Les employeurs ont un rôle à jouer pour mettre fin à la violence familiale et conjugale

OPINION / Lorsqu’on parle de violence familiale et conjugale, on ne mentionne que très rarement les besoins qu’éprouvent les personnes qui en sont victimes d’être soutenues par leur employeur, pas plus que le besoin de venir en aide aux employés qui s’occupent d’un membre de leur famille qui subit de mauvais traitements. Or, il ne fait aucun doute que le souci que nous avons pour la sécurité et le bien-être d’un employé doit inclure les répercussions de ce type de violence et qu’il faut encourager les employeurs à intervenir.

C’est un enjeu de sécurité. Pensez à une femme qui conduit un autobus, qui utilise une machine ou qui prépare une dose de médicament, sans avoir fermé l’œil de la nuit et qui est incapable de se concentrer parce qu’elle envisage avec appréhension ce qui pourrait lui arriver lorsqu’elle retournera à la maison.

C’est un enjeu de productivité. Une personne arrive en retard au travail parce que son conjoint a caché les clés de sa voiture, ou doit s’absenter pendant des jours parce qu’elle doit se trouver un logement d’urgence.

C’est un enjeu de santé mentale. Une femme qui vit dans la terreur ou la détresse jour après jour ne peut donner le meilleur d’elle-même.

Et cette situation peut avoir des répercussions directes au travail : cela peut aller d’appels ou de courriels incessants pour exercer un contrôle sur un conjoint, à un homme qui attend son ex-petite amie dans le stationnement et, dans certains cas, jusqu’à des attaques à l’arme à feu ou à l’arme blanche sur les lieux du travail.

Heureusement, les choses commencent à bouger. Dans plusieurs provinces du Canada, les cas de violence familiale ou conjugale sont reconnus comme un enjeu de santé et sécurité au travail (même si on peut s’inquiéter du fait que le nouveau gouvernement de l’Ontario se propose d’éliminer ou de réécrire cette loi). En vertu de la loi, les employeurs sont tenus de mettre en place des politiques et de former les membres de leur personnel de sorte qu’ils puissent réagir aux signes de violence familiale ou conjugale au travail. Dans certains États et provinces, les employeurs sont tenus d’accorder quelques jours de congé payés ou non payés aux employés touchés par ce type de violence.

La combinaison des lois sur les congés et sur la santé et la sécurité au travail est importante, mais il demeure de grandes lacunes. Dans un tel contexte, les mesures mises de l’avant par les employeurs et les syndicats sont vitales. C’est pour cette raison que mes collègues de l’ONG Promundo et moi avons été heureux lorsque le groupe minier international Rio Tinto nous a demandé de l’aider à mettre en place une politique dans ses lieux de travail au Canada et aux États-Unis.

Il s’agit d’un plan ambitieux, né de la participation de Rio Tinto à la campagne White Ribbon en Australie. Les personnes touchées par la violence familiale ou conjugale — ou qui doivent soutenir un membre de leur famille immédiate qui subit des mauvais traitements — pourront se prévaloir d’un maximum de 10 jours de congé payés. Cette initiative prévoit aussi l’accès à un hébergement d’urgence, la formation intensive des chefs de service et des superviseurs et la sensibilisation des employés, la coopération avec les syndicats et, surtout, l’établissement de liens avec les programmes de soutien offerts dans les communautés où Rio Tinto exerce ses activités.

Voilà le type d’approche que les autres employeurs devraient adopter afin que le soutien offert aux personnes touchées par la violence familiale ou conjugale en milieu de travail devienne une norme et ne soit plus une exception.

Comme l’a dit ma collègue Barb MacQuarrie du Centre de recherche et d’éducation sur la violence faite aux femmes et aux enfants de l’Université Western : « Il est impossible de mettre fin à la violence familiale ou conjugale sans l’aide de nos principales institutions sociales – les gouvernements, les employeurs et les syndicats ». Cet enjeu est maintenant à l’ordre du jour, ce qui constitue un pas en avant qu’il faut saluer.

Michael Kaufman

Cofondateur de White Ribbon, une campagne mondiale menée par des hommes qui luttent contre la violence faite aux femmes