouf
Sympathisants de l'organisation