Les impacts de l’aide sociale

Elle est aussi appelée aide de dernier recours, une ultime bouée de dignité humaine afin de pouvoir simplement… survivre. Dans un mode de vie qui est non désiré et où l’on manque de tout, les préjugés et la discrimination, eux, ne manquent pas.

Insidieusement, au-delà du simple fait de régulièrement avoir de la difficulté à joindre les deux bouts, il y a aussi les répercussions sur la santé physique, mentale ainsi que sociale, des personnes devant avoir recours à l’aide sociale. Non ! Le chômage et l’aide sociale ne sont pas des promenades de santé… Bien au contraire !

De prime abord, le fait d’avoir recours à l’aide sociale ou de perdre un emploi a un impact direct sur l’estime et la confiance en soi. L’aspect social est également à considérer. En effet, si une perte d’emploi est relativement acceptée socialement, l’effet est tout autre pour les personnes prestataires d’aide sociale et les chômeurs. La vision négative, les préjugés ainsi que la discrimination qui y sont rattachés peuvent affecter considérablement l’estime de soi de la personne. Il s’agit ici d’une atteinte directe à la dignité et à l’honneur des personnes. L’humain est ainsi fait !

L’opinion, réelle ou perçue, que les autres ont de nous, forge inconsciemment l’opinion et l’estime que l’on a de nous-mêmes. Autrement dit, forge notre estime ou notre amour propre ! De là, dépendamment d’une multitude de facteurs, dont la qualité du milieu de vie et le style parental utilisé dans la jeunesse d’une personne, nous aurons plus ou moins confiance en nous.

En ce qui a trait à l’aide sociale et au chômage, l’opinion populaire véhiculée est si négative que les prestataires peuvent vivre des sentiments néfastes comme la honte, le rejet et le jugement des autres. Plus encore, les préjugés sont renforcés par les instances gouvernementales en infligeant des mesures particulièrement contraignantes quant à l’accès et au maintien des conditions de vie qui, il est nécessaire de le rappeler, sont nettement insuffisantes et gardent les personnes qui y sont dans une extrême pauvreté.

Un bref coup d’œil aux statistiques illustre bien la réalité et l’écart entre l’aide fournie et les besoins réels. En effet, selon les informations du Collectif pour un Québec sans pauvreté datant de 2014, le seuil de la pauvreté s’élève à 1419,25 $ par mois, soit 17 031 $ par année. L’aide globale versée par le gouvernement du Québec est en moyenne de 732 $ par mois ou 8784 $ par année (incluant le remboursement de la TPS). Le message perçu est que lorsqu’on en est réduit à avoir recours à l’aide sociale, on ne vaut pas beaucoup plus que la moitié de ce qu’il considère comme pauvre.

Le constat est brutal, sidérant, lourd de sens. L’estime et la dignité humaine se voient alors considérablement atteintes par ce manque d’égard de la société elle-même et de ses représentants. Une sorte de rejet qui fait mal de par sa nature perverse ; une main d’apparence bienfaitrice et tendue pour mieux écraser, sous le poids de la misère, les êtres asservis à un système aux valeurs incohérentes et moralisatrices. Si la dignité, l’honneur et la réputation sont des droits fondamentaux protégés par la Charte des droits et libertés, article 4, l’estime et la confiance sont des éléments clés, non seulement pour l’obtention d’un futur emploi, mais également pour la qualité de vie en général. Cette dernière ramène une autre notion protégée par la même charte, le droit à l’intégrité (physique et psychologique).

Toutefois, il ne s’agit ici que de la pointe de l’iceberg en ce qui a trait aux répercussions possibles de l’aide sociale.

Anthony Morin

Bachelier en psychologie et candidat à la maîtrise en service social

Sainte-Anne-de-la-Pérade

+ QUEL INTÉRÊT?

Alors que nous vivons un été tout en canicules, La Presse +, sous la plume de sa journaliste Isabelle Hachey, publiait récemment un dossier intitulé Changements climatiques, À quoi ressemblera le Québec de 2050 ? S’appuyant largement sur les données d’Ouranos, un consortium à but non lucratif comptant parmi ses membres les gouvernements fédéraux et provinciaux, la journaliste dressait un sombre portrait de ce qui nous attend dans quelques années. Pas dans un siècle. Demain matin, pour ainsi dire.

Pendant ce temps, notre premier ministre nous annonçait, lui, une campagne électorale. Pour l’occasion, il n’en avait que pour l’économie, en mettant encore une fois l’emphase sur la croissance économique. Tout comme son principal adversaire, par ailleurs. L’un vantait son bilan, l’autre nous promettait toujours plus d’emplois, toujours mieux payés. Pour entrecouper le refrain, et peut-être pour se donner bonne conscience, un mot sur la santé et puis un autre sur l’éducation. « Nos priorités », disent-ils, l’un comme l’autre. Et de l’environnement ? Pas un mot. Sinon pour dire qu’on s’en occupe. Que l’hydroélectricité est pas mal plus propre que le charbon. Que l’on est toujours bien meilleurs que nos voisins. Et autres formules visant à nous déculpabiliser et à rapidement revenir à ce qui fait gagner des votes : des jobs !

On se désolera que la classe médiatique, notre radiodiffuseur public en tête, fasse la belle part à ces « grands » partis – et à leur rhétorique usée. Pendant que la planète se réchauffe et que les scientifiques abordent de plus en plus le thème du « point de non-retour », des joueurs politiques, certes moins performants à la joute électorale, abordent de front ces enjeux fondamentaux. Malgré la dure pertinence de leur discours, ceux-ci ne trouvent malheureusement que peu d’écho dans les médias de masse. Pensons ici au Parti vert ou même à Québec solidaire, qui, malgré un 10 % d’intentions de vote annoncé par les sondages, ne bénéficie pas de la couverture médiatique dont font l’objet les caquistes, les libéraux ou les péquistes de ce monde.

Pendant que l’environnement brille par son absence de l’écran radar politique, ceux et celles qui tentent de le ramener à l’avant-plan semblent être boudés par une classe médiatique complaisante. Vraiment dommage.

Caroline Soucy

Saint-Narcisse