Lettre ouverte au ministre de la Famille

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Le Quotidien
OPINION / M. Lacombe,Je vous ai récemment transmis un témoignage, resté sans réponse, je fais donc aujourd’hui appel aux médias pour en publier l’essentiel, dans l’espoir que le gouvernement se prononce pour la survie et la reconnaissance des familles atypiques.

Je vous ai récemment transmis un témoignage, resté sans réponse, je fais donc aujourd’hui appel aux médias pour en publier l’essentiel, dans l’espoir que le gouvernement se prononce pour la survie et la reconnaissance des familles atypiques.

Je suis divorcée et mère d’une petite fille. Je suis en couple depuis bientôt deux ans et mon conjoint a également deux enfants issus d’unions précédentes. Malgré nous (nos démarches d’achat de maison ayant été suspendues à cause de la pandémie), nous ne vivons pas encore à la même adresse. Ni mon appartement ni le sien ne peuvent permettre à notre famille (2 adultes et 3 enfants) de se confiner ensemble, à 100 % du temps, sous un même endroit.

Ne vivant donc pas à la même adresse, nous devons depuis plusieurs semaines choisir entre : séparer notre famille et ne plus nous voir qu’à 2 mètres de distance (à l’extérieur) ou garder la famille unie, en nous visitant avec prudence, mais risquer de recevoir une amende équivalente à notre salaire net mensuel (3000 $ pour 2 adultes)! Vous comprenez bien qu’aucune de ces options n’est viable. Elles ne l’étaient pas au début du confinement, elles ne le sont pas maintenant (avec la réouverture imminente des écoles), et elles le seront encore moins cet été.

Nous ne sommes pas des amants, des amis, des collègues : nous sommes un couple, une famille. Le premier ministre lui-même et Dr Arruda ont abordé le sujet des couples avec légèreté en demandant à tous d’au moins prioriser la monogamie! La question mérite plus de sérieux, car en ce qui nous concerne, on ne parle pas de frivolité, mais de vie de famille.

Mon conjoint est non seulement un partenaire de parentalité essentiel pour moi, mais aussi une figure parentale et d’attachement importante pour ma fille (et j’ai le même rôle pour ses enfants). Tous les experts que j’ai pu lire sont unanimes : les liens avec leurs figures parentales et avec leur fratrie sont très précieux et les enfants ne devraient pas en être coupés, même malgré la pandémie, lorsque chacun est en santé et respecte les règles sanitaires en place (comme nous le faisons).

Je perds un peu espoir. Aujourd’hui, mon journal local rappelle aux couples l’interdiction de se visiter ; dans mon réseau, les dénonciations se multiplient ; des familles recomposées de mon entourage se font visiter par la police, donner des avertissements et promettre des contraventions en cas de récidive. Je suis profondément outrée de constater que la réalité de notre famille est non seulement pas « légale », mais n’est même pas « tolérée » par le corps policier.

Si la distanciation sociale doit perdurer, je crois qu’il est primordial de régler la question des familles atypiques et je m’en remets à vous, M. le ministre, pour nous représenter auprès de la direction de la santé publique, des instances gouvernementales et policières. M. le ministre, je vous demande de nous aider à faire reconnaître publiquement le droit de confinement commun des familles atypiques qui, malgré leur union stable, ne partage pas encore la même adresse. Lisez bien : nous comprenons que la situation exige des sacrifices, nous en faisons notre part, mais il ne s’agit pas ici de revendiquer le droit à un « amant » ou à une quelconque « compagnie sociale ». Je parle bien du simple droit de vivre notre réalité de famille reconstituée et de reconnaître ouvertement que des conjoints, comme nous, soient des figures parentales inséparables et de reconnaître la légitimité et la réalité de nos enfants en tant que fratrie.

Merci de faire suite à mon témoignage qui, je l’espère, permettra à plusieurs familles de réduire d’un cran la détresse, déjà présente pour certains, en contexte de crise.

Nous ne sommes pas un danger pour la sécurité sanitaire du Québec.

Nous n’organisons pas de « party » de famille.

Nous sommes une famille.

Veuillez recevoir, M. le ministre, mes salutations respectueuses,

Marie-Andrée Fortin

Saguenay