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Les étudiants sont des humains

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LETTRE OUVERTE / Après une rentrée d’automne constituée autant de cours en virtuel qu’en présentiel, notre direction a retourné sa veste, et ce, en plein milieu de la session hivernale. Celle-ci a décidé, avec de bonnes intentions de son point de vue pédagogique, de ramener une majorité d’étudiants sur le campus en présentiel. Certains professeurs pratiquant le virtuel ayant indiqué en début de session à leurs élèves que les cours en ligne resteraient en ligne pour le reste de la session, plusieurs étudiants ont été pris au dépourvu par cette annonce.

Par Jérémy Legallais, Laurie Pelletier et Marianne Veilleux, au nom de l’Association générale des étudiantes et étudiants du Cégep de Jonquière

D’un coup, la reprise des cours en présence est devenue une priorité pour la direction, ne donnant qu’une semaine d’avis aux étudiants pour se réorganiser. Elle a justifié sa rapidité d’exécution en se basant sur un seul courriel envoyé en début décembre (deux mois plus tôt), qui avisait les étudiants de la possibilité d’un retour en présentiel, et ainsi affirmait que la communauté étudiante aurait dû s’y attendre. Cependant, qui de nous tous peut affirmer sans aucun doute ce que la situation pandémique sera dans deux mois ?

Le conseil #1 de notre association étudiante est: offrez le plus possible la stabilité et la prévisibilité dans la modalité d’apprentissage tout au long de la session ou faites les changements suite à une mi-session ou les vacances afin de donner une période aux étudiants pour se préparer. De plus, soyez cohérents entre les messages exprimés aux étudiants en classe et les directives de l’institution par rapport aux modalités.

Le conseil #2: communiquez vos intentions clairement un minimum de deux à trois semaines d’avance à vos étudiants. Ceux-ci ont besoin de temps pour se réajuster et se préparer mentalement aux changements. N’ayez pas peur de faire un rappel du changement à venir. Le changement impromptu que nous avons vécu à notre Cégep a occasionné beaucoup de stress et d’anxiété chez nos membres. Exactement: 70% des répondants à notre sondage.

Du jour au lendemain, une multitude de cours se sont retrouvés en présentiel, sans donner la possibilité d’offrir la flexibilité aux étudiants de pouvoir poursuivre leur cursus en ligne ou de venir en présentiel, au choix, comme la ministre McCann l’avait annoncé dans sa conférence de presse. Offrir le présentiel à toutes et à tous, n’obliger personne.

Cela n’était pas une option pour notre collège, basant sa décision sur des directives données par le même ministère que Mme McCann, mais très différentes que celles exprimées en conférence de presse.

Le conseil #3 de notre association étudiante: les directives du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur doivent être en cohérence avec les messages véhiculés publiquement en conférence de presse et avec ce qui est appliqué et réellement faisable au niveau terrain dans nos institutions scolaires.

Détrompez-vous et comprenez-nous, pour certains, le retour en présence a été reçu comme une très bonne nouvelle. Plusieurs étudiants de la branche technique ne peuvent se passer du présentiel dû à la nécessité du matériel requis à leur spécialisation. L’enseignement exclusivement en présentiel est en grande partie ce qui est souhaité par une grande majorité d’étudiants en temps normal ! Mais en temps de pandémie, lors d’un changement de cap aussi soudain, il y a tant de situations personnelles différentes et d’adaptations nécessaires en lien avec la pandémie que nous ne pouvons faire aucune généralisation pour la meilleure modalité d’enseignement. Exemple de situations: logement, transport, personnes à risque sous le même toit, problématiques de santé, monoparentalité, problèmes monétaires, etc.

Beaucoup d’étudiants ont senti qu’on jouait au yo-yo avec eux. L’idéal est donc, selon nous, la flexibilité de l’institution scolaire ainsi que la stabilité ou le choix sur les modalités.

Le conseil #4: offrir le choix de modalités aux étudiants en collaboration avec leurs professeurs ou offrir une modalité d’apprentissage comodale pour les étudiants afin de permettre l’inclusion de toutes et tous sans distinction de leur situation personnelle. Si cela n’est pas possible dû à la situation et à la capacité de l’institution, offrir une stabilité dans les modalités pour toute la session ou inscrire le changement de modalité au moment d’une mi-session ou d’un grand congé scolaire pour permettre la réorganisation.

Le conseil #5: le fait qu’un étudiant demeure sous le même toit qu’une personne ayant le cancer, immunosupprimée ou à risque devrait être pris en compte par les institutions scolaires vis-à-vis de la présence. Le fait que des étudiants soient en stage avec des clientèles à risque à la COVID-19 devrait aussi être pris en compte selon l’avancement de la vaccination et de l’immunisation des populations vulnérables.

Notre institution a aussi mentionné baser sa décision sur la santé mentale des étudiants.

Nous savons que le présentiel est une aide à la santé mentale en temps normal. Nous croyons encore que c’est le cas pour plusieurs étudiants actuellement. Cependant, dans un récent sondage mené par l’AGEECJ sur six jours (333 répondants), le 70% d’étudiants se disant stressés et anxieux par ce retour impromptu et cette demande de s’adapter encore nous montre que tout n’est pas tout blanc ou tout noir. Les mots d’ordre: stabilité, prévisibilité, temps pour s’organiser, et cela peu importe le changement de modalité.

Une étudiante nous confiait justement qu’elle avait dû revenir en région seule dans une petite chambre louée loin de ses proches et plus près du cégep. Elle a dû revenir pour un seul cours en présentiel dans sa semaine avec des gens inconnus avec qui elle n’avait eu jusque-là que des contacts virtuels. La notion de santé mentale devrait prendre en compte beaucoup plus large que le présentiel à tout prix selon les témoignages reçus lors de notre sondage.

Pour le retour en classe d’automne 2021, nous vous proposons d’appliquer au meilleur du possible nos recommandations précédentes et celle-ci, tirée d’un article de La Presse:

« Peu importe le mode de formation choisi par les établissements d’enseignement, les étudiants collégiaux et universitaires souhaitent être fixés rapidement pour savoir à quoi s’attendre. »

« Certains doivent renouveler un bail, déménager… La dernière fois, la décision est tombée en août. Là, il nous faut des nouvelles avant l’été ». (La FECQ)

« La prévisibilité est un des facteurs les plus importants pour les étudiants, pour planifier leurs dépenses, leurs déplacements, pour savoir si ça vaut la peine ou non de suivre un cours » (L’Union étudiante du Québec)

Nous sommes conscients que la situation actuelle n’est facile pour personne, autant pour l’administration, les professeurs, les membres du personnel et les étudiants. Avec la vaccination qui avance, nous sommes confiants, espérons et croisons nos doigts pour que la situation ne devienne que plus légère et facile à gérer. Entretemps, nous aimerions que nos institutions scolaires soient réellement à l’écoute de leur population étudiante, permettent un dialogue et soient ouvertes aux ajustements afin de faire le meilleur pour eux dans la situation. 

Les étudiants sont humains, ont des droits et comprennent les enjeux lorsqu’on prend le temps de leur expliquer. Ils sont les meilleures personnes pour vous parler d’eux et de leurs besoins. Ces jeunes adultes peuvent vous apporter une vision nouvelle, adaptée et innovante d’une situation. Prenez le temps de les considérer.