Les politiciens dorment au gaz

OPINION / On apprenait récemment que le gouvernement fédéral donnerait une subvention de 7,5 millions $ pour une étude pour un lien ferroviaire de 1,5 milliard $ pour permettre les échanges des biens et services de l’Ouest canadien vers les marchés internationaux. Essentiellement, le lien proposé par QcRail servirait à l’exportation du blé jusqu’au port de Baie-Comeau.

On sait qu’actuellement, le blé de l’Ouest doit d’abord passer par bateaux plus petits « style grand lacs » avant d’être transbordé dans de plus gros navires pour ensuite être livré sur les marchés internationaux. En fin de compte, c’est de cela qu’il est question : permettre à une multinationale déjà installée à Baie-Comeau de sauver quelques millions en frais de rupture de charge. Ainsi, le gouvernement fédéral met le pied dans un engrenage de 1500 millions de dollars alors qu’au Saguenay, la solution existe déjà. Je me pose actuellement des questions sur la pertinence de ce projet. Est-ce quelque chose de viable ou seulement de la poudre aux yeux électorale ?

Dans les années 1980, nos deux députés au pouvoir de Chicoutimi aux Communes, Marcel Dionne et André Harvey, regardaient la possibilité de faire transiter le blé de l’Ouest via le port de Grande-Anse par les lignes de chemin de fer qui existent déjà.

Cela s’avérerait beaucoup moins cher pour le gouvernement puisqu’il faudrait seulement rénover le chemin de fer existant. Il suffirait d’ajouter un nouveau tronçon de moins de 60 kilomètres en Haute-Mauricie pour se connecter directement avec le chemin de fer menant au nord de l’Ontario et vers les Prairies. Il faudrait aussi rénover le chemin de fer existant pour aller directement à Grande-Anse. J’avais moi-même regardé cette possibilité lorsque j’étais président de la Commission des régions du Parti libéral du Canada. Mes recherches avaient abouti, à l’époque, sur la plateforme électorale de développement régional pour l’est du Canada, lors de l’élection de 2008.

Pour ce qui est des conditions économiques d’aujourd’hui, plus favorables que jamais pour la région, et en tenant compte du projet de GNL Québec, on va ouvrir un couloir de développement économique qui deviendra une autoroute de développement régional sans précédent.

Pour la région, il serait alors possible d’en profiter pour compléter le réseau ferroviaire existant (60 km à peine), ce qui permettrait de rendre le port de Grande-Anse accessible aux provinces des prairies à un coût très inférieur à celui du projet pharaonique présenté par QcRail.

Construire le tronçon de chemin de fer manquant en même temps que le pipeline de GNL vers la région diminuerait encore plus les coûts.

Et si on poussait plus loin le raisonnement, il serait aussi possible de construire un oléoduc pour acheminer le pétrole de l’Ouest vers la région et ainsi permettre à l’Alberta, notre partenaire de péréquation, qui nous donne autour de 14 milliards de dollars par année, de pouvoir garantir le développement économique de tout le pays.

Je verrais très bien ce couloir de développement comprenant un gazoduc, un oléoduc et un chemin de fer devenir une véritable autoroute de développement économique, ce qui pousserait le Québec au complet vers la prospérité.

Le problème : je soupçonne nos politiciens du Saguenay de ne pas vouloir exploiter au maximum le potentiel de développement de la région et de se contenter de GNL et de BlackRock. Or, si on réclame le minimum à nos gouvernements, on va recevoir moins que le minimum.

Marc Pettersen

Conseiller municipal

Saguenay