«Mon père m’a appris à être humble, à respecter autrui et à ne pas juger», explique Alexandre Huet dans sa lettre.

Lettre à mon père

OPINION / Le 20 décembre 2018, 11 h 37, mon père est décédé à l’âge de 62 ans. Il est décédé suite d’un affreux lymphome qui s’était logé dans son cerveau. Du jour de l’annonce du diagnostic à sa dernière minute, deux mois se sont écoulés. Deux mois qui semblaient une éternité. Deux mois d’anxiété constante. Deux mois où j’ai vu l’état de mon père se détériorer.

Mon père, c’était un géant de 6 pieds 6 au coeur d’or. C’est l’exemple même du sacrifice de soi pour le bien de l’autre. Pendant plus de 35 ans de sa vie par son travail d’orthésiste-prothésiste, dont 19 au centre La Ressource, il a permis à des milliers de personnes à marcher de nouveau. Soit en fabriquant une nouvelle jambe, un nouveau bras ou un nouveau corset, il a réussit à façonner à sa façon l’espoir pour des milliers de gens. Le bien-être de l’être humain a toujours été au coeur de sa vie. Dans son travail, dans sa vie de tous les jours, il disait toujours « bonjour » ou « merci » à toutes les personnes peu importe leur religion, la couleur de leur peau, leur statut social. Des petits gestes anodins qui, pourtant, ont une telle portée. 

Chaque jour par son approche, il amenait un peu de bonheur partout où il passait même lorsqu’il était alité à l’hôpital. Ses collègues, ses patients ainsi que les préposés qui l’ont accompagné peuvent en témoigner. Il avait toujours ce sourire contagieux accroché à son visage. Fondamentalement, il savait qu’un sourire est gratuit et que chaque personne peut en ressentir la portée. Il a toujours été d’une profonde humilité, ne voulait pas déranger. Même lorsqu’il était hospitalisé. Il mentait au neurologue quant à sa condition pour éviter qu’il s’inquiète ou tout simplement pour retourner le plus rapidement à notre maison familiale construite sur les rives de la rivière des Outaouais, son petit hâvre de paix. 

Le deuil fait partie de la vie humaine. Chaque humain devra passer par cette inévitable étape. C’est un rite de passage obligé. C’est une façon de nous rappeler que la vie est fragile, qu’en un seul moment, tout peut basculer. 

Mon père m’a appris à être humble, à respecter autrui et à ne pas juger. Il m’a inculqué ces profondes valeurs humanistes que nous retrouvons en chacun de nous. Nous terminions toujours nos rencontres avec un « je t’aime papa » et lui de rétorquer avec sa voix bien portante : « Moi aussi !».

La dernière fois que je l’ai vu conscient et vivant, je l’avais laissé dans sa grosse chaise au centre d’oncologie à l’hôpital de Gatineau. Je devais repartir pour Montréal ce matin-là. Il venait à peine de commencer ses traitements de chimiothérapie. Il était faible, mais  toujours son fameux sourire accroché à son visage émacié, ravages du cancer, il m’a dit : « Bonne route. Je t’aime ». Je n’ai pas hésité, je lui ai répondu : « On se voit bientôt, passes à travers cette semaine, je t’aime aussi. » C’était la dernière fois que je le voyais conscient. 

Quel privilège d’avoir pu le côtoyer pendant toutes ces années. 

Vers la fin aux soins intensifs, où il venait de subir un arrêt cardiaque,  j’ai pris sa main de géant et je lui ai dit : «Je t’aime papa, tu peux partir maintenant ». Cette fois-ci cependant, il ne m’a pas répondu : «Moi aussi». 

L'auteur est Alexandre Huet, Montréal.