Lettre à Rio Tinto

OPINION / Mme Megan Clark, membre du CA de Rio Tinto, présidente du comité de développement durable, en lien avec votre visite du 17 septembre 2019 des installations de Rio Tinto au Saguenay-Lac-Saint-Jean, je porte à votre attention les préoccupations du Comité de citoyens pour un Vaudreuil durable (CVD) concernant les impacts du projet d’expansion du site de disposition des résidus de bauxite (SDRB) de l’usine Vaudreuil. Dans une perspective de développement durable, le CVD vise à protéger les emplois, mais aussi la population et l’environnement, en assurant la pérennité de la zone verte au cœur de Saguenay. Rio Tinto et même la municipalité semblent mettre sous le radar ces préoccupations.

La phase 2 du site de disposition de résidus de bauxite est localisée dans le boisé Panoramique et nécessitera la coupe de 50 000 arbres matures. Lors des audiences du BAPE (2011) sur le projet de construction de l’usine AP50 de Jonquière, cette forêt a été reconnue comme zone tampon assurant la sécurité de la population par rapport au Complexe Jonquière eu égard aux vents dominants.

Le choix de ce site a été contesté lors de la consultation publique initiée par Rio Tinto en 2015. 

Dans le rapport de cette consultation, M. André Delisle, commissaire indépendant, afin d’atteindre l’acceptabilité sociale, recommande que la compagnie recherche, pour la phase 2 du projet, un site alternatif qui assurerait la sécurité de la population. 

Tous ces arbres coupés au cœur de la ville sont autant de puits de carbone perdus, favorisant le réchauffement planétaire. 

Pourtant, Saguenay est, depuis le 4 mars 2019, membre des Partenaires pour la protection du climat (PPC) de la Fédération canadienne des municipalités (FCM). 

La municipalité s’est ainsi engagée à des transitions rapides et de grande envergure dans le domaine de l’aménagement du territoire, de l’urbanisme, de l’industrie et des déchets. Qu’en est-il des résidus de bauxite ?

Certes, la compagnie a tous les certificats d’autorisation pour procéder, mais ceux-ci contiennent des questionnements par rapport aux tremblements de terre, déluges et glissements de terrain en lien avec la localisation du SDRB. 

Le ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MDDELCC) exige des suivis techniques à ces égards. Tous ces phénomènes naturels, on les a vécus intensément à Saguenay : en 1971 (Saint-Jean-Vianney), en 1988 (tremblement de terre) et en 1996 (déluge). 

Ce projet modifie la topographie d’un secteur en plein cœur de la ville, où il y a une dénivellation importante vers la rivière Saguenay. 

On y retrouve une forêt mature, des milieux humides, des ruisseaux, de grandes coulées et des zones de tourbières ; qui plus est, de 15 000 à 20 000 personnes habitent les terrains avoisinant ce site. 

La construction de digues de 15 à 22 mètres de haut, un bassin de collecte des eaux rouges à moins de 150 mètres des résidences, la toxicité potentielle des poussières des boues rouges asséchées au cœur de la ville sont autant d’éléments qui inquiètent la population. Selon le principe de précaution maintenant enchâssé dans la loi sur le développement durable, on peut s’attendre à ce que Rio Tinto ait un plan B pour le SDRB. La bauxite provient de la Guinée et du Brésil. Il faut parcourir plus de 10 000 kilomètres par camion, par bateau et par train avant qu’elle ne parvienne à l’usine Vaudreuil. 

Il n’est pas utopique de faire quelques kilomètres de plus pour que les résidus de bauxite soient entreposés en périphérie de la ville.

L’utilisation du boisé Panoramique est la solution facile et la moins onéreuse pour la compagnie, mais la plus honteuse pour les 20 000 citoyens vivant tout autour.

Considérant toutes ces préoccupations, en tant que présidente du comité de développement durable de Rio Tinto, pouvez-vous envisager de laisser à jamais, au cœur de Saguenay, une montagne de 30 mètres de haut de résidus de bauxite ?

Plus de profits pour Rio Tinto ou un environnement sécuritaire pour la communauté et les générations futures ? Le dilemme est entre les mains de Rio Tinto.

Jean-Yves Langevin, administrateur

Comité de citoyens pour un Vaudreuil Durable

Chicoutimi