Les sophistes sont minoritaires

Carrefour des lecteurs
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Le Quotidien
OPINION / Une chance, mais qu’à cela ne tienne. Pour les «savants» dénigreurs des mesures anti-COVID, voire de l’existence même d’une pandémie à l’échelle mondiale, rien n’est à leur épreuve pour tenter de convaincre d’un complot, d’une méga-arnaque, d’une attaque maléfique d’extraterrestres.

Lors d’une manifestation, deux hurluberlus se croyant tout permis ont même poussé l’audace d’une grossièreté sans nom jusqu’à forcer une journaliste masquée, accomplissant son travail, à se faire photographier avec eux. Une agression purement et simplement.

Invitant une seconde fois en deux semaines dans les pages du journal Le Quotidien de Saguenay au relativisme de bon aloi, le Nazairois Martin Belley en a remis une couche, mardi dernier, pour défendre la vérité des relativiseurs avec un texte farci de sophismes.

Notamment celui d’une prétendue montée spectaculaire de la mortalité en CHSLD au Québec par la COVID. Si je saisis bien ses propos, un gros mensonge des autorités compétentes pour faire peur aux aînés, les forçant ainsi à un confinement rigoureux qui les prive de la joie de vivre.

Pourtant, la plus élémentaire des questions à se poser pour valider la hausse anormale de mortalité chez les aînés avancée par la direction de la Santé publique consiste à comparer le nombre de décès en dernière maison, toutes vocations confondues. Soit utiliser les données, par exemple, de 2015 à 2019 inclusivement, pour les mois de mars, avril et mai, et les comparer avec celles de 2020 auraient immédiatement démontré, j’en ai la certitude, que quelque chose hors de l’ordinaire s’était produit au pays des obéissants et dociles citoyens que nous sommes, les Québécois.

Que lorsqu’après la Chine, l’Europe n’a pas eu le choix de réagir à ce qui est devenu une pandémie à la suite de l’hécatombe énorme ayant forcé toute l’Italie au confinement, ici, au Québec, les décideurs ne pouvaient demeurer les bras croisés à relativiser devant l’ampleur de l’épidémie dans l’État de New York.

Suivre un tant soit peu les points de presse des autorités médicales et politiques, les avis même partagés des experts: infectiologues, urgentologues, épidémiologistes, etc. ont convaincu l’immense majorité des Québécois de la nécessité de faire confiance à la vraie science. Laquelle, soit dit en passant, n’a jamais prétendu à la certitude: une faculté revendiquée par les experts autoproclamés de tout acabit.

Les écrits pouvant être controversés dans des médias sérieux par éditoriaux, chroniques et nouvelles interposés, bref, la couverture objective et honnête d’un quatrième pouvoir résilient sur la pandémie ici comme ailleurs au Canada et dans le monde me furent d’une aide précieuse.

J’ai pu alors mesurer l’ampleur de la catastrophe et les moyens à prendre, souvent modifiés, cela va de soi, au fur et à mesure de l’évolution de l’épidémie. Même s’ils furent parfois controversés et mal expliqués, j’en conviens, je me suis soumis aux «dictats» des autorités compétentes. D’autant qu’à leur défense, une pandémie amalgamée à une mondialisation sans précédent est loin d’être une sinécure à gérer.

Ce n’est pas parce qu’on n’a pas imposé le masque dès le début de la pandémie, ici comme ailleurs en Europe, pour plein de raisons (réserves manquantes, désaccords chez les scientifiques, culture différente de l’Asie, rationalisation pour le personnel hospitalier, etc.) et que maintenant on s’y résout que le masque n’est pas pertinent.

Il faut vraiment avoir vécu en bulle dans son monde pour ne pas avoir été témoin de ce qui s’est passé aux pires moments de l’épidémie: érection d’hôpitaux de fortune, soins intensifs débordants, manque de respirateurs, manque de personnel soignant, soignants épuisés, infectés, et j’en passe. Est-ce que tout cela ne fut, en fait, qu’un cauchemar chez la très très grande majorité des Québécois supposément muselés par un masque?

Les anti-masques, les négationnistes de la pandémie, les soudainement épris de liberté déjantée, de dénonciation antidictatoriale, est-ce que vous vous rendez compte que votre liberté déjà restreinte par les barrières sanitaires n’en sera qu’encore plus restreinte, comme la mienne aussi, si vous poursuivez aveuglément dans la voie du refus de reconnaître la réalité? Et que l’inconscience, l’irresponsabilité et la désobéissance civile qui caractérisent votre individualisme dévoyé vont nuire à la société tout entière?

Essayez donc de comprendre que votre liberté tant chérie ne peut que se limiter à celle que l’on accepte collectivement de partager.

Marcel Lapointe

Jonquière