L'auteur de cette lettre, Me Louis Coulombe

Lettre intégrale de l'avocat Louis Coulombe

OPINION / Est-ce cela la nouvelle manière de gérer ?

Imaginez, on a été jusqu’à me donner plus de 520 000 $ brut en indemnité de fin d’emploi pour ne pas me rencontrer, pour que j’arrête de travailler !

C’est beaucoup d’argent, même si 50 % de ce montant partira en impôt. Il y avait pourtant une manière toute simple de solutionner ce dossier ! Me laisser travailler, comme je le fais, depuis mon arrivée en 2011.

Comment se fait-il qu’aucun élu n’ait questionné s’il était possible d’agir autrement ?

J’ai dû demander à au moins 15 reprises une rencontre avec la mairesse, Mme Néron, pour discuter de tout cela. Je l’ai fait en privé et j’ai même dû le faire par le biais des médias ; pas de réponse. Aussi, j’ai voulu m’inviter à la plénière du 4 décembre dernier, mais le DG m’a refusé verbalement l’accès.

Cela en dit long sur la démocratie, sur le respect du droit de parole !

Pour ma part, tout était possible, tout pouvait être négocié, tout était sur la table, notamment :

-Qu’on se donne un peu de temps pour voir comment vont évoluer les choses ;

-Que je termine mes dossiers, que je me trouve un autre emploi et que je quitte ;

-Que je travaille dans des dossiers moins sensibles temporairement à moyen ou à long terme ;

-De mettre en place, si nécessaire, des moyens permettant d’installer un climat de confiance ; 

-Rémunération, contrat, tâches ;

-etc.

J’étais ouvert à toutes les possibilités, on a préféré me faire faire le tour de la grande roue médiatique, de me mettre le maximum de pression pour que je m’écrase, de salir ma réputation, de faire mal à ma famille, à mes amis, de m’humilier, de déformer la réalité, de faire des amalgames avec des organismes et des situations qui me sont complètement étrangers. On a dénaturé mon contrat sur la place publique. 

On m’a fait une vraie job de bras et en règle à part de ça !

Moi, je ne voulais qu’une chose, continuer à travailler. Je n’ai jamais refusé un dossier, j’étais toujours disponible. J’ai ouvert plus de 700 dossiers au fil des ans et pas des faciles ! Ce n’était pas le travail qui manquait. 

On a tiré sur l’individu au début et voici maintenant que l’on attaque mon poste. Il est jugé maintenant inutile selon Mme Néron ! N’en jetez plus la cour est pleine…

C’est certain qu’ils devront engager des ressources et/ou donner le tout à l’externe, peut-être pas tout de suite, mais garder l’œil ouvert. Ça va coûter encore plus cher ! ! !

On a crié à l’indignation. Je crois, avec respect, que ce qui sème beaucoup plus l’indignation c’est de donner plus de 520 000 $ brut à une personne pour qu’elle arrête de travailler, alors que celle-ci ne souhaite que continuer à effectuer correctement son travail, que l’on a strictement rien à reprocher à cette personne, qu’elle est compétente, qu’elle connaît bien les rouages de l’appareil municipal et qu’au surplus, qu’il y avait beaucoup de travail à accomplir. 

Toutes les villes du Québec ont des dossiers juridiques, des juristes et Saguenay n’y fait pas exception, elle a même un des plus petits contentieux, son nom est d’ailleurs : Coulombe Boivin Morin-Gravel.

Non, mais est-ce que c’est parce que c’est l’argent des autres qu’on agit comme cela ? 

Nommez-moi une entreprise qui a les moyens de se payer un pareil Égo trip ?

La notion de contrat à durée déterminée ou indéterminée n’a strictement rien à voir dans le débat ! Congédier quelqu’un sans aucune raison, sans aucun motif peu importe la nature du contrat que vous avez, ça coûte cher à un employeur, très cher, trop cher ! 

Mais pas pour Saguenay qui semble avoir un budget illimité pour mettre son plan à exécution. 

Dans un communiqué de presse émis le 11 décembre, la mairesse prend la peine de préciser qu’elle a eu une rencontre avec le DG après son élection pour discuter des postes qui pouvaient être remaniés. Toutefois, elle omet de faire mention de celle qui a eu lieu le mercredi avant l’élection municipale où, selon les dires même du DG, une entente est intervenue et où son contrat d’emploi a alors pris un tout autre sens [NDLR La mairesse Josée Néron a confirmé lundi soir au Quotidien la tenue de cette rencontre]. « Moi, je suis sauvé ! », m’a-t-il mentionné à plusieurs reprises tout en commençant à agir soudainement à mon égard comme un véritable homme de main. Cette rencontre, en pleine période électorale est loin d’être anodine, respecte-t-elle la loi, l’éthique, la transparence, la démocratie ?

Est-ce que je devais cesser d’exister le 5 novembre dernier en raison de l’élection de Mme Néron ? 

La réponse est toute simple : NON, je suis, comme plusieurs, un fonctionnaire municipal apolitique. Oui j’avais des discussions, des rencontres avec des élus comme tous les autres fonctionnaires, mais cela ne fait pas de moi un employé politique. C’est d’un ridicule consommé ! J’ai toujours fait mon travail avec rigueur et compétence, je n’ai pas fait de politique partisane pendant mon emploi. Je suis également un professionnel qui est membre du Barreau du Québec depuis 26 ans, j’ai un code de déontologie qui m’oblige à être intègre et honnête. 

Ce que je trouve pour le moins étrange, c’est qu’on me demande de justifier une décision que je n’ai pas prise et que je considère complètement irrationnelle et indéfendable !

Ce n’est pas à moi de répondre, ni d’expliquer comment se fait-il que l’on me donne plus de 520 000 $ brut de fonds publics pour m’arrêter de travailler alors que moi je souhaitais uniquement continuer à exécuter mon travail de manière professionnelle. 

Depuis la mi-novembre, on a passé toutes sortes de messages à mon égard. On a menacé d’abolir mon poste à plusieurs reprises, ma présence n’était plus souhaitée. 

Quand tu veux te débarrasser de ton chien, tu dis qu’il a la rage !

On a résilié unilatéralement mon contrat. On m’a carrément congédié, et ce, tout à fait arbitrairement. Le DG m’a mentionné, en fin de journée le jeudi 7 décembre, que le conseil avait aboli mon poste lors d’une réunion tenue plus tôt le même jour. J’ai dû me résigner, je ne me voyais pas entreprendre des procédures judiciaires interminables contre un employeur qui a des moyens financiers illimités. Je n’avais plus d’alternative. Le cirque avait assez duré…

On aurait pu me rencontrer, me donner le droit de parole, on aurait pu être démocratique.

Enfin, je n’ai pas pu souhaiter mes félicitations à Mme Néron pour son élection, je ne l’ai jamais rencontrée ! Alors, félicitations Mme la mairesse…

Me Louis Coulombe

Ex-directeur exécutif 

Ville de Saguenay