Les oubliés du Lab-École

OPINIONS / C’est connu, Saguenay aura son Lab-École. On ne peut qu’être fier d’avoir été choisi pour ce projet initié par Pierre Lavoie, Pierre Thibault et Ricardo Larrivé.

L’école Antoine-de-Saint-Exupéry est une école dynamique, au personnel dévoué et qui tient à bout de bras un projet éducatif formidable. Ce n’est que le juste retour des choses qu’on offre un cadre de grande qualité à ces gens qui ont à cœur l’avenir de nos enfants et de la communauté.

Les Lab-Écoles se fixent autour de trois axes : la saine alimentation, des lieux adaptés aux besoins et des saines habitudes de vie par l’activité physique. Je m’attarderai spécialement sur ce troisième point.

L’école nouveau genre sera construite sur le site de l’actuelle école Marguerite d’Youville. La raison évoquée pour ce choix est le transport actif des enfants, la proximité du boulevard de l’Université étant jugé (à juste titre) dangereux pour le transit des élèves. Cet effort est louable, mais à mon avis il rate sa cible. 

Les élèves qui demeurent dans le quadrilatère immédiat de l’école vont pour la plupart à l’école l’Horizon et ont déjà accès au transport actif vu la faible distance entre leur maison et l’école. Pas d’amélioration, donc, de ce côté. Par contre, les élèves qui viennent des blocs Smiths, ces gros HLM près des ponts, ceux qui habitent le long de la rue Sainte-Anne et au centre-ville, eux, comment voyageront-ils ? 

L’état actuel des choses est déjà déplorable en la matière. Les élèves sont déjà dans le rayon de distance pour voyager à l’école à pieds, mais ils devraient traverser successivement la rue Racine, Jacques-Cartier et Price pour lesquels il n’y a aucun feu piéton ni brigadier malgré la circulation dense. Lorsque les parents demandent à l’école le service de transport, l’école (ou la commission scolaire, que sais-je ?) facture 300 $ par élève vu qu’il devrait marcher (ce qui est impossible à faire de façon sécuritaire pour un enfant de 6 ans seul dans ce secteur) et que l’autobus est un « luxe ». Une grande pression financière pour les foyers vulnérables, une obligation d’utiliser la voiture chaque matin pour d’autres.

Quand j’ai soulevé ce point à la rencontre d’information sur les Lab-Écoles, une représentante de la commission scolaire m’a parlé d’organiser un transport « qui ne laisserait pas les élèves directement devant la porte ». C’était évidemment une solution improvisée à la va-vite pour un questionnement que personne n’a eu. Pierre Lavoie, d’ailleurs, avait souligné qu’il désirerait que tous les élèves qui demeurent à moins de 1,6 km marchent pour aller à l’école, mais que les infrastructures nécessaires étaient du ressort de la ville. 

Maintenant, que fera la municipalité ? Laisser une école de 15 M$ rater sa cible ? Car disons-le, ce sont les jeunes les plus défavorisés qui profiteront le plus de la nouvelle école et du transport actif. Ceux-là mêmes dont les parents n’ont pas les moyens de les inscrire au soccer ou au hockey et non ceux qui vivent dans les environs immédiats de la nouvelle construction, dans un quartier plus aisé, à côté du parc et de la piscine. 

Des infrastructures piétonnes et cyclables de qualité profiteraient non seulement à ces élèves, mais aussi à toute la population. Traverser les rues du centre-ville est un vrai parcours du combattant. Le vieillissement de la population n’aidera pas à améliorer le bilan des collisions véhicule/piéton et à notre époque où le changement climatique est sur toutes les lèvres, le transport actif doit s’imposer comme solution, pas seulement comme un phénomène marginal qui serait le propre de deux ou trois « enverdeurs » endurcis. Mais encore faut-il que le citoyen lambda puisse s’aventurer à vélo sans craindre d’être écrasé. Aussi, avec l’augmentation des taxes municipales qui fait rager tout le monde, réduire la vitesse de la détérioration du pavé en diminuant le nombre de voitures sur les routes devrait sérieusement être envisagé.

Avec l’aménagement d’un nouveau stationnement juste devant l’édifice de la commission scolaire, la ville continue dans le « tout à l’auto ». L’autogare sera rénovée à grands frais et pendant que des acteurs qui souhaitent que nos jeunes aient une vie plus riche et bougent plus, nous avons le devoir de leur offrir mieux qu’un bus jaune pour parcourir une courte distance parce que la ville a privilégié la place des voitures au détriment de celle des humains.

Olivier Larocque

Chicoutimi