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Les fameux examens du ministère!

OPINION / Ce texte a été rédigé par Nicole Monney et Stéphane Allaire, professeurs au Département des sciences de l’éducation à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC).

Dimanche, le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a annoncé que les examens du ministère étaient annulés en raison de la crise du COVID-19. Les élèves de cette année seront-ils pénalisés par cette situation ? Nous en doutons ! Pour comprendre, il est nécessaire de faire un retour sur le rôle de l’évaluation des apprentissages au quotidien, et plus particulièrement celui des examens du ministère.

Pour plusieurs, l’évaluation rime avec une note en pourcentage qui informe de notre réussite ou non. Cette image bien ancrée socialement vient de notre vécu en tant qu’élève. Combien de notes avons-nous obtenues durant notre cheminement scolaire ? Combien de comparaisons avons-nous faites avec nos frères, nos soeurs et nos amis ? Combien de fois avons-nous été déçus par notre résultat et rabroués par nos parents ? Pourtant, en tant qu’adulte, chacun d’entre nous a fini par trouver son chemin, à se réaliser et à devenir un citoyen à part entière… Pourquoi ? Parce que dans les faits, la note représente une infime partie de tout ce que vous connaissez. Un examen ne pourra jamais être représentatif de tous les apprentissages réalisés sur plusieurs mois dans une classe. C’est pourquoi la Loi sur l’instruction publique donne à l’enseignant le pouvoir d’évaluer ses élèves en utilisant les instruments qui lui conviennent pour exercer son jugement professionnel. En d’autres termes, l’enseignant évalue les élèves au quotidien en interagissant avec eux, en les observant lors des activités de groupe et en réalisant des activités d’apprentissage avec eux. L’évaluation n’est donc pas une fin en soi, mais plutôt l’occasion d’ajuster le tir, d’offrir de l’aide aux élèves, de reprendre une explication, etc. Le but ultime étant de s’assurer que les élèves progressent dans leurs apprentissages. À ce stade-ci de l’année, les enseignants savent déjà quels élèves ont acquis les apprentissages essentiels pour passer l’année et quels élèves auront plus de difficultés. Je m’avancerais même en disant qu’ils savent déjà quels élèves auraient réussi les examens du ministère. En d’autres termes, pour les enseignants, les examens du ministère ne sont pas décisifs sur la réussite de l’année ou pas.

Pour bien comprendre cela, il faut revenir à la fonction initiale des examens du ministère.

Au départ, les examens du ministère servaient à réguler le système éducatif. L’intention était d’avoir des examens communs pour l’ensemble du Québec, lesquels permettaient de s’assurer que tous les élèves avaient accès à une éducation de qualité. En regard des résultats obtenus, il était possible d’orienter les thématiques de formation continue pour les enseignants, d’engager des ressources supplémentaires comme des orthopédagogues et des techniciens en éducation spécialisés, et de revoir les ressources matérielles. Or, la fonction des examens a été détournée pour servir de base de comparaison entre les écoles (palmarès des écoles dans les médias) et pour sanctionner la réussite ou non des élèves. En plaçant les écoles en compétition, on a également remis l’ensemble de la responsabilité de la réussite ou non des élèves sur le dos des enseignants. Cette pression a également eu comme effet de forcer les enseignants à entraîner les élèves à répondre à un examen, le « teach to the test ». Le cas échéant, c’est moins l’apprentissage qui prime que la réussite à l’examen qui, rappelons-le, ne représente qu’une partie infime de l’ensemble des apprentissages réalisés durant l’année scolaire.

Est-ce grave que les examens du ministère soient annulés ? Non, puisque pour l’élève, les examens ne l’auraient pas aidé à progresser. On fera plutôt pleinement confiance au jugement professionnel de l’enseignant. Au passage, c’est aussi une vision progressive de l’apprentissage qu’on encouragera.