Les erreurs du pont Dubuc

Les personnes qui suivent un programme avancé en administration ou management connaissent très bien la notion de l'analyse du point mort ou communément appelé de langage routine, «break even point». Les gourous du MBA le connaissent très bien puisqu'ils s'en servent durant tout leur programme d'études et dans leur vie entière. Sans le savoir, nous le faisons tous d'une certaine manière... si le geste que nous allons poser va être rentable...
Bien voilà, si on l'applique au pont Dubuc, les gourous du génie civil ne l'ont pas utilisé... Au moment de construire le pont, ils se sont demandé pour combien de temps je le construis... pour 40 ans avec maintenance continue sans coût majeur après ce temps...Surprise, ils sont en train de faire des travaux importants et découvrent une faille de rouille qui a pour conséquence des inconvénients majeurs économiques, les transporteurs vont perdre de l'argent parce qu'ils vont faire un grand détour de 40 kilomètres, sans compter la perte de temps de livraison, une circulation pénible, etc. Au moment de la conception, ils n'ont pas pris le temps de réfléchir pour le futur (proactif), il est trop petit, pas fluide, approches mal pensées et devront même enlever une bretelle d'entrée sur le pont parce ce cela retarde la circulation... À mon humble avis, s'ils avaient construit un pont avec pensée future, ils auraient construit un pont à 6 voies avec de bonnes approches, bien pensé sur l'axe nord-sud boulevard Saint-Paul et n'auraient même pas à construire un troisième pont. Attendez de voir l'accouchement du pont vert... ils sont en train de faire une étude de 500 000$...cela va accoucher sur une passerelle de motoneige. Bah! en pensant à la notion d'analyse du point mort...bien regarder autour de vous...c'est bien facile à comprendre...réparer après des années d'absence de maintenance coûte deux fois plus cher... c'est mon analyse du point mort du jour. J'oubliais, cela s'applique partout, politique, études, mariage, construction...hey! tu as trop attendu. Prochaine fois, ''think hard''.
André Tremblay, Saguenay
Essayer de survivre
Monsieur Couillard... Sérieusement... je sais que je vous fais souvent part de mon opinion qui reste sans réponse, moi la petite travailleuse sociale du communautaire. Mais je vais quand même encore prendre la chance de peut-être être entendue, en espérant cette fois être comprise... Vous savez, dans les organismes communautaires du Québec, on travaille fort. On vient en aide aux plus démunis, aux plus isolés de notre société. En fait, en général, dans mon organisme, je ne peux pas vous dire qu'un jeune arrive et qu'il va bien. Il est dans la rue et doit demander de l'aide à de purs inconnus. «Salut, peux-tu m'héberger parce que personne d'autre ne veut me faire?» Avez-vous une idée de ce que ça fait à l'estime de soi? À la santé mentale? Monsieur Couillard! Ces jeunes adultes ne devraient pas être en train d'essayer de survivre. Ils devraient être en train de tomber en amour, d'étudier, de vivre des expériences positives d'une nouvelle vie: celle d'un jeune adulte! Et savez-vous quoi? En grande majorité, ils ne sont pas responsables des facteurs qui les ont précipités à la rue... Loin de moi l'idée d'enlever toute responsabilité à l'individu. Mais quand je regarde mes jeunes, ils en ont des responsabilités, et lourdes à part de ça! Parents polytoxicomanes, vie en placement, départ précipité des centres jeunesse à 18 ans, devoir être la seule personne responsable de son existence si tôt dans la vie. Avez-vous déjà été seul, monsieur Couillard dans la vie? Vraiment tout seul? Si la réponse est non, vous ne pourrez pas comprendre...
Mais vous pouvez peut-être comprendre une chose aujourd'hui... C'est que ces jeunes-là, qui ont eu un départ difficile dans la vie, ont besoin d'un coup de pouce, d'un encouragement, d'une espèce de «je crois en toi» pour y arriver. Ces jeunes-là, les magnifiques jeunes adultes avec qui je travaille, qui ont eu un parcours de vie assez difficile merci, et bien, ils n'ont pas besoin que vous les pointiez du doigt encore, que vous les pénalisiez comme s'ils étaient des voleurs, des profiteurs du système. Votre loi 25? Je vous épargne toutes les pensées qui traversent mon cerveau en ébullition lorsque j'en entends parler... Mais je ne vous épargnerai pas un fait: cette loi porte une atteinte vitale à la dignité des jeunes adultes. Point. En fait, je vous dirais même que selon moi, non content de ne pas les aider à se réaliser, à avancer, vous allez leur nuire. Vous allez dire à de jeunes adultes qu'ils sont incapables de faire de bons choix dans la vie, que vous allez décider pour eux leurs problèmes, comment les
résoudre et quand ils doivent s'y mettre. Vous n'allez que renforcer ce que la société, si jugeante, leur envoie déjà, l'image négative qu'ils ont d'eux-mêmes...
Des parcours en insertion sociale, des jeunes qui réussissent et qui s'en sortent, il y en a des centaines. Des belles réussites, j'en vois chaque jour. Mais le secret de cette réussite? Accompagner, croire en l'autre, lui laisser du temps pour que cette expérience d'insertion sociale soit positive pour l'estime de soi, pour la fierté d'avoir fait pour soi et par soi. Alors, au risque de me répéter, monsieur Couillard, avec votre loi 25, vous passez à côté de l'essentiel : la dignité humaine que chacun mérite. Bien à vous. 
Marie-Noëlle Perron coordonnatrice et intervenante à la Maison Tangente