Lettre d’une mère à notre système

OPINION / Je suis une mère monoparentale de cinq enfants. Je considère que mon rôle de mère est de transmettre mes valeurs afin que tu sois fier de moi, que mes enfants deviennent de bons citoyens malgré l’image d’un père manquant. Je tiens à te remercier pour toutes les ressources existantes qui m’ont permis de survivre.

Je ne peux te blâmer. Chaque être humain a participé à faire de moi ce que je suis. J’étais liée, dès ma naissance, à une force naturelle qu’on appelle Dieu. On peut l’appeler comme on veut. À force d’échecs et de souffrances, je m’en suis éloignée et pris conscience de ma vie. Je me donne le droit d’avoir commis des erreurs pour parvenir à progresser et évoluer. C’est la vie qui veut ça puisque l’enfant naît absent de tout péché. Je me suis enivrée du système. Je resterai toujours ignorante des lois et des biens matériels si facilement accessibles pour d’autres.

Je me sens condamnée à vivre sans conjoint. Quel homme voudrait subvenir aux besoins de cinq enfants qui ne sont même pas les siens ? Je crois qu’un changement est maintenant nécessaire pour que je parvienne à une certaine tranquillité d’esprit. Afin que je sois fière d’être mère, que ce rôle soit reconnu dans toute son importance.

Les grands hommes et les grandes femmes de notre époque n’ont-ils pas tous reçu l’éducation d’une mère ? Lorsque j’avais 25 ans, si on m’avait dit qu’être mère signifiait toutes ces souffrances et cette non-reconnaissance en plus de n’avoir aucun avantage social, aurais-je choisi d’en faire un métier ? Mille métiers dis-je : psychologue, femme de ménage, servante, éducatrice, couturière, infirmière, enseignante et j’en passe ! Pourtant, si j’exploitais tous ces métiers à l’extérieur de mon foyer, je serais riche et reconnue ! Dans quel monde vivons-nous donc ? Est-ce cela l’image de mère véhiculée par la société et celle que voient mes enfants ?

Dire que nous nous questionnons sur la baisse du taux de natalité ! De plus en plus de mères prestataires de l’assistance-emploi, de moins en moins de pension alimentaire et toujours pas de solution pour l’avenir. Je suis retournée aux études 34 heures/semaine et je travaillais 25 heures/semaine. C’est vrai qu’il y avait des ressources pour m’aider. Mais pendant ces longues heures, qui surveillait mes enfants ? Qui les sécurisait, les consolait ? Qui partageait leurs goûts, leurs joies, leurs peines ? Qui leur apportait chaleur, amour et affection ? Personne n’a pu me remplacer au quotidien ! Je suis leur soutien physique et moral, et ce, jusqu’à ce qu’ils soient devenus des adultes. Je me lève aujourd’hui pour qu’au moment où je rendrai l’âme, j’aie le sentiment d’avoir tout fait pour mes enfants, le sentiment d’avoir gardé mon intégrité face à mes valeurs et surtout, pour ne pas avoir à dire : j’aurais dû !

Mon engagement face à l’éducation de mes enfants est ma vérité. Dans un système où on confond femme-mère, je veux reprendre ma place de femme. Celle que je suis devenue évidemment avec tout mon cheminement et non celle que j’étais avant de devenir mère. J’ai mûri et je suis de plus en plus déçue. Mais pas amère. Je suis fière d’être mère au foyer et je crois encore qu’il y a des gens que mon témoignage touchera et qui auront le pouvoir de changer les choses. 

Je ne suis pas une reine ni une grande personnalité, mais j’ai une conscience de mère et des valeurs inestimables dans ma demeure. Elles ne se voient pas à l’œil nu, mais avec le cœur. Être à l’écoute des autres peut éviter bien des maux et j’ai encore des choses à te dire.

Ma situation de mère au foyer a bien peu de possibilités d’amélioration. Même si j’ai choisi ce métier, que je considère comme le plus beau métier du monde, tu me fais comprendre que mes seules chances d’avoir une vie décente sont de quitter ce travail que j’aime pour un plus lucratif, à l’extérieur du foyer. Qu’il est impossible pour moi d’avoir les mêmes avantages qu’une femme qui travaille à l’extérieur malgré ma participation à l’avenir de notre société. Que l’âme humaine, que la personne et ses valeurs sont écartées au détriment du profit ! Tant que la reconnaissance de mon rôle de mère ne sera pas faite, je ne me situe même pas au niveau de la bête puisque pour celle-ci, les gouvernements dépensent des millions de dollars afin de la sauvegarder.

Même si on dit que l’enfantement est un don de Dieu, c’est tout de même nous, les femmes, qui faisons le choix de devenir mères. C’est un engagement de soi si on tient compte de tous les moyens de contraception disponibles ! Le seul don de Dieu est l’amour qui permet de rendre ce rôle de mère si merveilleux ! Si on part du principe qu’on récolte ce que l’on sème, qu’est-ce que l’avenir nous réserve ? On se dirige tout droit vers un suicide collectif du rôle de mère. À quoi ça sert d’être mère pour faire élever nos enfants par les autres, c’est vraiment une belle récolte ! 

Le chemin que parcourent les pères et les mères est l’équilibre nécessaire à faire des enfants d’aujourd’hui des adultes responsables demain. Nous sommes un peuple riche matériellement, mais combien démunis face aux valeurs qui dirigent nos vies. Ce sont mes enfants qui dans 20 ans reconnaîtront la contribution de toute une vie et de toute mon âme à faire d’eux ce qu’ils sont devenus. J’ai besoin de me rendre visible en tant que mère afin que toutes les mères aient la reconnaissance qui leur est due. À travail égal salaire égal. Notre rôle est essentiel dans cette société où prime la performance. Que ceux qui m’approuvent m’appuient afin d’éviter l’extinction de ma race mère et père tout à la fois, de 5 enfants de 12 à 19 ans tous avec moi.

Miriane Martel

Jonquière