Les leçons de la fermeture du Pont Dubuc

La fermeture du pont Dubuc durant près de trois semaines a été pour les gens de Saguenay l'événement le plus marquant depuis le déluge. C'est donc cet événement qui a retenu l'attention de l'équipe du MTC (Mouvement des travailleurs chrétiens) de Jonquière, à leur première réunion de l'année et qui en ont fait l'analyse selon la méthode du voir, juger et agir typique à ce mouvement.
Causes et conséquences
Les faits sont bien connus : un incendie accidentel a provoqué la fermeture du pont, ce qui a eu pour conséquence de séparer l'arrondissement de Chicoutimi avec comme seul recours le pont Sainte-Anne et celui de Shipshaw, ne laissant comme choix que la marche à pied à -30 ou un détour de 1 h 30 en auto. Passons sous silence tous les commentaires, parfois en termes très liturgiques, qu'ont suscités tous ces inconvénients, pour ne voir que la façon positive dont les gens de Saguenay ont fait preuve.
Quelques constatations
Selon notre analyse, on constate que les utilisateurs du pont Dubuc se sont divisés en deux catégories. Ceux qui ont choisi de traverser le pont Sainte-Anne par la marche et l'utilisation des navettes et ceux qui ont choisi l'automobile et le détour par Shipshaw.
Étonnamment, les marcheurs sur le pont ont fait contre mauvaise fortune bon coeur, et ce, malgré le froid intense. On pouvait voir des sourires et plusieurs ont dit avoir apprécié ce moment particulier de la traversée du pont avec le voisinage. De plus, les gens se sont organisés et entraidés, comme si, en situation de crise, la bonté et le gros bon sens typique aux habitants du Saguenay prenaient le dessus.
D'autre part, on remarque que ceux qui ont persisté à prendre l'automobile ont trouvé l'expérience difficile, voire même exécrable. Devant cet état de fait, on peut constater que l'utilisation de l'automobile nous rend souvent impatients et intolérants. D'ailleurs, les résidents de Shipshaw se sont plaints du manque de courtoisie des automobilistes à leurs égards. C'est bien connu, en prenant le volant, on passe tous un peu de docteur Jekill à Mister Hydes. De plus, cette tragédie nous fait prendre conscience de notre dépendance à l'automobile et à la fragilité liée aux infrastructures comme les routes, les ponts, les aires de stationnement et les coûts engendrés par toute cette économie qui tourne autour du travail et qui nous oblige à nous déplacer chaque jour.
Regard de foi
Finalement, fidèle à notre pratique, on refait l'analyse avec un regard orienté par notre foi. Les textes évangéliques suivants : Le bon samaritain ? Les béatitudes ? La samaritaine ? Non ils ne collent pas avec cette réalité. Comment définir le courage, l'entraide, le partage et la solidarité manifestés sur le Pont Sainte-Anne ou les gens firent route ensemble ? C'est alors que nos yeux et nos coeurs s'ouvrirent à l'image des disciples d'Emmaüs (Évangile de Luc 24, 20-35). Jésus lui-même était sur la route avec les personnes à travers tous ces gestes d'accueil, d'entraide, de partage et de solidarité qui se sont manifestés à travers ceux et celles qui ont vécus cette épreuve, somme toute assez sereinement, mais...n ous ne l'avons pas reconnu.
Dans une société où les signes religieux provoquent tant de débats, les valeurs inspirées par le message de l'Évangile passent souvent inaperçues. Finalement, on constate que ces valeurs reçues de notre héritage chrétien, qui furent vécues collectivement tout en traversant le Pont Sainte-Anne, ont encore leur place et sont plus fortes et efficaces qu'un maire en prière.
Alain Fradette,
Pour l'équipe MTC de Jonquière.