Lettre à la rectrice de l'UQAC

OPINION / Madame la rectrice, Bien que je n’ai pas eu de documents à consulter et que je n’ai pas pu assister aux séances de consultation offertes pour prendre le pouls de la communauté universitaire, il m’est apparu impératif de vous communiquer mes sentiments, mes inquiétudes et mes espérances quant à la direction à donner à notre université. Bien des choses seraient à dire et j’ose espérer que cette consultation de la communauté universitaire sera fructueuse et qu’elle vous permettra de faire des choix éclairés pour l’avenir de notre institution.

Quant à moi, ce qui me presse de vous écrire concerne le traitement et l’attention que nous accordons aux étudiants internationaux. Je vous parlerai aussi des stages à l’international qui ouvrent nos jeunes au monde. Je vous exprimerai en quoi je trouve ces sujets primordiaux pour l’avenir de notre institution et de notre région. 

Dernièrement, le gouvernement du Québec a voulu mettre en place une consultation publique sur le racisme systémique. Mais l’opinion populaire défavorable à cette initiative a réussi à vider l’exercice de son contenu. L’expression « racisme systémique » ne passait pas. Les mots ont eu raison des maux qui, eux, sont bien tangibles, et ils affectent de façon bien réelle les étudiants internationaux, notamment les minorités visibles et ceux dont les noms sont de consonance arabe. 

Lors d’une conférence organisée en novembre dernier par les étudiants internationaux de l’UQAC, dans le cadre du Festival des cultures, j’ai pu entendre des témoignages qui confirmaient le manque de ressources dédiées à la gestion et au suivi des dossiers de ces étudiants en ce qui concerne, entre autres, le placement et les stages en milieux de travail ainsi que l’accompagnement nécessaire pour leur insertion socioprofessionnelle. 

Depuis quelques années, j’ai la chance de fréquenter la communauté issue de l’immigration en région. J’ai eu les témoignages de plusieurs étudiants qui, malgré leurs notes plus qu’acceptables, ont éprouvé d’énormes difficultés pour se trouver un stage professionnel dans la région. Ils doivent souvent se contenter d’un milieu de stage éloigné de leur champ de compétence. Alors qu’en est-il de leurs chances de se trouver un emploi en région ? Ces problèmes me donnent à penser que l’encadrement et le soutien à ces étudiants sont déficients. Et que bien que des personnes très éclairées à ce sujet soient présentes dans les murs de l’université, il semblerait que ces ressources ne soient pas consultées comme il se devrait. 

Le côté monolithique de la population régionale — mais aussi celui du corps professoral et des employés de l’UQAC — est certainement contre-productif à l’intégration des immigrants et des étudiants internationaux. 

Il serait vain de vouloir changer la culture de la société d’accueil. Cependant, une sensibilisation pourrait être faite pour améliorer les choses. Comprenez bien ici que je ne cherche pas des coupables. Je veux simplement qu’on examine la situation en tenant compte de tous les aspects de la problématique. 

Pour ce qui est des étudiants internationaux, je me demande à quel point on les arme pour qu’ils puissent comprendre la culture de la population locale. Il serait certainement bon de revisiter nos pratiques en se sens. Pour les Québécois de souche, il devrait y avoir un examen plus approfondi de la perception qu’ils ont d’eux-mêmes en tant que groupe et leurs aptitudes à intégrer la diversité culturelle. 

Les étudiants internationaux apportent beaucoup d’argent à notre université. Grâce à eux, l’institution peut garder des programmes actifs et peut espérer prospérer en ouvrant d’autres programmes. Mais il serait bête de ne voir que la manne que représentent ces étudiants en termes de capitaux. La région a besoin de main-d’œuvre et de citoyens impliqués qui peuvent apporter un vent de fraîcheur à notre communauté vieillissante.

La diversité culturelle représente un apport positif au bassin de travailleurs de la région et elle peut s’avérer un moteur de diversification économique. La mondialisation n’est pas un phénomène qui risque de s’estomper dans un avenir proche. Les immigrants continuent à développer des liens importants avec leurs familles, leurs amis et leurs sociétés d’origine. Le potentiel de liens d’affaire entre notre région et des pays en plein développement où la moyenne d’âge est de 18 ans et que la croissance du PIB oscille entre 4 % et 7 % est bien réel. 

C’est à notre institution que revient le rôle de leadership pour développer le potentiel que représentent les étudiants internationaux. Notre région mérite mieux que de survivre. Et les étudiants internationaux doivent être pris en considération dans l’équation. C’est à notre université à prendre les choses en main. 

Ah oui… je m’étais engagé à vous parler de stages à l’international. Je serai bref. Les grands gagnants de ces stages ne sont pas les pays hôtes. C’est la région qui retrouve ses enfants avec des esprits plus ouverts, plus perméables aux nouvelles idées et à la diversité culturelle. Ces jeunes ne nous reviennent pas culturellement moins Québécois. Ils nous reviennent en version améliorée, plus conscients de leurs forces et mieux armés pour affronter leurs faiblesses et leurs limites. Alors, par la présente, je vous implore de regarder ça avec sérieux. 

Bien à vous, 

Luc Lévesque, 

étudiant, Chicoutimi